QPV#12 Bonheur et quête de sens

Cette enquête a été adressée le 13 nov. 2018 aux étudiants francophones du programme Grande École. Un grand merci aux 635 votants. Pour information, le formulaire-type est disponible ici.

Quelques chiffres à retenir pour briller en société

  • 62% des HEC se disent heureux, ou très heureux. Because I’m happyyyyy…
  • Si la vie sociale – alimentée par l’atmosphère campus – est la plus citée parmi les facteurs de bonheur des HEC (35%), l’atmosphère dite oppressante rend malheureux 27% des sondés. Double-tranchant.
  • Près d’un tiers des HEC considèrent leur retour sur le campus comme pénible ou angoissant. Faut dire que la perspective d’un cours de compta ou de strat’ n’arrange rien…
  • Seuls 7% des HEC disent ne pas penser accepter une moindre rémunération pour faire un travail qui favorise leur épanouissement personnel. Bisounoursland.
  • 79% des étudiants de HEC refuseraient de travailler pour Monsanto. Faut changer le pôle comm’ là ça va plus du tout…
  • 77% des GEP M1 en échange actuellement se disent heureux ou très heureux, contre 55% des L3. Courage, la GEP arrive <3 
  • Les provinciaux se disent en moyenne aussi heureux que les parisiens (62% contre 61%). Finalement, c’est sympa les week-ends sur le campus !

Résultats

Analyse générale

I – HEC, le campus du bonheur ?

Il en faut peu pour être heureux, dit un vieil adage mauritanien. À HEC, visiblement, les gens ont assez pour être heureux. C’est du moins ce que déclarent 62% d’entre eux. Certes, peu de sondés se disent très heureux, mais ce résultat reste néanmoins très satisfaisant pour HEC, qui pourra désormais se targuer d’être le campus de l’ambiance et du bonheur !

Reste à déterminer dans quelle mesure cette performance est remarquable, et les causes de ce bonheur ressenti.

1 – Comparaison avec l’échelle nationale : les HEC ont-ils tout pour être heureux ?

Parmi l’ensemble des Français, 56% se disent heureux ou très heureux selon l’institut Think. La différence avec la moyenne des Français est donc significative sans être immense. Toutefois, en prenant le problème dans l’autre sens, la différence est plus flagrante : toujours selon le même institut, 26% des Français sont malheureux ou très malheureux, contre 11% des HEC : l’on compte beaucoup plus de HEC que de Français ne se déclarant ni heureux ni malheureux.

Pourquoi ? Plusieurs explications peuvent être avancées.

Pour le fait que les HEC sont en moyenne plus heureux que les Français, le constat peut être amendé par deux remarques. La première est que le bonheur est une fonction croissante du niveau de vie selon l’institut Think : comme on dit, l’argent ne fait pas le bonheur, mais il aide quand même pas mal. Et force est de constater qu’avec seulement 5% de HEC citant des considérations financières comme source de malheur principale, nous autres finissons pour la plupart les mois assez facilement. La seconde va a contrario : les plus heureux des Français sont les seniors, alors que la frange des 18-24 ans est celle qui se revendique la plus malheureuse. L’impact des différents biais indépendants de l’école sur la population de HEC est donc a priori ambigu : on pourrait s’attendre à la fois à ce que les HEC – souvent aisés – soient plus heureux que la moyenne, et à la fois à ce que les HEC – jeunes – soient plus malheureux qu’en moyenne.

Sur une autre question, les HEC se distinguent une nouvelle fois par leur jeunesse : ils sont 30% moins nombreux que la moyenne des Français à penser que le bonheur, c’est repenser aux bons moments passés, et près de 2 fois plus nombreux qu’en moyenne en France à croire que le bonheur, c’est surtout se projeter dans l’avenir, ce qui est à la fois cohérent avec la vision positive du monde du travail qu’ont les HEC (voir par ailleurs), et avec le fait que la majorité d’entre eux ont fait prépa, et ont donc en fait accepté d’investir, en consentant à 2 ans de travail qu’on nous présente souvent comme malheureux en nous promettant un bonheur futur.

Au total, les HEC sont plus heureux que la moyenne des Français, ce qui ne semble pas uniquement explicable par le biais d’échantillon que constituent les HEC dans les très grandes lignes (âge, milieu social). Néanmoins, d’aucuns pourraient considérer comme normal que la plupart des HEC soient heureux dès lors qu’ils ont « tout pour être heureux » : ils sont parvenus à mener les études qu’ils souhaitaient, viennent de milieux souvent favorisés et ont la vie devant eux : que demander de plus pour être heureux ?

Alors qu’en tirer, et quelle part accorder à l’expérience HEC en tant qu’école et lieu de vie ultra majoritaire pour les L3 et M1 dans le constat positif que les étudiants de l’école jovacienne soient plus heureux que la moyenne des Français ?

2 – Quel impact a HEC sur le bonheur de ses étudiants ?

Le sondage pointe a priori un impact positif de HEC, et notamment du campus, sur le niveau de bonheur de ses étudiants. Que nous dit-il ?

Avant tout que la vie des étudiants de HEC semble en moyenne épanouie sur le campus, et en dehors : si le campus semble être un élément positif pour le bonheur de 72% de ses habitants, qui disent être neutres ou contents lorsqu’ils ont à revenir sur le campus, les 28% restants ne se disent pas tous malheureux (11% de malheureux au total), preuve que la vie des HEC ne se résume pas au campus, notamment en ce qui concerne les VM et M2, mais aussi pour les L3 et M1. Ce qui plait sur le campus ne surprendra personne, et va dans le sens du QPV#6a sur la satisfaction générale des étudiants : ces derniers sont conscients de la chance que le campus représente en ce qui concerne les possibilités de sociabilisation. La vie sociale est le pan de la vie le plus fréquemment évoqué comme épanouissant sur le campus, devant la vie sportive (certainement sous l’impulsion des plus grands clubs de sport, qui requièrent un investissement particulier) et la vie associative en général.

Si les étudiants n’ont aucun mal à comprendre ce qui va bien et les rend heureux sur le campus, ils ont bien plus de difficultés dès lors qu’il faut analyser les sources de malheur sur le campus. Nombre d’entre vous ont opté pour deux réponses finalement très floues : 27% évoque « l’atmosphère oppressante »,  13% disent ne pas savoir ce qui les rend malheureux sur le campus. Entre parenthèses, l’on notera que plus d’un HEC sur 5 considère que sa vie scolaire est le pan de sa vie qui le rend le plus malheureux sur ce campus, ce qui est quand même assez ironique pour une école, et prouve de nouveau la nécessité pour HEC de revoir totalement son approche pédagogique, notamment en ce qui concerne le continuum prépa-grande école. A l’heure actuelle, il est fort probable que les cours de HEC créent plus de doute qu’ils n’apportent de solutions dans les velléités d’avenir des HEC. Mais revenons à nos moutons : il semble y avoir un truc qui cloche sur le campus, que beaucoup n’arrivent pas à saisir mais qui pèse sur leur état d’esprit. Si la majorité des étudiants se disent plus heureux à HEC que par le passé (38% contre 16% qui pensent l’inverse), il est capital de noter que 30% des sondés sont ainsi dans l’impossibilité de déterminer si HEC a résulté en un agrandissement ou amoindrissement de leur niveau de bonheur. C’est beaucoup, d’autant plus que la cause imputée est une instabilité de l’humeur plus forte. Comment expliquer cela ?

Le sondage ne permet pas de pousser plus loin l’analyse sans prendre de risque, dès lors que les sondés semblent eux-mêmes ignorer ce qui ne va pas. Néanmoins, certaines pistes peuvent être évoquées pour expliquer que 20% des sondés ont déjà pensé à aller voir la psychologue ou le psychiatre de HEC (sans compter ceux qui sont allés voir des médecins et psychologues extérieurs à HEC), ce qui est quand même conséquent.

Le campus semble être à double tranchant. Si la majorité des HEC semble se sentir mieux sur le campus qu’ailleurs puisqu’elle est heureuse d’y retourner, très peu semblent penser que HEC soit un lieu d’épanouissement parfait : seul 8% du panel déclare que rien ne le rend tendanciellement malheureux sur le campus. En effet, tel un mauvais étudiant en entretien de personnalité, HEC a les défauts de ses qualités, et les qualités de ses défauts. Le campus fait que nous sommes très proches de nos amis, ce qui favorise une vie sociale épanouie, certes ; mais nous sommes aussi très proches des gens que nous n’apprécions pas. En fait, sur le campus, il est virtuellement impossible de se comporter incognito, comme dans la rue où l’on a fort peu de chances de connaître des gens (sauf pour les villageois, RIP in peace). En particulier, on croise potentiellement très fréquemment des gens qu’on n’apprécie pas, ce qui n’est pas un motif de malheur en soi, mais ce qui génère en revanche une forme de pression sociale, de mise sous tension, qui est de nature à partiellement expliquer le caractère plus lunatique des étudiants de HEC par rapport aux temps précédant leur entrée dans le Josas.

De plus, comme vu dans le QPV#6a, on constate à HEC une certaine forme de retour au collège, avec une prime importante donnée à l’apparence et au paraître. Quoi de plus normal dans des promos de 380, où l’on ne peut finalement humainement pas connaître au moins la moitié de la promo autrement que par réputation ? Dans ce contexte, la pression sociale est majeure, puisque l’opinion de plus de la moitié de la promo sur soi est dictée par sa réputation. Il ne faut donc pas apparaître seul, jamais aller au RU seul, ni manger au stand des listes sans ses amis. Voilà une autre forme de pression sociale qui paraît anodine, imperceptible, mais qui à la longue est de nature à expliquer un certain désagrément pouvant déboucher sur une forme de malheur pour les HEC. En bref, si les effets positifs du campus sont bien visibles et semblent pour la majorité des HEC compenser ou outrepasser les désagréments qu’ils causent directement, ces derniers sont plus pernicieux, insidieux, et globalement moins remarquables ou explicables, ce qui explique que nombre d’entre vous ne sachez pas si vous êtes plus ou moins heureux qu’avant HEC, et ne sachez pas ce qui vous rend malheureux sur ce campus.

D’autre part, certains facteurs annexes peuvent avoir un rôle dans la difficulté des HEC de percevoir ce qui ne va pas quand ça ne va pas – car même si, je le répète, la majorité se dit heureux et dit apprécier revenir à HEC, nombreux sont ceux qui ont des phases de moins bien qu’il convient de tenter de comprendre tendanciellement (et pas au cas par cas évidemment). L’architecture, notamment, peut avoir un vrai rôle, en particulier pour les habitants des bâtiments AP : quitter le confort de son logement parental n’est pas facile pour beaucoup, et lorsque ce départ aboutit sans transition à l’arrivée dans des bâtiments aussi moches et impersonnels que les AP, ça peut faire mal.

Enfin, la volatilité du bonheur et son caractère totalement immatériel rendent de toute façon confuses les réponses sur ce qui nous rend heureux ou malheureux, parfois on ne sait pas pourquoi l’on est heureux ou non, on sait juste qu’on l’est.

HEC propose un certain accompagnement pour le bonheur des étudiants, en proposant une psychologue et un psychiatre qu’on peut voir gratuitement sur le campus. Si certains échos décrient l’action de la psychologue, ce n’est pas le cas du psychiatre. L’équipe est évidemment tenue au secret médical, donc rien ne sert d’avoir peur. C’est là la principale action faite par HEC pour lutter contre le mal-être sur le campus. Relativement bien médiatisée (75% des HEC savaient que la possibilité de consulter gratuitement sur le campus leur était offerte), cette possibilité reste insuffisante pour les étudiants de HEC, très nombreux à critiquer l’action de l’administration pour lutter pour le bonheur de ses étudiants.

II- HEC en quête de sens

Si HEC est le campus du bonheur, ce bonheur n’est pas une évidence et donne matière à réflexion. Les HEC sont en effet très nombreux à se poser la question du sens, tant à propos de leurs études que de leur futur parcours professionnel. Cette quête de sens ne se cantonne pas au domaine abstrait de la réflexion : elle se concrétise dans les projets formés par les HEC au sein de l’école – mais surtout au-delà.

1 – Les HEC sont-ils animés par la recherche de sens ?

Contrairement à ce que tendent à faire croire les clichés les plus caricaturaux, les HEC ne sont pas seulement mus par l’appât du gain ou du pouvoir : ils se préoccupent également du sens de la vie professionnelle à laquelle ils se destinent. Ainsi, plus de 80% des étudiants considèrent sans hésitation aucune que la quête de sens et d’épanouissement personnel joue un rôle dans leur recherche de stage ou d’emploi. Le métier exercé ne se résume donc pas à un moyen de gagner sa vie : il semble indissociable d’une réflexion plus profonde, et se doit de correspondre à un véritable projet personnel doté de sens.

Les HEC ne sont pas pour autant de doux rêveurs idéalistes : ils ont conscience que cette exigence de sens peut demander des sacrifices, et semblent pour la plupart prêts à s’y résoudre. L’écrasante majorité sacrifierait par exemple une partie de son salaire : 94% des sondés seraient prêts à être moins payés en échange d’un travail qui ait vraiment du sens et qui favorise leur épanouissement personnel – 51% le feraient même sans hésiter. La quête de sens peut aussi impliquer de renoncer à certaines opportunités de carrière. Si travailler dans un grand groupe constitue la perspective la plus attrayante pour une large partie des HEC (38%), il n’est pas question pour autant de travailler dans n’importe quel grand groupe : ainsi Monsanto est dénigré par près de 80% des sondés pour des raisons éthiques – suivi par Lafarge et Total, rejetés par respectivement 39% et 33% des sondés. Bien que ce sondage demeure quelque peu abstrait dans la mesure où il n’engage à rien, on peut avancer que la quête de sens n’appartient pas uniquement au domaine des idéaux chez les HEC mais qu’elle s’incarne bien dans leurs choix professionnels.

Notons cependant que cette quête de sens demeure hétérogène, et qu’il ne saurait être question d’une unique quête de sens partagée par tous les étudiants. La grande majorité s’accorde sur l’importance de la quête de sens, mais sa mise en œuvre est nettement plus clivante. Le cadre de travail notamment ne fait pas du tout l’objet d’un consensus : 38% des sondés préféreraient travailler dans un grand groupe, 23% dans le secteur public, 21% dans une PME… La quête de sens rassemble donc les HEC par sa prégnance, mais non par son contenu. En ce sens elle constitue une préoccupation à la fois commune aux étudiants, et particulière car propre à chacun. Reste à savoir comment chacun assouvit son besoin de sens à HEC.

2 – Cette quête de sens trouve-t-elle de quoi se satisfaire à HEC ?

Il apparaît assez clairement que la quête de sens qui anime les HEC ne concerne pas tellement leur scolarité proprement dite au sein de l’école. La quête de sens au sein de HEC est bien sûr importante, très importante même pour plus de 60% des sondés ; mais force est de constater qu’elle y occupe une place moins décisive que dans la vie professionnelle post-HEC : vous êtes 51% à considérer que la recherche de sens joue un rôle vraiment majeur dans votre recherche de stage ou d’emploi, contre seulement 24% dans votre scolarité à HEC. La quête de sens est donc manifestement envisagée dans une perspective professionnelle plutôt que scolaire. Elle semble procéder du long terme, ou en tout cas d’un horizon plus lointain que celui des seules études à HEC.

Non seulement la recherche de sens des étudiants dépasse la perspective de l’école, mais encore elle ne passe même pas par l’institution de HEC en tant que telle. Une grande part des étudiants se rassemble en effet pour dénigrer l’action de HEC dans leur quête de sens. La question d’un électif sur la connaissance de soi et la quête de sens faisant appel à des notions psycho/neuro fait débat : 38% seulement seraient prêts à choisir cet électif plutôt qu’un électif business (nombre élevé dans l’absolu, mais faible au regard des 80% d’étudiants considérant que la recherche de sens occupe une place primordiale dans leur recherche d’emploi ou de stage) ; 29% estiment qu’un tel électif ne devrait même pas exister. Il semble donc y avoir une forme de défiance vis-à-vis de la capacité de HEC à répondre au besoin de sens ; ou du moins, la réponse à ce besoin ne se trouverait pas dans des cours – ce que confirme la très faible part des sondés (4%) considérant que les cours actuels de HEC peuvent les aider dans leur quête de sens.

Il convient cependant de nuancer ce rejet de l’institution de HEC dans la recherche du sens : si les cours, actuels comme potentiels, ne semblent pas constituer une réponse satisfaisante au besoin de sens, tous les étudiants ne désespèrent pas d’obtenir de l’aide de la part de l’école dans leur quête. Ainsi, bien que 11% des étudiants seulement soient satisfaits de l’action de HEC pour faciliter leur quête de sens, la majorité estime que HEC pourrait faire plus dans ce domaine – ce qui signifie bien que les étudiants ne sont pas complètement opposés à une intervention de l’école.

Il faut d’ailleurs reconnaître que certaines initiatives de HEC en ce sens sont jugées pertinentes par un grand nombre d’étudiants. C’est par exemple le cas des rencontres d’Alumni inspirants ou des conférences de grands témoins emblématiques, plébiscitées par 60% d’entre vous. Mais de telles initiatives sont peut-être moins le fait de l’administration que des étudiants eux-mêmes à travers les associations organisant de telles conférences. De même, vous êtes 44% à penser que les projets de groupe au service de causes qui ont du sens vous aident dans votre quête de sens ; de tels projets peuvent s’inscrire dans le cadre de HEC, mais sont le plus souvent à l’initiative des étudiants de HEC et non de l’administration. Le suivi par le Career Center arrive (seulement) en troisième position des actions les plus pertinentes pour aider à la quête de sens (27% d’avis favorables). Les HEC ne font donc que peu confiance aux initiatives de l’administration de leur école pour les aider dans leur quête de sens.

Ces observations renseignent sur ce qui semble être une propriété importante de la quête de sens des HEC : son caractère personnel. On pourrait même la penser individuelle : la majorité des étudiants (60%) expriment leur préférence pour les rencontres de personnalités inspirantes afin d’avancer dans leur quête de sens – laissant à penser que la quête de sens procède d’un parcours particulier, d’une individualité dont on cherche à s’inspirer afin de construire sa propre quête. Au contraire, les HEC semblent beaucoup moins réceptifs aux initiatives qui envisagent la quête de sens de manière moins individuelle et incarnée – les cours faisant appel à des notions psycho/neuro par exemple.

La quête de sens des HEC n’est cependant pas exactement individuelle dans la mesure où elle n’exclut pas une dimension collective : rappelons que les projets en groupe au service de causes qui ont du sens arrivent en deuxième position dans le classement des propositions les plus pertinentes pour aider à la quête de sens. Surtout, les HEC dans leur grande majorité se sentent compris par leurs proches (presque) aussi bien que par eux-mêmes : seuls 25% ne se sentent pas ou peu compris de leur famille, chiffre qui baisse à 13% pour les plus proches amis. La plupart des étudiants ne sont pas seuls avec leur quête de sens face au reste du monde ; ils peuvent la partager. La quête de sens n’est ainsi pas purement individuelle.

Il semblerait plutôt que la quête de sens des HEC soit personnelle au sens où chaque étudiant veut participer activement de sa construction – y compris de manière collective, dans des projets de groupe par exemple. Ceci expliquerait que les initiatives de HEC en matière de quête de sens ne soient que peu appréciées lorsqu’elles se présentent comme un enseignement magistral, mais soient jugées plus pertinentes lorsqu’elles s’adaptent davantage au profil personnel de chaque étudiant, comme veut le faire le Career Center.

Corrélation avec le fait d’avoir listé ou non

En ce qui concerne la quête de sens, la corrélation avec le fait d’avoir listé n’est pratiquement pas concluante, et décrit simplement que les listeux sont en moyenne un peu moins shark que leurs collègues n’ayant pas listé. Ainsi, les non-listeux sont plus nombreux à vouloir travailler dans un grand groupe (42% contre 35%), seraient moins à même de choisir un électif sur la quête de sens au détriment d’un électif business (31% contre 45%), et se disent moins prêts à accepter sans hésiter un travail moins rémunéré mais épanouissant et sensé (55% accepteraient sans hésitation parmi les listeux contre 46% chez les non-listeux).

Sur le bonheur, la corrélation est un peu plus concluante, et va dans le sens attendu – même si l’intensité des différences observées n’est pas incroyable. Les listeux sont plus heureux – notamment grâce à leur vie sociale et associative (28% contre 16% !), sur lesquelles ils se distinguent des non-listeux. Mieux intégrés à HEC, il est logique que leur vie associative, souvent plus considérée socialement que celle des non-listeux, leur plaise plus. De la même manière, les listeux sont eux qui apprécient le plus l’HECxpérience. Plus que les autres, l’entrée à HEC a marqué pour eux l’entrée dans une dynamique de croissance de bonheur : 43% se disent en moyenne plus heureux ou beaucoup plus heureux qu’avant leur intégration, contre 33% pour ceux qui n’ont pas tenu les stands. Réciproquement, c’est parmi les non-listeux qu’on trouve le plus d’éléments pour qui HEC a marqué le début d’une décadence du bonheur : 19% des non-listeux se disent plus malheureux depuis HEC, contre 12% des listeux.

Enfin, l’on observe parmi les causes de malheur qu’implique le campus une légère différence entre les listeux, plus nombreux à citer la vie scolaire, pour laquelle ils ont probablement un intérêt un peu moindre (dès lors que la décision de lister implique souvent un certain sacrifice de la vie académique), et les non-listeux, qui dénoncent plus fréquemment une atmosphère oppressante, ce qui est là encore attendu dans la mesure où l’on compte parmi les non-listeux plus de personnes qui sont peu ou mal intégrées, pour qui l’atmosphère campus peut être pénible.

Corrélation avec l’origine géographique

Effectifs :

  • Étranger 29
  • Parisien/Banlieusard 347
  • Provincial 259

En ce qui concerne la distinction entre Parisiens et Provinciaux, elle a pour but principal d’étudier l’impact du week end passé à Jouy sur les HEC. Puisque la majorité des élèves habitent dans la grande couronne (remember the old days, QPV1), ils rentrent donc en nombre chez eux le vendredi : la vitalité cède ainsi sa place à l’inactivité sur le campus. L’ambiance est cryogénisée le temps d’un week end, avant de revenir à la vie le lundi. Le simple fait que l’agenda de la semaine du BDE s’arrête toujours le vendredi (souvent le jeudi même) illustre bien l’idée selon laquelle la vie de campus n’est pas conçue autour du week-end. Le peu d’étudiants restants doit ainsi faire face à l’ennui, la solitude, ou (pire) doit travailler, faute de mieux. Un énième week end à Jouy, c’est donc potentiellement beaucoup de temps passé dans sa chambre, entrecoupé de RU de l’angoisse. 

Et pourtant ce sombre tableau duquel les provinciaux sont censés être au premier plan, ne semble absolument pas avoir de conséquence sur le bonheur de nos camarades non parisiens ! De fait, la segmentation géographique indique une homogénéité des réponses frappante. Les Provinciaux surfent donc sans problème sur le creux de la vague de l’effervescence campusarde le week-end, si tant est qu’ils ne s’en échappent pas pour aller chez tonton / papi / la meuf à Cergy / le mec dans le 11e / n’importe quel pote un peu accueillant. 

En réalité, plusieurs activités ont émergé pour contrecarrer l’angoisse du samedimanche interminable à Jouy. Citons ainsi les entrainements que proposent certains sports (athlé notamment) ou bien l’ouverture 7/7 de la salle, mais aussi le MOW du dimanche soir (eh mercé MakingOf) ou encore les week ends d’asso qui explosent le problème. D’autre part, si les week ends à HEC sont difficiles au début de la L3, où les liens tissés sont encore faibles, des solidarités et des habitudes se créent vite : on se fait vite des compagnons de galère potes de fin de semaine.  Enfin, n’oublions pas que le samedimanche reste le moment privilégié de la grasse mat’, du Netflix and sleep, et du temps pour soi : un cadre champêtre et calme (#eh mercé les AP) peut donc être perçu non pas comme une prison, mais plutôt comme un temple bouddhiste zen et swag. 

Corrélation avec l’année d’études et le parcours suivi

Effectifs :

  • L3 – Licence 55
  • L3 – Futur GEP 118
  • M1 – ex-Licence 57
  • M1 – ex-GEP L3 65
  • M1 – GEP M1 48
  • M1 – AD/DD 39
  • VM 151
  • M2 102

L’épanouissement varie significativement selon l’année d’étude des répondants : sans parler des GEP M1 qui, loin du campus, semblent kiffer leur vie, les M1 se disent plus heureux que les L3. D’abord il y a un effet d’acclimatation : l’arrivée en L3 peut être un temps de déphasage, de perte de repères pour certains, qui ont besoin de temps pour en retrouver. Le M1 qui arrive a déjà des amis (on l’espère), des associations, des habitudes… pour le L3, sa place est à définir, et cela est facteur de stress, d’instabilité.

On retrouve ce déphasage dans le fort taux de réponses  » C’est difficile à dire, je suis beaucoup plus instable qu’auparavant  » dans la 2ème question : contre 35% parmi les L3 optant pour cette réponse, on est à 27% chez les M1 (et, en position intermédiaire car nouveaux arrivants comme les L3, les M1 AD/DD sont à 31%). Cela montre que le problème de définition de sa position au sein d’HEC – voire de définition de soi, se traduit par de l’instabilité émotionnelle, dans un cadre où les L3 ont aussi fort peu de responsabilités.

On retrouve d’ailleurs cette question des responsabilités dans la question sur l’épanouissement : les L3 sont autour de 20% à évoquer la vie associative comme premier facteur d’épanouissement, et ils citent plus volontiers le sport (presque 30%), où la question des responsabilités se pose moins : sur le terrain, c’est le sport qui prime, on peut s’investir pleinement en étant en L3. Pour les M1, la situation est inversée : le sport est cité par 20% comme élément d’épanouissement, et la vie associative est l’élément principal d’épanouissement pour plus d’un quart des M1 (en excluant les DD et AD).

Compléments

Matrice de covariance

Analyse en composantes principales