QPV#11a Culture

Cette enquête a été adressée le 30 oct. 2018 aux étudiants francophones du programme Grande École. Un grand merci aux 639 votants. Pour information, le formulaire-type est disponible ici.

Quelques chiffres à retenir pour briller en société

  • Près de 6 étudiants interrogés sur 10 se disent certains de choisir un électif à dimension culturelle plutôt qu’un électif business. academicaffairsl3m1@hec.fr.
  • Seuls 11% des étudiants pensent disposer de suffisamment d’activités culturelles sur le campus. HEC Paris ?
  • La pop (21%) devance le rock (18%), la variété française (13%) et le rap (12%) parmi les styles de musique préférés des étudiants. Bon à savoir pour les prochains POWs 🙂 
  • Pour près des 2/3 des étudiants, le milieu social a constitué un élément d’influence mimétique pour leurs goûts culturels. Tel père, tel fils.
  • 64% des L3 ont lu un livre ou moins depuis la rentrée, contre 39% en moyenne. C’est la décadence han.
  • 30% des listeux BDA n’ont aucune activité artistique, contre 50% chez les non listeux. Bureau des Artistes.
  • Les listeux BDA sont 30% plus nombreux que les non-listeux à avoir été déçus par le niveau général de culture des HEC. Bureau des Arts-rogants ?
  • Les résultats du quiz sont disponibles iciHeartbeat increasing.
  • Les suggestions des répondants pour le BDA sont disponibles ici.

Résultats détaillés

Les résultats de la question « Une suggestion pour les 68’art (BDA actuel) pour améliorer la vie culturelle à HEC ? » sont disponibles en cliquant ici.

Analyse générale : HEC, une frustration culturelle temporaire

I) Le campus : un impact ambigu sur la vie culturelle des HEC

Après deux ou trois années d’exposition intense et forcée à la culture au sens académique du terme, notamment la culture philosophico-littéraire, accompagnée pour les plus déterminés de pièces de théâtre ou autres expositions, il semblait légitime à l’équipe QPVHEC de se demander quel impact avait le passage de l’état de préparationnaire à celui d’étudiant à HEC sur la vie culturelle de ceux-ci. L’intégration, la vie en communauté, l’éloignement de la capitale, la perte de tout intérêt scolaire à se cultiver, sont des facteurs dont la résultante a un impact globalement ambigu sur l’exposition à la culture des étudiants.

a) La frustration culturelle

Le premier aspect qui ressort de ce sondage, c’est une forme de frustration culturelle chez les étudiants de HEC, qui – semble-t-il – aimeraient que leur séjour à Jouy soit plus ponctué de culture. En effet, seuls 11% des étudiants sont satisfaits de l’offre en activités culturelles disponible sur le campus. Fait intéressant dans les corrélations, les listeux BDA sont significativement moins nombreux à être très insatisfaits de l’exposition culturelle sur le campus, alors que – si l’on fait l’hypothèse raisonnable selon laquelle le listeux BDA type a plus d’intérêt pour les arts et la culture que l’étudiant moyen à HEC, il devrait d’autant plus souffrir des faibles possibilités culturelles jovaciennes. Si certains diront que François Santuitart essaye de défendre son bilan, l’on répondra aussi que les listeux BDA sont bien souvent les premiers au courant et les plus motivés pour les événements culturels organisé sur et en-dehors du campus. Ainsi, mieux informés et plus intéressés, ils participent plus qu’en moyenne aux événements, et se disent moins insatisfaits que les autres. En bref, il semble qu’il y ait quelques activités culturelles sur le campus et en dehors, mais pas assez, et peut-être trop peu relayées, si bien que les gens qui ne sont pas dans le cercle direct du BDA ne sont souvent pas au courant.

Autre possibilité, l’expérience empirique montre que sur de nombreuses personnes, le campus et la vie en communauté ont pour conséquence une forme de perte de motivation, et nombreux sont les étudiants qui se disent « mous » sur le campus, et trouvent difficile de se motiver à faire des activités ; cela pourrait expliquer un taux de participation aux événements culturels relativement faible des non-listeux BDA, par une sorte de flemme, menant in fine à une insatisfaction par rapport à l’offre culturelle disponible à HEC. Pour le dire vite, beaucoup ne vont pas aux événements par flemme, puis se plaignent de ne pouvoir aller à aucun événement culturel.

Un exemple typique a été le concours d’oeuvres organisé par le BDA pour présenter ses travaux à HEC Alumni, resté très confidentiel sur le campus : l’art ne buzze pas.

Quelle est donc l’exposition des HEC à la culture, au-delà desdits événements ? Fort logiquement, la télé est boudée par les étudiants de HEC (cf comparaison avec l’échelle nationale) : 80% des étudiants en consomment moins d’une heure par semaine. Le sport, dans une moindre mesure, prend une claque assez violente compte-tenu de son importance relative sur le campus, seuls 1/3 des étudiants passent plus d’une heure hebdomadaire à en consommer. La consommation audiovisuelle des HEC se fait donc majoritairement via des séries et des films, que la majorité des HEC passe entre une et cinq heures hebdomadaires à regarder.

La lecture prend également un petit coup. Même si on lit sensiblement plus à HEC qu’ailleurs en France pour la même catégorie d’âge (on lit en moyenne 0,9 livres par mois en France, alors que plus de 60% des HEC ont lu plus de 2 livres en 2 mois), il semble tout de même que les HEC lisent beaucoup moins qu’ils ne le faisaient en prépa, puisqu’un quart des étudiants seulement lit plus d’un livre toutes les deux semaines.

Le livre reste néanmoins l’option privilégiée d’accès à la culture pour les HEC, avec les sorties culturelles qu’ils font souvent seuls ou en famille, puisque 80% des étudiants avaient fait une sortie culturelle lors du dernier mois au moment de l’administration du questionnaire, et 57% lors des deux dernières semaines – et ce malgré la localisation géographique du campus.

Ce qui fait baisser cette moyenne, ou plutôt ceux qui font baisser cette moyenne, ce sont les L3. Décadence ? Pas si vite. Le processus d’intégration à HEC, long et nocturne, explique sûrement pour une bonne part le désintérêt relatif des L3 pour la lecture (les 2/3 ont lu un livre ou moins), et leur faible participation à des activités culturelles. De plus, la découverte du campus, espace en cela jouissif que de nombreux amis sont présents, disponibles, et à proximité à tout moment, limite à la portion congrue le temps « pour soi » des étudiants – et en particulier des 1A, encore pris dans le tourbillon d’ivresse de la découverte campusarde (voir par ailleurs la corrélation par année d’études ci-dessous).

Les cours de HEC, qui ne sont absolument pas axés sur la culture au sens traditionnel, qui exclut la culture business, ne font rien pour améliorer ce sentiment général. Avec — à croire que le continuum prépa-grande école est négligé — une quantité extrêmement faible d’électifs à portée culturelle jusqu’à l’an dernier (avec seulement « Management des industries culturelles » et « Philosophy and Investing », deux cours hybrides entre business et culture), HEC a changé sa politique cette année, en ajoutant « O For A Muse of Fire ! » (cours autour de Shakespeare), « The Nobel Price Laureates of German Literature » et « ARTificial : le machine learning au service de la culture ». Dans tous ces cours néanmoins, soit l’on retrouve une composante business, soit le cours est en langues étrangères, ce qui constitue une barrière, notamment dans le cas du cours sur les lauréats allemands du Nobel de littérature, dispensé en allemand. De là à dire que ces électifs ne sont qu’une caution pour HEC, il n’y a qu’un pas, que je ne franchirai pas totalement, voulant bien croire en la bonne volonté des responsables des cours à HEC afin que les attentes des élèves soient comblées.

Le travail est néanmoins encore long, sans cours sur le cinéma avant le M2, sans cours d’Histoire de l’Art, sans électif « Musique » ou « Arts » alors que le sport a longtemps été accepté comme électif (et l’est toujours pour les M1 aujourd’hui), les élèves ne seront pas satisfaits de l’offre de culture à HEC. Cela explique donc que 60% des HEC se disent certains de choisir un électif culturel aux dépens d’un électif business si l’occasion se présentait : les cours culturels, vus comme intéressants par les HEC au parcours souvent très scolaire, manquent. Et ce, d’autant plus que la classe préparatoire (où les cours culturels via les 6h de Culture Gé, voire les 6h d’Histoire pour les ECS jouent un rôle prépondérant) a laissé un très bon souvenir aux étudiants de HEC (voir par ailleurs le QPV#7 : la classe préparatoire).

Cela explique aussi ce constat, assez tragique pour une école : 18% seulement des élèves se disent plus ou beaucoup plus cultivés maintenant qu’à leur entrée à HEC, et 52% se disent moins ou beaucoup moins cultivés… Cela ne veut pas dire qu’on n’apprend rien à HEC, mais cela montre une nouvelle fois le dédain des étudiants de HEC pour les disciplines business qu’ils y étudient, qui ne semblent pas rentrer à part entière dans leur définition de la culture.

b) Le campus et ses associations engendrent des initiatives culturelles

Il y a néanmoins des aspects qui créent une forme d’émulation culturelle sur le campus. Avant tout, il faut parler de l’action du BDA, et notamment du BDA actuel, qui tend à encourager la pratique de l’art sur le campus peut-être plus que l’exposition culturelle : des cours de piano sont proposés cette année pour une somme relativement faible : de 10 à 15€ les 3/4h, et le BDA travaille actuellement à la mise à disposition des étudiants de cours d’arts plastiques. Toujours dans cette veine, on peut citer le projet réussi de peinture à l’étage du Zinc, mené pendant l’ACcueil aux Admissibles (ACA).

De plus, toutes les billetteries organisées par le BDA ou presque sont des francs succès, qui trouvent totalement leur public.

Ce que le BDA ne parvient pas à faire, c’est élargir son public à la foule du campus qui ne plébiscitera pas l’art et la culture, mais qui appréciera leur présence s’ils lui sont imposés, et cela constitue une bonne partie des étudiants à HEC.

Les cafés des arts permettent aux étudiants d’exprimer leur sensibilité artistique, en particulier musicale, tandis que l’art dramatique est mis à l’honneur par Double Jeu (théâtre) ou encore les Improdigieux (improvisation théâtrale). D’autres formes d’art, comme l’art culinaire, sont aussi mis à l’honneur par des associations comme l’Assauce. De la même manière, certaines initiatives sur le campus peuvent être citées et saluées, telles que la création du site ComposHer cette année, mettant à l’honneur les femmes dans la musique classique.

Les personnes en manque de culture sur le campus semblent tant bien que mal parvenir à trouver une voie vers la culture, notamment après l’année de M1 : on observe chez les VM et M2 une véritable recrudescence dans les activités et sorties culturelles, dues à la fois à la proximité accrue de Paris, et potentiellement à un phénomène de surcompensation chez ceux à qui la culture a manqué lors des deux années traditionnellement passées sur le campus.

II) Le rapport des HEC à la culture

a) Une approche scolaire plus qu’artistique

Finalement, le rapport des HEC à la culture apparaît, pour une majorité d’entre eux, marqué par une attitude de bon élève. Plutôt que l’expérience que constitue la rencontre avec une oeuvre artistique, c’est un apprentissage de codes ou de connaissances qui semble être le but des étudiants lorsqu’ils vont à la rencontre de la culture. Ainsi, pour une écrasante majorité des votants (84%), la culture sert principalement à « apprendre des choses », alors que seuls 40% d’entre eux recherchent une « expérience esthétique nouvelle ».

Un état d’esprit sans doute renforcé par un grand nombre de classes préparatoires, au sein desquels les élèves sont incités à apprendre par coeur des citations, voire des « paragraphes tout cuits » pour préparer les épreuves de culture générale notamment, même si les résultats montrent aussi que la culture va bien au-delà d’une simple manière de réussir ses concours selon 90% des sondés. L’ « apprentissage culturel » scolaire sert donc un profit non-seulement utilitaire, mais peut-être aussi ascétique : on aimerait être exposé à la culture car cela nous aiderait à découvrir de nouveaux horizons, et cela s’avèrerait – de façon coïncidente – être un avantage non négligeable pour un parcours scolaire abouti. Il est néanmoins marquant qu’il faut guider les étudiants de HEC vers la culture, car spontanément, ils ne la recherchent pas, ainsi 82% des étudiants expriment le sentiment que leur culture a au mieux stagné depuis leur intégration à HEC.

Une culture scolaire donc, et non choisie : c’est peut-être là ce qui explique la forte proportion d’élèves (45%) qui ne pratique aucune activité artistique. L’art ne déchaîne ni les passions, ni les pratiques régulières : si 14% des votants déclarent jouer régulièrement du piano, le local du BDA mis à disposition pour les musiciens ne part pas au shotgun, en l’absence de pianiste motivé pour l’occuper. Les cours de dessin ont disparu du campus, tout comme l’association Music Addict, par trop méconnue. Certes, 25% des sondés déclarent jouer d’un instrument régulièrement, mais ce chiffre est déjà de 21% parmi les Français de plus de 15 ans (Ifop). Et ce, alors que la pratique instrumentale est supposée être bien plus répandue chez les enfants de cadres, dont font fréquemment partie les HEC ! Les HEC ne semblent qu’assez peu plébisciter la production culturelle, alors qu’on aurait pu s’y attendre compte tenu de leur éducation et de leur milieu.

b) Qu’en dirait Bourdieu ?

Un apprentissage de connaissances, certes, mais aussi un apprentissage social. Fait plutôt surprenant quand on considère les opinions politiques des HEC (cf QPV2), la majorité d’entre eux (83%) valident la conception de la culture que propose Pierre Bourdieu : la culture serait, encore aujourd’hui, un instrument de domination des classes supérieures et l’un des éléments d’une violence symbolique qu’elles exerceraient sur des classes plus modestes. Que penser dans ce cas de la validation quasi-unanime de cette théorie par les HEC, issus majoritairement de milieux aisés ? C’est là l’occasion de ressortir son cours de prépa (wink wink si vous suivez 😉) sur l’apôtre de la sociologie : Pierre Bourdieu.

D’une part, on peut estimer que les étudiants font preuve d’une certaine lucidité, vis-à-vis des avantages culturels dont ils ont en grande partie bénéficié durant leur éducation. Ils sont donc conscients de disposer d’un fort capital culturel, incorporé au cours de l’éducation. Car en effet, Bourdieu emploie le terme de « capital » en ce qui concerne la culture car elle se capitalise, se transmet, et donne un pouvoir relatif. Elle est ainsi la résultante de trois composantes : une forme incorporée (dont les élèves d’HEC considèrent globalement avoir hérité), une forme objectivée qui a été portée aux nues en classe préparatoire comme étant un nombre d’éléments à connaitre pour accéder aux meilleures écoles – et donc aux postes de pouvoir (ce qui a pu renforcer l’image d’outil de domination qui ressort du sondage), et enfin d’une forme institutionnalisée, témoin de la valeur culturelle prétendue des diplômes. Cette dernière est évidement relative, et ce sondage tend à montrer la dépréciation aux yeux des HEC de la valeur culturelle de leur futur diplôme.

c) Comparaison avec l’échelle nationale

Il est intéressant de comparer certains résultats à des études menées à l’échelle de la France, et plus précisément — important quand on parle de culture — à des résultats posés à des personnes de notre génération.

Comme pressenti plus haut, les HEC ont ainsi plus que les autres jeunes délaissé la télé : beaucoup d’entre nous passons moins d’une heure par semaine devant le petit écran. En moyenne pour les 18-24 ans, c’est plus de de 2 heures… par jour !

Quand bien même le petit écran est l’emblème des classes populaires âgées, on pouvait  s’attendre à une moindre claque pour la télévision, en estimant que la téléréalité ou des émissions comme Quotidien (notamment) pourraient permettre de limiter la casse. Il n’en est rien,  la télé est boycottée par quasiment 4 HEC sur 5 (<1h hebdomadaire).

Le fait de ne pas avoir de télé par défaut dans les chambres n’aide pas, évidemment, quand bien même la live TV sur Internet est aujourd’hui très développée.

L’étude des goûts musicaux, plus libres car non contraints par le mode de vie, et plus intéressante : une étude menée en 2015 par le CSA montre que les préférences des 18-24 ans vont vers le pop rock dans un degré bien moindre qu’à HEC (32% contre 39%). Et là où pour le reste, les jeunes français prisent ensuite le RnB et l’électro, les élèves d’HEC se tournent vers la chanson française (genre dont les jeunes se détournent beaucoup à l’échelle de la France), puis vers le rap.

Comment interpréter ces résultats ?

α) La construction par mimétisme

On remarque donc d’une part un effet direct du milieu social, que les HEC reconnaissent lorsqu’ils confessent un mimétisme prégnant dans leur approche de la culture. Cela prouve que leurs parents ou proches leur ont transmis leurs goûts culturels plus qu’ils ne les ont découverts par eux-mêmes, ce qui est – somme toute – assez logique. Ainsi, les 2/3 des HEC disent que leurs goûts culturels ont été influencés positivement par leur milieu social.

Cela se fait jour dans leurs goûts musicaux notamment, la pop et le rock – styles favoris des cadres et cinquantenaires, donc statistiquement fréquemment de papa-maman – sont aussi les styles préférés des HEC. Cela explique que les HEC soient nettement plus nombreux qu’en moyenne pour leur âge à apprécier des styles tels que la pop, le rock, la chanson française, ou le classique.

β) La construction par contraste

Il y a d’autre part l’effet inverse avec l’intérêt pour le rap, certainement un effet en réaction contre la culture légitime que l’on constate aussi à HEC par des associations comme HEStreet. Le rap est, des contre-cultures, celle la plus facilement accessible aujourd’hui pour celui qui n’a pas grandi dedans.

Par ailleurs, une fraction non négligeable (15%) des sondés estiment que leurs goûts culturels se sont construits par contraste.

γ) L’hétérogénéité

Le plus marquant dans ces résultats, c’est la grande hétérogénéité des réponses : les HEC ont des goûts très diversifiés, ce qui est assez représentatif des classes aisées, dont le goût pour la culture légitime n’est pas exclusif de goûts plus grand public. Les influences culturelles sont souvent plus nombreuses dans les classes aisées, où la famille prend en charge une part élevée de la sensibilisation artistique, mais où l’école (dont l’héritage est encore très fort à nos âges) vient sensibiliser d’une façon très différente.

Enfin, en comparant avec une enquête menée par Harris Interactive en 2015, on voit que les Français sont plus préoccupés par les effets de la mondialisation sur le rayonnement culturel français que les HEC. C’est la conséquence de cet éclectisme des HEC : les goûts de la plupart d’entre nous, s’ils témoignent d’un certain raffinement, ne sont que peu marqués par le dogmatisme ou le conservatisme, on est sensible aux formes traditionnelles sans y voir la seule forme de culture possible. En un mot : on a une conception très libérale de la culture ; la « culture française » trouvera donc peu de défenseurs acharnés.

Corrélation avec l’année d’études

Disons-le directement, la corrélation est ici nulle sur la plupart des sujets.

Une seule tendance est clairement notée. A la sortie de la classe préparatoire, les étudiants de L3 pensent avoir perdu nettement plus de culture  depuis leur concours que leurs homologues plus âgés. Si cela peut paraître étonnant, réjouissons-nous que les années à HEC ne soient pas celles qui enclenchent une lente dégringolade de notre culture.

Fait intéressant, les L3 sont nettement plus nombreux à considérer que les HEC sont moins ou beaucoup moins (35%) cultivés que ce à quoi il s’attendait, ce qui est certainement dû à l’effet de mythification de HEC et de ses intégrés qu’on observe sur virtuellement tous les étudiants de classes préparatoires. HEC étant réputée aux yeux des prépas être une école où seuls des « monstres » intègrent, les nouveaux intégrés ne peuvent en conséquence qu’être déçus du niveau de culture de leurs camarades de promotion.

Il faut toutefois nuancer ce résultat qui est celui d’une impression subjective. La prépa est certes le moment d’accumulation d’une culture formidable mais celle-ci est bien souvent impersonnelle (générale) et grossièrement acquise. On peut donc juger qu’il y a un « effet de surplus ». Après plusieurs mois, ce savoir décante et on finit par ne retenir que ce que l’on a vraiment intégré. En regardant en arrière on se sent « moins cultivé » mais en réalité il faut plutôt dire que nos intérêts se sont recentrés et que le « surplus » a été remplacé.

Enfin, le début de la L3 est souvent intense et la convergence de l’intégration et des cours laisse souvent peu de temps libre pour se replonger dans un bon roman ou bien tout simplement suivre l’actualité (d’autant plus que l’effet Jouy-en-Josas n’aide pas). Les années passant de plus en plus de temps libre se dégage (sauf pour les requins de la M&A et du conseil en strat) et on a de plus en plus de temps à accorder à la vie culturelle : plus de temps pour lire par exemple.

On observe sûrement chez les VM et M2, qui pour beaucoup retrouvent une vie citadine et cosmopolite, une sorte d’effet de surcompensation caractérisée par une vie culturelle bien plus intense (notamment au niveau de la lecture et des sorties : 69% des VM/M2 ont fait une sortie culturelle dans les deux semaines précédant l’administration du questionnaire contre 43% des L3).

Cela permet de compenser en partie la perte de culture due à l’élimination de certaines connaissances superficielles acquises en prépa, et les personnes interrogées se sentent de nouveau en moyenne au moins autant cultivé qu’à l’intégration de HEC. En revanche, il y a un effet kiss cool : le départ du campus amplifie le constat selon lequel les étudiants manquent cruellement d’activités culturelles à Jouy.

Corrélation avec la ville d’origine

Si vous vous attendiez à ce que l’on écrive qu’il existe une frontière culturelle géographique en France, eh bien sachez que nous aussi. Néanmoins, force est de remarquer l’homogénéité des habitudes culturelles ! Très peu de chiffres se démarquent à l’exception de trois : le mimétisme et la conception sociologique chez les parisiens, et la priorité à l’électif business chez les provinciaux.  

Commençons tout d’abord par les chiffres concernant les habitants de la Ville lumière. Nous avions constaté dans le QPV originel sur la reproduction sociale à HEC que les parents des étudiants parisiens avaient en moyenne des postes plus « qualifiés » que ceux des autres groupes étudiés. Or à la question du mimétisme des goûts culturels, 27% des parisiens sont conscients que leur milieu social a façonné leurs habitudes culturelles (habitus dirait même Bourdieu). De plus, les parisiens pensent nettement plus fréquemment que les provinciaux que la culture soit un outil de domination symbolique. Par conséquent, ce sont les élèves dont on peut penser qu’ils y ont les plus été exposés qui rejettent l’idée selon laquelle la culture est un outil de domination symbolique… A l’inverse, les provinciaux de la « small town France » se sont le plus construits en opposition avec les gouts culturels de leurs entourages (disposant d’un plus faible capital social d’après QPV1), et dénoncent l’avantage social que représente la culture à leur yeux. Peut-on en conclure que la culture, c’est comme la confiture, plus on en a dans le frigo, plus on oublie la chance qu’on a d’en avoir ? 

Enfin, l’avis de nos 22 répondants étrangers tranche visiblement avec celui des français bien de chez nous, au pays de l’exception culturelle. Toutefois, la faiblesse de l’effectif invite à une polarisation des résultats, par conséquent on ne peut en tirer des conclusions définitives. 

Corrélation avec le fait d’avoir listé BDA

Ce qui ressort globalement de cette étude est une insatisfaction générale quant à la place de la culture sur le campus. Les différences listeux/non-listeux s’en retrouvent donc amoindries. D’une part, le ressenti des listeux semble être compensé par des attentes faibles, de l’autre, le capital culturel moyen à HEC reste d’un très bon niveau (CPGE, et reproduction sociale cf. QPV#1 Reproduction Sociale). Pour ces raisons, on observe une compensation des différences listeux/non-listeux.

Les non-listeux sont les plus critiques quant à l’offre culturelle sur le campus, plus d’1/3 est fortement insatisfait contre « seulement » 1/4 des personnes ayant listé BDA. Cela est probablement dû au fait que le cercle proche du BDA est plus à même à connaitre l’actualité sur les évènements proposés, et également plus motivé à braver le RER C pour étancher leur soif d’activités. Paradoxalement, les non-listeux sont 20% à se sentir plus cultivé qu’à la rentrée, ce qui n’est le cas que pour 13% des associés du BDA. Cela peut résulter d’un niveau de culture plafonné par la frontière de Jouy. On comprendrait donc mieux la forte volonté de la part des listeux (pour 2/3 d’entre eux) d’abandonner un électif business pour un cours plus humaniste, mais aussi dans la fréquence avec laquelle ils sortent étancher leur soif de culture : Pour 85% des listeux, leur dernière sortie culturelle remonte à moins d’un mois.

On peut conjecturer que le manque critique d’évènements culturels ressenti par les non-listeux serait plus le fruit d’un manque de détermination : Le Café des Arts n’a-t-il pas été boudé par une grande partie du campus ?

Les amis du BDA ressentent cette différence et se retrouvent ainsi légèrement plus déçu quant au niveau culturel des autres HEC. Presque 1/3 d’entre eux l’est, contre moins d’1/4 des autres. Ils ont en effet un profil plus littéraire (cf. QPV#9 Intégration), donc culturel du fait de leur parcours scolaire, mais également par le capital culturel de leurs parents : 1/4 des listeux dit avoir été fortement influencé par son milieu social par mimétisme, contre 1/7 des non-BDA.

On aurait pu s’attendre à une plus grosse déception des listeux quant à leurs camarades, toutefois, la question portait sur les attentes que le listeux avaient quant à leurs camarades ; peut-être étaient-elles faibles ? Cela permettrait d’expliquer le nombre de « bonnes surprises » équivalent à celui des non-listeux, alors qu’il devrait être plus faible.

Une autre constatation qui ressort de l’étude concerne le mode d’accès à la culture. Les profils plus culturels (listeux BDA) ne voient pas les écoles de commerce comme un moyen d’enrichir leur culture et sont donc plus autonomes dans leur démarche culturelle. Ils hésitent donc moins à sortir du campus pour voir une exposition (85% des BDA ont assisté à un tel évènement il y a moins d’un mois contre 77% des sharks et autres non-non-listeux BDA).

Un fait particulier ressort comme réellement surprenant : la différence d’accès à la culture ne passe pas principalement par la lecture, moyen le plus conventionnel. Les non-listeux ont lu en moyenne (grossière car une réponse ne spécifie pas si le nombre de livres lus est 5 ou 20, le premier a donc été pris en référant) 2,26 livres contre 2,21 par les listeux depuis la rentrée. La conclusion qui s’impose qu’il n’y a pas de différence sensible entre les deux catégories. Plusieurs explications sont possibles. La première est que la lecture est très chronophage, tout comme le fait de lister : les deux seraient alors moins évident à associer, notamment en ce qui concerne les 1A. En ce qui concerne les 2A, les anciens  listeux BDA, souvent hype, ont certainement une vie associative en moyenne plus chronophage que les non-listeux BDA.

Une deuxième explication consisterait à avancer que la culture ne passe pas forcément par la lecture pour les plus cultivés. Ils préfèrent au contraire la diversification de leurs activités. On remarque cette multiplicité dans le nombre d’activités moyen pratiquées par le listeux, nettement plus élevé que celui des non-listeux BDA.

Dernière remarque, un poil plus sarcastique : le culturisme ne fait définitivement pas partie de la culture au sens propre du terme : le sport télévisé n’intéresse pas 85% des listeux, et le seul sport physique proposé dans la liste (Danse) est l’unique à ne pas démarquer les BDA des autres.