QPV#7 Classe préparatoire

Cette enquête a été adressée le 11 sept. 2018 aux étudiants francophones du programme Grande École. Un grand merci aux 663 votants. Pour information, le formulaire-type est disponible ici.

Quelques chiffres à retenir pour briller en société

  • En proportion, les AD sont 12 fois plus nombreux que les anciens prépas à penser que le système des classes préparatoires doit disparaître (3% contre 37%). Syndrôme de Stockholm.
  • 11% des sondés ayant suivi une classe préparatoire ont une bonne opinion de l’université, 1% une très bonne. Mépris de classe ou licence qui a mal tourné ?
  • 3 étudiants sur 5 issus de prépas la pensent efficace pour renforcer la méritocratie. Ce chiffre tombe à un étudiant sur cinq parmi les AD. QPV#1 : Reproduction sociale.
  • Les sondés seraient dix fois plus nombreux à recommander la prépa (80%) qu’à la déconseiller (8%). Apprendre à oser la prépa.
  • 43% des étudiants ayant intégré HEC à la suite d’une classe préparatoire auraient refusé l’emlyon. Ici, c’est Paris. Et sa banlieue. Même lointaine.
  • La classe préparatoire a été significativement dégradante pour la santé mentale de 9% d’entre vous, et sur la santé physique de 19% d’entre vous. Il faut souffrir pour être bon.
  • 72% des anciens étudiants en prépa sondés considèrent que la compétition était faible lors de leurs années prépa. Padamalgam.
  • A HEC, seule une étudiante sur dix a khûbé, contre un étudiant sur quatre (26%). Testostérone Intégrale.

Résultats bruts

On distinguera les réponses des étudiants…

  • Ayant fait une prépa (625 répondants, dont 24 scientifiques admis directs)
  • Admis directs, n’ayant pas suivi une classe préparatoire (38 répondants).

Les questions ci-dessous n’ont été posées qu’aux élèves ayant intégré directement après une classe préparatoire (EC ou littéraire : 601 répondants).

Analyse générale : d’où vient cet amour pour la prépa ?

C’est certainement un des sondages les plus surprenants que QPVHEC ait eu à analyser. Voir la prépa au firmament, portée en triomphe quasi unanimement peut tout de même avoir de quoi surprendre.

Qui n’a pas été au bout du rouleau en prépa, en sortant d’une énième colle ratée, déjà la tête dans le guidon pour la prochaine ? Qui n’a pas envié ses potes qui n’y étaient pas, et ses potes intégrés ? Qui n’a pas été soulagé de ne pas retrouver sa prof de culture gé à moitié folle à son intégration ?

L’expérience empirique désignerait vraisemblablement assez peu de monde.

Le triomphe de la prépa

Force est pourtant de constater que la prépa est triomphante : seuls 8% des étudiants interrogés disent avoir mal vécu cette expérience. Cette ovation pour la prépa s’étend à la fois pour le système prépa – que 97% des anciens préparationnaires souhaitent voir perdurer – et pour la classe préparatoire en tant qu’établissement. Une sorte de fierté nationaliste fait qu’une majorité absolue de sondés (51%) conseillerait totalement son établissement à qui le lui demanderait.

Plus surprenant, le plébiscite impressionnant pour la prépa se fait dans un contexte de lucidité sur les potentiels désagréments qu’elle a pu causer, du désintérêt pour les cours en école – qui les rendent pratiquement caducs – aux souffrances physiques ou mentales qu’elle cause. Ainsi, plus de la moitié (55%) des anciens étudiants de prépa voient en ce système une cause majeure du manque ambiant de bonne volonté en cours en école, et respectivement 71% et 58% d’entre eux disent ne pas avoir subi de troubles physiques ou psychologiques – si marginaux soient-ils – à cause de ces années de dur labeur. Dans un contexte où 50 Shades of Grey ne fait depuis longtemps plus partie des livres les plus vendus en France, les étudiants à HEC sembleraient persister et signer pour une certaine forme de masochisme…

Ce pour quoi certains n’aiment pas la prépa

La réalité de ce masochisme présumé mérite d’être nuancée, comme le montre la matrice des corrélations. C’est probablement le caractère négligeable des troubles physiques et psychologiques les plus communs (perte de vue, manque de sommeil) qui permet de ne pas faire substantiellement baisser la popularité de la prépa. En effet, pour ceux pour qui les troubles physiques et mentaux ont été forts, la prépa semble bien avoir été un calvaire : les coefficients de corrélation entre les questions « Comment as-tu vécu la classe préparatoire ? » d’une part, et la question « La CPGE a-t-elle eu un impact négatif sur ta santé ? » est impressionnante : -28,9% sur la santé physique, -49,7% pour la santé mentale. Autrement dit, ceux pour qui la prépa n’a pas (ou presque pas) eu d’impact physique ou mental négatif ont adoré l’expérience, ceux pour qui l’impact a été important l’ont détestée. Logique, somme toute. Et – comme HEC reste au SIGEM 2018 classée première – ceux pour qui la prépa a été dévastatrice ne sont que très peu représentés dans le sondage, car c’est un tour de force rare d’être admis à HEC tout en ayant subi en prépa des désagréments physiques et mentaux importants. Logique, là encore. D’autant plus qu’avec 43% de sondés qui auraient refusé l’emlyon et 64% qui auraient refusé l’EDHEC en kharré, la plupart des HEC semble avoir visé le top 3-4 SIGEM, et dans ce cadre, l’admission à HEC ne semble pas avoir été totalement surprenante pour la majorité des sondés.

Autre raison de ne pas aimer sa prépa, la compétition à l’intérieur de son établissement. Celle-ci est très corrélée avec des troubles mentaux (16,9%) et avec un rejet de son établissement, facteurs qui – à eux deux – semblent rendre pénible la classe préparatoire.

Enfin, forcer son enfant à faire une prépa n’est souvent pas une bonne idée, puisqu’il existe une corrélation – certes assez faible – de -10% entre l’influence familiale sur le choix de la prépa, et le vécu des années de CPGE. A bon entendeur, salut.

Les vrais antagonistes de la prépa : les AD

Parallèlement, les AD expriment un véritable rejet pour la prépa, qui peut trouver son origine dans plusieurs explications, dont nous laisserons le lecteur libre de classer l’ordre d’importance.

Avant tout, il y a possiblement un rejet ancien et violent du système prépa parmi les AD, dans un contexte où – parmi les étudiants à HEC – ne pas avoir fait de prépa relève souvent d’un véritable choix de vie, d’une revendication contre ce système. Les AD sont par exemple deux fois moins nombreux que les prépas à s’être vus dicter leur orientation post-bac par leur environnement familial (5% contre 10%). Si cette différence vous semble trop marginale, retenez que l’impact familial sur les choix APB a été négligeable ou nul pour 56% des AD, contre 49% des anciens étudiants en CPGE interrogés. Cela est révélateur de la tendance qu’ont les élites françaises – totalement surreprésentées à HEC – à privilégier la prépa, ce qui fait du choix de ne pas faire de prépa un choix fort pour les AD.

Au-delà de cela, un certain rejet pour les prépas peut s’installer chez certains AD, en partie à cause de la scolarité à HEC. Cantonnés à une intégration très marginale sur le campus, il est possible que ces derniers ressentent un certain mépris de la part des étudiants à HEC ayant fait une classe préparatoire et ayant suivi la voie normale – d’aucuns diraient royale.

A cela s’ajoute le fait que les AD ne soient pas sujets à la nostalgie de la classe préparatoire qu’ils n’ont pas vécue, leur avis sur la prépa s’est certainement construit avant leur orientation post-bac, et a été modifié par les retours des amis de ces derniers infiltrés dans le petit monde des CPGE. De là, les AD sont à la fois plus sensibles aux rumeurs sur la prépa, auxquelles ce sondage semble tordre le cou, notamment sur la compétition, et aux retours des étudiants en CPGE lors de leurs années de prépa, qui sont vraisemblablement plus nuancés que les résultats recueillis ici : ils ont connu les complaintes sur les khôlles trop fréquentes, sur les échecs à certains DS, ils ont constaté les difficultés des prépas à libérer du temps de loisir, mais a contrario, ils n’ont pas vécu ce pour quoi la prépa semble être plébiscitée par ses alumnis : le façonnage de méthodes de travail efficace, l’importance des liens, l’esprit de corps.

Les raisons du plébiscite de la prépa par ses alumnis : nostalgie, utilité et happy end

C’est ce qui est visé par le sondage : la méthode apprise en prépa est jugée utile pour l’avenir par 94% des étudiants, et 51% des étudiants disent que leur prépa a été comme un foyer loin de leur maison.

Au-delà de ces aspects, que le sondage rend très explicites, certains autres arguments peuvent être avancés pour expliquer la popularité a posteriori de la prépa, au premier rang desquels la nostalgie. Je vais essayer d’éviter de verser dans la psychologie de comptoir (je laisse ce privilège à Psychologie Magazine), mais je vais tenter de donner une explication. Celle-ci semble se fonder sur une triple impression, dont chacune des composantes renforce le sentiment d’affection pour la prépa.

Premièrement, l’expérience empirique semble désigner le sentiment de décadence qui fait suite à la prépa. « Oh lala je sais plus du tout faire ça moi… », « J’ai l’impression d’avoir tout perdu de la prépa ! »… Ces citations entendues sur le campus en ce début d’année sont révélatrices d’un sentiment qui me semble assez massivement partagé à HEC Paris. La prépa aurait été un firmament intellectuel, un sommet de connaissance, et l’entrée en école semble pour beaucoup marquer le début d’une lente décadence intellectuelle. De là, il semble logique que la prépa, au fur et à mesure que le temps passe, devienne une fierté pour chacun, et soit associée à un sentiment de grandeur perdue. Se replonger dans ses souvenirs de prépa, c’est se rappeler le moment où on savait. Dans ce cadre, avoir fait prépa est un atout pour l’estime personnelle a posteriori et pour l’image publique. Comme l’a dit un étudiant en première année, « Je me sentais intelligent, en prépa ».

Deuxièmement vient une explication un peu plus biologique. La prépa, c’est beaucoup d’adrénaline, surtout à la fin. En effet, qui dit prépa dit forte charge de travail et nombreuses échéances dans un environnement compétitif, qui disent stress, qui disent adrénaline. Dans un contexte opposé, en école, ces shots d’adrénaline peuvent manquer aux anciens étudiants de prépa, dès lors que l’adrénaline conduit à une certaine situation de dépendance. C’est peut-être ici qu’il faut chercher les causes de certains cas de « blues post-prépa », de cette dépression latente chère à Made In Jouy… Ou c’est peut-être dans le caractère morne de la ville de Jouy-en-Josas, je ne sais pas.

Enfin, selon toute logique, l’immense majorité des ECS, ECE et ECT, c’est-à dire une très large majorité des étudiants à HEC ayant fait une prépa ont vu leur CPGE EC se terminer sur la plus belle des notes, si on en croit le classement SIGEM. Avec ce point d’orgue en feu d’artifices, on pardonnerait sûrement à la prépa bien des choses. Pour détruire le biais lié à HEC, QPVHEC invite à poser cette même question dans d’autres écoles, la comparaison des résultats s’avèrerait vraisemblablement passionnante.

Cette théorie est étayée par notre analyse de la corrélation en fonction de l’année d’étude du répondant (voir par ailleurs) : les L3 sont bien plus mitigés que leurs aînés sur la prépa, car le travail de la nostalgie n’a pas encore eu lieu sur eux. Ils sont 28% à dire n’avoir pas particulièrement bien vécu leur prépa (1,2,3/5), contre au maximum 20% pour leurs aînés, typiquement.

Conclusion générale

En deux mots, il est probable que racontée, la prépa semble horrible, mais que vécue, elle s’ancre progressivement comme une formidable expérience humaine, dans un contexte où un dénouement heureux et la nostalgie alimentent la popularité des CPGE parmi ses anciens disciples aujourd’hui à HEC. Les anciens étudiants de prépa restent donc très attachés à cette expérience, sûrement un peu par masochisme, et très peu d’entre eux sont des Bruno Le Maire en puissance, prêts à détruire la prépa comme l’énarque (promotion Valmy) serait prêt à détruire l’ENA.

Reste alors à se demander quel profil d’étudiant veut supprimer la prépa, et pourquoi. La matrice des corrélations nous renseigne sur ce profil : le principal tort trouvé à la prépa par ceux qui veulent sa mort, c’est le caractère hypocrite de sa méritocratie (corrélation de -39,4%). Il convient d’abord de donner une définition de la méritocratie : « Un modèle méritocratique est un principe ou un idéal d’organisation sociale qui tend à promouvoir les individus en fonction de leur mérite (aptitude, travail, efforts, compétences, intelligence, vertu) et non d’une origine sociale (système de classe), de la richesse (reproduction sociale) ou des relations individuelles (système de copinage) ».

Dans un cadre où la prépa semble bien ne pas être un frein à la reproduction des élites, comme le montre le QPV#1 : 80% des étudiants à HEC Paris l’an dernier avaient un père cadre, PDG, ou exerçant une profession libérale, l’on prétend pourtant souvent que le système des concours et d’apprentissage intense a pour objet de favoriser la méritocratie. Force est en fait de constater que le système scolaire provoque un écrémage progressif et permanent, et que – déjà à l’arrivée en prépa – le profil social type de l’étudiant n’est plus du tout le même que le profil moyen. Autrement dit, la prépa arrive trop tard pour être efficace.

De plus, si le système de concours a pour but de mettre tout le monde à égalité au moment de leur passage, il rend par nature impossible une discrimination positive qui permettrait de compenser les déficits culturels de certains liés à leur milieu social d’origine. Il est par exemple impossible d’admettre un nombre fixé et minimal de boursiers dans l’état actuel des choses. L’université permettrait mieux cela, ce qui explique l’image positive qu’en ont les détracteurs de la prépa (corrélation de +17,3% entre l’estime pour l’université et la volonté de supprimer la prépa). Cet argument de la discrimination positive, en vogue dans les recrutements de Sciences-Po – qui représente une part non négligeable du contingent des AD – peut être une des raisons pour lesquelles les AD voient si peu en la prépa un modèle méritocratique (49% la trouvent totalement ou plutôt inefficace pour garantir la méritocratie, quand 60% des élèves issus de prépa la trouvent efficace ou très efficace).

Au-delà de ce point idéologique, la raison pour laquelle certains répondent que la prépa doit être détruite est leur mauvaise expérience avec la prépa, notamment due à ses désagréables conséquences physiques et mentales (corrélations de plus de 10% pour chacun de ces points).

Somme toute, si j’ai passé beaucoup de lignes à analyser le profil des détracteurs de la prépa, il faut absolument retenir de ce sondage qu’il est triomphant pour la prépa, érigée en formation de vie, et semblant être associée à un très fort attachement à l’établissement dans lequel elle a été effectuée. Une prépa, c’est un mode de pensée (94% d’approbation), des connaissances (83% d’approbation). Une prépa, c’est une famille (81% d’approbation).

Résultats corrélés

Corrélation avec le genre du répondant

Échantillon : 352 hommes et 306 femmes

Les résultats analysés selon le genre surprennent encore : de façon marquée, les filles d’HEC ont en classe préparatoire une expérience plus mauvaise que les garçons : elles sont 25% à vivre leur prépa moyennement ou mal (note 1, 2 ou 3), quand les garçons ne sont que 17%. Elles sont plus affectées tant physiquement que psychologiquement par la prépa, qu’elles cherchent donc, apparemment, à quitter le plus vite possible : les filles khûbent nettement moins que les garçons (10% de cubes parmi les filles contre 25% chez les garçons). Ce faible nombre de khûbes parmi les filles est aussi à mettre en relation avec des exigences moins élevées : 41% d’entre elles auraient accepté n’importe quelle école classée en-dessous de l’EDHEC dès la deuxième année quand seuls 31% des garçons en auraient fait autant.

Certaines statistiques peuvent tromper à première vue : on pourrait s’attendre à ce que les filles jugent aussi la compétition très élevée dans leur prépa compte tenu de ce qui précède, or leurs réponses à cette question sont relativement semblables à celles des garçons. On voit pourtant dans la table de corrélations qu’il y a un fort lien entre ne pas apprécier la prépa et juger qu’il y règne un gros esprit de compétition… La raison est simple : elles sont moins nombreuses dans les prépas privées hors contrat telles que IPESUP ou Intégrale, dans lesquelles il y a beaucoup de khûbes (donc relativement peu de filles aujourd’hui à HEC…) : elles jugent globalement qu’il n’y a pas tant de compétition que ça car elles sont moins présentes dans les classes prépa les plus compétitives ! Cela représente un bon exemple du paradoxe de Simpson, bien connu en statistiques. Pour une catégorie de prépa donnée, elles jugent bien la compétition plus intense que les garçons.

Comment expliquer que les filles vivent moins bien leur prépa ? L’auteur de ces lignes propose ces explications – ou plutôt sa perception d’une situation problématique de confiance globale en les filles pour réussir en milieu compétitif. Beaucoup d’études sociologiques ont déjà montré que les filles ont une forte tendance à s’auto-exclure : malgré, en général, de meilleurs résultats au lycée, les filles ont une plus grosse tendance à s’orienter vers des filières non sélectives, ou moins sélectives ; la faute à un manque de confiance.

L’esprit de compétition est moins encouragé chez elles, notamment dans le discours tenu par la famille et par la vision sociétale ambiante qu’elles subissent, ce qui les pousse à se détourner des études à fort esprit de compétition. Ici, cela se traduit par la baisse des attentes de résultats aux concours : il sera plus acceptable auprès de leurs familles – et vis à vis d’elles-mêmes – d’avoir une école pas si bien classée que ça. Cela est aussi explicable par une souffrance mentale plus importante que chez leurs homologues masculins – quand bien même elles ne souffrent pas autant physiquement. Pour un garçon, au contraire, l’esprit « combattif » du khube sera particulièrement valorisé par l’entourage, et l’esprit de compétition susceptible de se trouver en prépa sera plus en accord avec l’éducation et apparaîtra comme quasi naturel.

L’importance de la famille dans le choix d’orientation post-bac est aussi remarquable : les filles ont nettement plus fréquemment que les garçons attribué les valeurs extrêmes 1 et 5 : plus souvent forcées à faire prépa (peut-être parce qu’elles en avaient moins envie, voire pas envie ?), elles sont aussi celles dont l’orientation en prépa a été laissée la plus libre (peut-être par cliché sexiste ou par croyance des parents – même inconsciente – en l’incapacité de leur fille de réussir en prépa, réputée arène de compétition ?).

Corrélation avec la prépa d’origine

Échantillon : 21 A/L, 25 B/L, 164 ECE, 384 ECS, 7 ECT

Le découpage des résultats selon la filière des sondés éclaire d’autres résultats évoqués par ailleurs. En effet, on note d’une part que les B/L et A/L sont responsables du taux élevés de refus d’une parisienne autre qu’HEC. Ces prépas offrent une formation intellectuelle très éloignée d’une Business School, il est donc compréhensible que jusqu’à 40% des élèves littéraires (dont une forte proportion de cubes) refusent une autre école que celle donnée en tête par tous les classements (sauf celui par ordre alphabétique). D’autre part, l’homogénéité des réponses entre ECS et ECE témoigne d’une grande proximité des profils entre ces deux filières. Les expériences vécues y sont sensiblement ressenties de la même manière, ce qui est un élément à prendre en compte dans la future réforme des prépas, rendue nécessaire par l’abolition des filières E et S au lycée. Enfin, les ECT n’étant que 7 à avoir répondu à notre sondage, on ne peut commenter les résultats (pourtant très intéressants) de manière pertinente, d’autant plus que seules quelques prépas (La Résidence, Grandchamp, Michelet) ECT envoient traditionnellement des étudiants à HEC : les résultats obtenus sur cette filière témoignent donc plus des conditions de travail dans ces prépas que de la prépa ECT en elle-même.

Corrélation avec l’établissement d’origine

Échantillon et catégories : 

  • Privée (Prépa privée parmi : Ginette, Stan, Franklin, Grandchamp, Ste Marie, Daniélou) : 225
  • Privée HC (Prépa privée parmi : groupes Intégrale, Ipésup, Commercia, St Jean de Douai) : 49
  • Publique (Prépa publique parmi : LLG, Hoche, Saint Louis, Janson, Le Parc, Henri IV) : 196
  • Provinciale (Prépa publique provinciale / à l’étranger) : 79
  • Autre : 52

Lorsque l’on étudie les réponses des sondés en fonction de leur prépa d’origine, on constate avant tout que l’appréciation de ces deux, voire trois ans, est unanime. En moyenne 75% des élèves de chaque groupe déclare avoir bien, ou très bien vécu l’expérience.

Toutefois, il existe des nuances concernant les ressentis des HEC. Les sondés confirment ainsi la moins bonne réputation des prépas privées hors contrat : cela est corrélé avec la compétition, qui y est féroce selon 28% des anciens (contre 7% en moyenne dans les autres groupes). De plus, si la prépa est le royaume du masochisme, les groupes privés hors contrats en sont la crème de la crème puisqu’elles ont laissé le souvenir le plus douloureux sur la santé de leurs élèves. En effet, dans tous les autres types de prépas, au moins 27% des élèves se disent être sortis indemnes de l’expérience, contre 18% pour les prépas HC. Néanmoins, la concentration de khûbes, deux fois plus élevée qu’ailleurs, peut expliquer de tels chiffres, dans la mesure où les élèves passant les écrits pour la deuxième fois n’ont plus d’autres alternatives que de « tout donner », parfois au détriment de l’entraide.

À l’inverse, les grandes prépas publiques et privées semblent proposer un autre modèle. La compétition s’y fait nettement moins ressentir, les intégrés en kharrés y sont bien plus nombreux, et elles sont plébiscitées (les prépas privées jouissent d’une moyenne record de 4,6/5). Les prépas publiques provinciales ne sont pas non plus en reste dans la satisfaction. Alors que les familles y poussent moins leurs enfants que dans les autres catégories, elles rendent leurs élèves aussi enthousiastes que leurs consoeurs plus renommées, dans un cadre semblant par bien des aspects plus chill (avec notamment la plus faible compétition des quatre grands types étudiés).

Par conséquent, notre sondage met en lumière un amour de la classe préparatoire diffus et massif, quel que soit le prestige / le niveau de l’établissement dans lequel on a vécu l’aventure de la « filière royale ».

Corrélation avec le nombre d’années passées en prépa

Échantillon : 486 khârrés, 110 khûbes, 5 bikhârrés (exclus ici)

Tout comme la liste Beaufront (never forget :'( ) – par ailleurs à forte proportion d’étudiants de Douai et Commercia ayant khûbé – aux élections du BDE 2018, les anciens khûbes ont – disons-le – pris cher en prépa. Ayant significativement plus souffert physiquement (52% contre 40%) et mentalement (36% contre 25%), les khûbes se montrent en fait plus mitigés sur la note à attribuer à leur prépa tout comme sur leur manière de vivre la prépa. Peu enclins à mettre des 1/5, 2/5 et 5/5 dans ces deux domaines, ils se montrent nombreux dans les scores « mitigés » (dans le contexte d’hyperaffection ambiant pour la prépa dont témoigne ce sondage) de 3/5 et 4/5.

Comment expliquer cela ? La proportion relativement faible de 5/5 peut s’expliquer par les troubles physiques et mentaux fréquents chez les khûbes, ainsi que par la déception potentiellement difficile à vivre en kharré, ainsi que par la frustration de voir ses amis en école alors qu’on doit continuer à se lever à 7h les samedis matins pour aller faire une énième contraction inutile.

Le peu de 1/5 et de 2/5 est quant à lui probablement explicable par le fait que prendre la décision de khûber est peu compatible avec un rejet violent de la prépa : on préfèrera alors aller dans une école – même pas à la hauteur de nos espérances – plutôt que de s’infliger une troisième année. De là, les profils des khûbes sont des profils a priori moins radicalement réfractaires à la prépa.

Corrélation avec l’année d’études

Échantillon : 204 L3, 215 M1, 139 VM, 105 M2

Cette rapide étude des corrélations sur l’année d’études du répondant – particulièrement intéressante du fait de la récente arrivée des L3 – prouve l’intensité de la dimension nostalgique dans l’amour de la prépa. Ceux qui viennent de sortir de CPGE – s’ils ne semblent objectivement pas être sortis d’un bagne – ne donnent pas l’impression d’avoir quitté avec la prépa un paradis perdu.

Parmi les faits marquants, les L3 sont beaucoup moins nombreux à se montrer catégorique sur la facilité avec laquelle ils ont vécu la prépa : 28% donnent des notes inférieures ou égales à 3 à leur vécu, à comparer avec 16 et 17% pour les VM et M1, alors que 29% seulement donnent à l’expérience de la prépa la note la plus élevée, soit entre 8 et 9 points de moins que leurs aînés.

Là encore, la proximité des souvenirs préparationnaires semble donner une vision plus conforme à une certaine forme de souffrance lors de la CPGE, qu’elle soit physique (19% s’en disent indemnes en L3, contre 37% chez les VM par exemple) ou mentale (33% disent ne pas avoir subi d’impact mental négatif, contre près de 50% chez les M1 et VM).

Le fait que – marginalement – les L3 actuels aient plus khûbé que leurs aînés n’est pas assez impactant pour constituer une explication convaincante de la différence assez impressionnante que l’on constate.
Remarquablement, les résultats des M1, VM et M2 sont très proches, comme si le travail de nostalgie s’écrivait une fois pour toutes durant l’année de L3.

Matrice de covariance

Analyse en composantes principales