QPV#4 Europe

Lors du QPV#2, 83% des votants disaient avoir un avis positif de l’Union Européenne. 68 ans jour pour jour après la déclaration Schuman1, nous avons souhaité approfondir la question de votre affinité avec les institutions européennes. Nous remercions très sincèrement les 532 votants qui ont répondu à ce sondage.

Quelques chiffres à retenir pour briller en société

  • 6,2% des HEC comptent s’impliquer personnellement dans la campagne pour les élections européennes dans un an. Electif Affaires Européennes.
  • 60,2% d’entre vous érigez l’harmonisation des normes fiscales européennes en mesure phare pour améliorer l’UE. Ca part en A en Gestion Fiscale de l’entreprise.
  • Un cinquième du panel se dit favorable ou très favorable à la mutualisation de la dette européenne. Solidarité.s.
  • 2,4% des HEC sont en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Effet Erdogan.
  • 9,2% des sondés se disent défavorables à l’Euro, et 3,4% souhaitent le retour en France d’une monnaie nationale. Un petit village d’irréductibles Jovaciens résiste encore et toujours à l’€nvahisseur.
  • 16,0% du panel connait le président actuel du Parlement européen (Antonio Tajani, pour info). Qui est pôle comm’ à l’UE?
  • 13,4% des étudiants à HEC disent s’identifier le plus à un organe extra ou supranational. Ordures Cosmopolites.
  • 79% des sondés jugent que l’échelon national est le plus efficace pour gérer l’éducation. Roman national.
  • Plus de la moitié des étudiants sondés souhaite travailler en France (51%). Majeure National business.
  • 81% des HEC se disent favorable à une gestion européenne des normes sanitaires. Maman UE te protège.

Résultats bruts

Nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que notre échelle de satisfaction va de 1 à 5 et non de 0 à 5 ; la note moyenne est donc de 3/5 et non de 2,5/5. L’analyse doit en tenir compte.

Les résultats détaillés et objectifs de notre enquête sont accessibles en cliquant ici.

Mise en perspective

Comparaison avec des résultats à l’échelle nationale

Sans surprise vis-à-vis des résultats observés dans le QPV#2 sur l’Europe, les étudiants de HEC se montrent très nettement plus europhiles que la moyenne. D’où vient cet amour fou pour l’Europe ? Les HEC sont-ils des rêveurs attendris par le projet de paix européen, ou bien des pragmatiques convaincus qu’en économie comme souvent ailleurs, l’Union (européenne, donc) fait la force ? Notre sondage entièrement dédié à l’Europe prouve d’abord que les HEC ne semblent pas amoureux d’un projet paneuropéen : on observe en effet d’assez faibles taux d’adhésion à l’idée de la grande UE. En effet, seul un petit tiers de l’école souhaiterait que l’Euro soit étendu à d’autres Etats quand à peine 1,9% des sondés définissent un élargissement comme une des trois mesures-phares pour l’UE. Les HEC semblent plutôt aimer l’Europe par pragmatisme, sûrement même car on leur a dit, ou car on leur a appris, que l’Europe apportait un réel plus dans la situation de la France. Rien de surprenant à cela, dès lors qu’on sait que, selon une étude Ifop pour le JDD en 2014, 70% des professions supérieures pensaient que la France bénéficiait de l’UE, contre 50% de la population des classes populaires. Compte tenu du bagage socioculturel moyen des étudiants de HEC, il est assez probable qu’ils aient été biberonnés par les idées de Monnet, Schuman, Spaak, et autres Adenauer. De plus, les programmes scolaires, traditionnellement assez profondément européistes, perfectionnent encore le façonnage de cet européisme : les personnes ayant fait des études supérieures désapprouvent deux fois moins l’UE que les non-diplomés. Ce mode d’européisme, un européisme souvent guidé, mène rarement à un amour passionnel de l’Europe, à un amour de projets idéalistes ; il mène plutôt à une approche pragmatique de ce qu’est l’Europe, qui passe pour un moyen plutôt que pour une fin en soi. C’est donc ainsi que les profils étudiés vont tout particulièrement dans ce sens. Cet attachement rationalisé à l’Europe se conclut par exemple par une assez faible adhésion (qui nuance par ailleurs les résultats sur le fédéralisme du QPV#2) à la plus-value de l’Europe sur les thèmes les plus régaliens : politique industrielle (39% des sondés pensent que c’est à l’échelle européenne que la politique industrielle serait la plus efficace), défense, gestion de la dette (moyenne de 2,4/5 à la question sur la mutualisation de la dette, 3 exprimant la neutralité), notamment. L’Europe semble vue par les HEC comme une sorte de barrage, l’Europe serait un glacis défensif plus qu’un rêve à venir : elle peut par exemple aider sur l’immigration 2 ou sur les normes sanitaires (81% d’entre vous pensez qu’elles doivent être définies par l’UE), afin que les pays européens aient leur mot à dire et pèsent lourdement sur l’établissement des normes sanitaires mondiales. Le renforcement politique de l’Europe est aussi sûrement vu comme une bonne idée afin que les pays européens ne perdent pas leur poids géopolitique dans un contexte où l’influence individuelle des pays européens va décroissante. Toutefois, on ne souhaite pas lui confier les clés de l’aménagement du territoire, et encore moins de l’éducation (ce qui n’est néanmoins pas incompatible avec l’idée d’un Etat fédéral européen), avec à peine 8% de convaincus par une éducation européenne. Cela témoigne donc tout de même – quelque part – de la perpétuation d’une attache nationale, révélée aussi par l’identification massive des HEC à la France (58% contre 8% pour l’UE).

Globalement, sur les indicateurs économiques ou sécuritaires, HEC reste néanmoins assez nettement plus europhile que la moyenne des Français, alors que les statistiques sur des indicateurs plus idéologiques ou idéalistes montrent des résultats assez similaires entre HEC et la moyenne française.  Ainsi, l’Europe est approuvée sur des sujets « défensifs » : 45% des Français pensent qu’il est préférable que les décisions fiscales se fassent à l’échelle nationale, 60% que la politique migratoire soit étatique (IFOP-Schuman 2017), contre 71% et 70% respectivement. C’est cette « europhilie utile » des HEC qui les conduit aussi sûrement à être assez tolérants vis-à-vis du Brexit et de l’attitude à adopter face au Royaume-Uni : à l’échelle de la France, plus de la moitié des sondés souhaitaient qu’aucune concession ne soit faite aux Britanniques alors que la moyenne de la question à HEC reflète de la conciliation vis-à-vis de nos amis d’Outre-Manche, puisque les HEC sont 66% de plus à souhaiter un soft Brexit, ce que l’auteur de ces lignes estime corrélé à une croyance que c’est dans un soft Brexit que réside l’intérêt économique de la France et de l’UE, au vu des liens commerciaux qui unissent ces Etats. Les HEC feraient donc primer, plus qu’ailleurs en France, l’intérêt économique sur l’intérêt politique de l’Europe, qui serait a priori de fermer la porte au Royaume-Uni pour décourager les potentiels autres sortants. Une des statistiques les plus marquantes à cet égard est celle sur l’Euro : alors que 3,4% des HEC sont pour le retour à une monnaie nationale et que 9,2% sont défavorables à l’Euro, la population française se distingue par sa nostalgie des figures des époux Curie sur les billets, avec 28% de sondés favorables au retour au Franc. La différence, absolument énorme, s’explique sûrement à la fois par une croyance que l’Euro est l’intérêt économique de la France d’une part, et d’autre part, clairement, par l’absence de nostalgie vécue vis-à-vis du Franc, une monnaie dont assez peu d’étudiants sur le campus ont des souvenirs clairs. Néanmoins, pour comparer ce qui est comparable, chez les 18-24 ans, l’étude IFOP donne même 29% de sondés voulant revenir au Franc, soit marginalement plus que la moyenne tous âges confondus.

Enfin, la question IFOP « Avec lequel des candidats à l’élection présidentielle vous sentez-vous le plus proche à propos de l’Europe ? » montre quelques statistiques étonnantes comparées à notre question 3 : d’une part on remarque la politisation nettement supérieure à HEC qu’à l’échelle de la France (10% répondent ne pas s’apparenter à un quelconque candidat à HEC contre 24% en France). Cela se traduit aussi sur les intentions d’aller voter : avec 56% d’abstention en 2014 à l’échelle de la France, on constate qu’il y aura, au pire, à peu près la moitié de l’abstention constatée en France à HEC. D’autre part, évidemment compte tenu des résultats du QPV#2, la déferlante en marche sur le campus n’est pas suivie à l’échelle de la France : nous sommes proportionnellement 3 fois plus de macronistes qu’en France, et la vague bleu marine est à HEC plus proche d’une vague du lac d’Annecy que d’un rouleau hawaïen. 🌊

Somme toute, rien de très surprenant dans ces résultats et cette comparaison avec la France. Au-delà de l’éducation européiste reçue, déjà notée dans le QPV#2 avec l’orientation très européiste des programmes en ECS et ECE sur lesquels la majorité des HEC a passé du temps à plancher, il est à noter que le profil des étudiants HEC (aisés, dont les parents ont fait des études, entre 18 et 24 ans, dont les parents sont souvent dans les CSP+) correspond assez systématiquement au profil-type de l’européiste dans la société. Les étudiants de HEC n’ont en effet sûrement jamais été confrontés à un effet néfaste de l’UE, quel qu’il soit : l’UE c’est Interrail, Erasmus, Schengen, c’est un outil de croissance qui permet à l’entreprise de ses parents de continuer à croître et à s’étendre : nous sommes des bénéficiaires nets de l’UE. On observe en général une grande désillusion vis-à-vis de l’UE à l’entrée effective dans le monde du travail: les 24-35 ans sont – en France – 25% plus nombreux à désapprouver l’UE que les 18-24 ans, car c’est alors qu’ils sont sensibilisés à des discours eurosceptiques, notamment via les thématiques du chômage. Une étude sur les alumni de HEC rendrait plus claire le caractère factice – ou non – de l’europhilie européenne. A priori, les très faibles taux de chômage et les assez forts salaires à la sortie de HEC devraient tout de même faire en sorte que les HEC restent en majorité très européistes.

Comparaison avec des résultats d’HEC Sondages (2005)

Peu avant le référendum sur la Constitution européenne du 29 mai 2005, nos prédécesseurs d’HEC Sondages ont sondé les étudiants du campus 3. Treize ans plus tard, nous nous proposons de comparer quelques uns de nos résultats avec les leurs. Les thématiques traitées étant dans l’ensemble différentes, on se limitera aux deux observations ci-dessous.

Dans l’ensemble, nos résultats confirment la persistance d’une certaine europhilie déjà bien ancrée sur le campus à cette époque. En effet, 82% des votants se disaient favorables à la Constitution européenne, presque autant que la part des votants qui exprimaient un avis favorable concernant l’UE lors de notre QPV#2, treize ans plus tard. De plus, 61% des votants se disaient en accord avec l’assertion suivante : « je souhaiterais que l’Europe évolue dans le sens d’une réelle fédération avec un gouvernement fédéral et des Etats fédérés ».

On note en revanche une évolution assez flagrante sur la question turque, la faute à un contexte géopolitique modifié. Si en 2005, déjà 61% des étudiants se disaient défavorables à l’entrée de la Turquie dans l’UE, la question ne laisse aujourd’hui aucun doute puisque vous êtes 96% à vous opposer à cette éventualité.

Étude de corrélations

Corrélation avec l’intention de vote aux élections européennes

Dans la continuité de notre sondage sur la Vie politique à HEC, 60% des sondés ont indiqué avoir l’intention de voter LREM / UDI / MoDem aux prochaines élections européennes. Cette rubrique sera donc l’occasion d’effectuer une visite guidée des propositions européennes du Président Macron.

Tout d’abord, commençons par le début (c’est de la pensée complexe). Sur les 315 sympathisants LREM, 60% affirment s’identifier le plus à la communauté française,  17% à leur ville et enfin seulement 7% à l’Union européenne. Cela illustre parfaitement l’ambition présidentielle : faire de la France le moteur d’une intégration européenne qui la rendrait plus forte.

Au coeur de cette relance européenne se trouve la notion de souveraineté. La République En Marche considère ainsi que « sur les grands défis (sécurité, migrations, commerce, numérique…), la vraie souveraineté passe par une action européenne, dans un cadre démocratique renouvelé ». Les sympathisants d’HEC définissent de fait assez bien les compétences qu’ils souhaitent voir attribuées à l’UE :    

Ainsi, seules l’éducation et la politique industrielle devraient être du ressort de la France aux yeux des soutiens de Macron. En effet, si le sentiment d’appartenance à l’Europe est exalté par la présidence actuelle, on observe une persistance de l’identité nationale, dont fait partie la construction de l’éducation. Si celle-ci n’est pas incompatible avec le projet d’une Europe unie, elle doit selon LREM progressivement intégrer des références aux valeurs et à l’esprit européen.  D’autre part, il est intéressant de voir l’éclectisme des avis sur des sujets clefs au sein de la République en Marche. Le mouvement brasse donc large et est calibré pour séduire les HEC, comme nous l’avions montré précédemment. Adhésion au package politique ou adéquation entre un mouvement créé il y a 3 ans et les attentes ? Qui de l’oeuf ou la poule est né le premier ? 

Toutefois, l’analyse de la totalité des réponses illustre un consensus HEC autour des questions européennes. Hormis les sympathisants FN, qui tranchent sur les histogrammes, les avis sur l’UE se recoupent en fonction de la couleur politique.

Ce n’est en revanche pas à la même Europe qu’aspirent des Insoumis et des Républicains, dont les positions sont assez proches sur la place que devrait jouer l’UE sur des questions comme la fiscalité ou l’agriculture notamment. A l’heure actuelle, ces deux formations promeuvent une Europe des nations. Cependant, en ce qui concerne les Républicains, la question de l’immigration montre une division d’opinion au sein des sympathisants. Nos statistiques reflètent donc également la fracture actuelle entre une droite juppéiste, europhile et son pendant wauquiezien, plus crispée sur l’identité française.  Le débat européen à venir sera donc le théâtre (ou pas) de l’achèvement de la mutation du paysage politique française si cette divergence venait à se traduire par une scission du parti. 

Corrélation avec la filière d’origine

Ainsi que le confirme l’ACP présentée en fin de ce document, le positionnement des candidats sur les différents sujets est assez homogène et ce quelle que soit leur filière d’origine (prépa ECS, ECE, ECT, littéraire, ou AD/DD/IS). Cette homogénéité n’empêche pas de dénombrer un certain nombre d’atypismes.

Les littéraires, dont le faible nombre dans notre échantillon (26 votants) impose la vigilance, se distinguent tout d’abord par leur positionnement politique assez orienté à gauche : ils sont 35% à envisager de voter pour Génération.s / EELV aux prochaines élections européennes : c’est 3 fois plus que la proportion à l’échelle du campus ! Ce positionnement s’effectue notamment au détriment de LREM et de LR. Leurs priorités pour l’avenir de l’UE diffèrent de celles des autres étudiants : plus que n’importe quelle autre catégorie, ils souhaitent la création d’une Europe sociale, ainsi que d’une UE plus visible et meilleure communicante4. À l’inverse, l’Europe de la défense n’est pas la priorité de nos amis littéraires : ils ne sont que 27% à la considérer comme une mesure phare pour l’avenir de l’UE5. Plus que quiconque, ils s’identifient à la France, à leur région ou ou même à leur ville. En revanche, très peu de littéraires s’identifient à l’UE ou se disent « citoyens du monde ». Et pourtant, ils sont plus nombreux que la moyenne à souhaiter travailler hors d’Europe, à l’international. Reste enfin une petite particularité, très probablement liée à leur parcours scolaire différent de la dominante ECS / ECE : les littéraires sont ceux qui connaissent le moins les personnalités phares de l’UE : 62% connaissent le nom de D. Tusk 6, 19% connaissent celui de F. Mogherini7.

Les AD/DD/IS affichent également un certain nombre de particularités, probablement dues à la variété de profils dans cette catégorie, tous issus de formations très différentes. Tout d’abord, par leur engagement politique : ils sont les plus nombreux à envisager d’aller voter aux prochaines élections européennes, et ils sont deux fois plus que la moyenne à compter s’investir personnellement dans le débat. Par leur positionnement politique, également : ils sont également les seuls à soutenir encore de manière significative le Parti Socialiste (7% des étudiants de cette catégorie, soit deux fois plus que la moyenne) au détriment de Génération.s / EELV. Quand il est question de l’avenir de l’UE, ces étudiants sont les plus convaincus de la nécessité de former une Europe politique. Un choix qui n’est pas sans lien avec le fait qu’ils sont les plus nombreux à penser que l’Europe ne constitue pas une privation de pouvoir décisionnel pour ses États-membres. À l’inverse, il ne leur semble pas primordial de former une Europe à plusieurs vitesses où chacun s’intégrerait à son rythme. Par ailleurs, les AD/DD/IS sont, avec les littéraires, les seuls à ne pas rejeter en bloc la possibilité d’une entrée de la Turquie dans l’UE à l’avenir, même si cette possibilité ne leur semble pas souhaitable à l’heure actuelle. Ces étudiants font également preuve d’une certaine fermeté : ils sont les plus nombreux à souhaiter la mise en place de sanctions envers la Pologne et la Hongrie, et à souhaiter que l’UE soit dure dans la négociation avec le Royaume-Uni dans le cadre du Brexit. Enfin, l’Europe est une sphère dans laquelle ils se sentent bien, et pour preuve : 33% d’entre eux souhaitent y travailler8.

Les ECT ne sont pas en reste pour ce qui est des particularités, mais le faible nombre de votants (6) dans cette catégorie ne nous permet pas d’en tirer des conclusions satisfaisantes. On se reportera néanmoins aux tableaux en pièce-jointe pour tout complément d’information sur cette catégorie.

Restent enfin les ECS et ECE, qui constituent 84% de notre panel, et qui contribuent donc très fortement aux résultats globaux. Ces deux catégories se montrent très proches dans leurs votes. Les quelques particularités qui pourraient servir à distinguer ces deux types de votants nous semblent principalement dues aux enseignements suivis en classe préparatoire. Par exemple, les ECS se démarquent par leur connaissance des personnalités phares de l’UE : en effet, 74% des ECS disent connaitre F. Mogherini (haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité) contre 24% des ECE, ce qui s’explique assurément par la présence du hard power de l’UE dans les programmes de géopolitique en ECS. D’autre part, 66% des ECE considèrent que l’harmonisation des règles fiscales constitue une mesure phare pour l’avenir de l’UE contre 57% des ECS, une différence probablement liée au traitement de telles questions dans le programme des classes préparatoires économiques. Pour le reste, sur les sujets de fond, la proximité idéologique entre les étudiants issus de ces deux filières est assez remarquable.

Nous proposons en guise d’ouverture le graphe ci-dessous qui offre une comparaison des réponses à la question « Quel est le champ d’action le plus efficace pour… » en fonction de la filière d’origine. On y retrouve certaines tendances commentées ci-dessus : les AD/DD/IS se montrent les plus favorables à l’action politique de l’UE dans tous les domaines, tandis que les ECS se distinguent dans certains domaines seulement (immigration, défense, agriculture, aménagement du territoire), principalement ceux étudiés dans le cadre de leur classe préparatoire. Ce qui tend à confirmer le poids de l’enseignement supérieur dans la formation des opinions politiques.

Corrélation avec le lieu où l’individu souhaiterait travailler

Qui êtes-vous, vous qui souhaitez quitter la France pour travailler dans un autre pays européen ? Vous êtes avant tout la catégorie où l’on retrouve la plus grande part d’individus qui choisissent l’Union Européenne comme communauté principale à laquelle ils s’identifient9, choix qui s’effectue au détriment de la France notamment, puisque c’est aussi la catégorie qui s’y identifie le moins10. Vous êtes également les plus fervents soutiens de la République en Marche, parti pour lequel 65% d’entre vous envisagez de voter aux prochaines élections européennes. Plus que quiconque sur ce campus, vous souhaitez que l’UE soit plus visible, qu’elle communique mieux. Vous plébiscitez également la création d’une Europe sociale, ainsi que d’une Europe à plusieurs vitesses où chacun s’intégrerait à son rythme. On compte dans vos rangs un nombre assez élevé d’ECE, dont la proportion est plus élevée que dans toute autre catégorie11.

Qu’en est-il de vous, qui souhaitez quitter le vieux continent pour travailler hors d’Europe ? C’est naturellement parmi les vôtres que l’on retrouve le plus grand nombre de votants se déclarant « citoyens du monde ». Vous êtes aussi les plus nombreux à être favorables au TAFTA12. En revanche, l’Europe et ses institutions ne sont pas votre intérêt principal : vous êtes les moins nombreux à vous identifier à l’UE et, de plus, 44% d’entre vous n’êtes pas certains d’aller voter aux prochaines élections européennes, contre 34% des votants au global. Et pourtant, plus que quiconque, vous souhaiteriez que l’Union Européenne se démocratise13 !

Corrélation avec la communauté à laquelle l’individu s’identifie le plus

Les velléités indépendantistes de la Catalogne et l’Écosse où se sont exprimées également de fortes aspirations européennes ont amené à réinterroger l’idée d’Europe des nations face à celle d’une Europe des régions, une Europe des villes voire une Europe unifiée. Les HEC sont – comme nous l’a appris le second QPV#2 – très favorables à l’Union Européenne (90%) et donc européistes, europhiles. Toutefois ils sont finalement assez peu à s’identifier en priorité à celle-ci (moins de 10%) et s’orientent d’abord vers la France ou les villes. L’étudiant d’HEC est avant tout français. Voyons comment cette identification joue sur son rapport à l’Union Européenne.

Il est assez clair que l’échelon auquel on s’identifie en priorité a une importance majeure sur notre rapport à l’Europe et nos attentes de celle-ci. En s’identifiant majoritairement à la France avant l’Union Européenne, les étudiants d’HEC témoignent d’un attachement à une certaine autonomie d’une part, à une Europe où la France jouerait un rôle cadre et de premier plan d’autre part. Ceci découle sûrement d’un héritage gaulliste encore présent mais dans une vision actualisée. La défense européenne est ainsi nettement plus soutenue dans le groupe « France » ; il y a sûrement une prise de conscience que la France ne peut plus jouer cavalier seul et qu’elle a besoin de l’Europe (à l’époque – rappelons-le – les députés gaullistes avaient voté contre la création d’une Europe de la défense) mais qu’à travers celle-ci elle peut conserver son aura de puissance militaire. On le sait, la France a au cours de la construction européenne parfois été moteur, parfois frein au fédéralisme. Il ressort ici que les étudiants d’HEC restent attachés à une prétendue spécificité française. Ils sont peu favorables à une Europe sociale ; certainement par peur de voir le modèle français miné par celle-ci. Un résultat interpelle : ce groupe, plus que les autres, est favorable à une Europe à plusieurs vitesses. Cela veut-il dire plus favorable aux coopérations renforcées lancées par le Traité d’Amsterdam (1997) où, on l’imagine, la France jouerait un rôle de tête de course ; ou, au contraire, plus d’opting out ? Les éléments précédents ne permettent pas de trancher mais cela semble dépendre des sujets : sur la dette, il y a clairement une désolidarisation. Enfin, le refus net d’adhésion de la Turquie esquisse l’idée d’une approche plus culturelle de l’Europe.

L’Europe des nations semble la solution privilégiée pour les HEC. Mais 10% tout de même placent l’Union Européenne avant toute chose. Sans surprise, il s’agit à l’écrasante majorité ou bien de sociaux-démocrates (c’est dans ce groupe qu’on en retrouve la part la plus importante) ou bien de libéraux (pour ne pas dire centristes). Génération.s/EELV y est ainsi largement surreprésenté (par rapport à la moyenne des HEC avec 20% – voir QPV2). Leurs attentes ne sont finalement pas tant différentes que celles des autres groupes. Puisqu’ils mettent en priorité l’Union Européenne, ils lui souhaitent une image forte et sont donc les plus favorables à un Hard Brexit. L’euro qui est une composante importante de l’Union Européenne est aussi plébiscité fortement. Ceci se double d’une priorité absolue (près de 70%) accordée à l’harmonisation fiscale qui – comme l’a montré Peter Kenen dans A theory of optimum currency area : an eclectic view (1969) – est un facteur essentiel de la réussite de l’entreprise de la monnaie unique. De même la mutualisation de la dette européenne y est sérieusement envisagée. Tout cela est cohérent. Tout sauf le point final : les européistes sont… ceux qui veulent le moins travailler en Europe (France incluse) ! Ils sont ainsi près de 50% à désirer partir faire carrière à l’international contre 15% à 30% dans les autres groupes. Comment l’expliquer ? Difficile ici, mais une supposition : les europhiles sont aussi les plus ouverts sur le monde, le second impliquant le premier. Pour eux, l’Europe n’est peut-être pas perçue comme « l’étranger ».

Reste enfin un dernier groupe, qui s’identifie prioritairement à une échelle locale. On a souhaité agréger les résultats obtenus pour ceux préférant les villes, les régions ou les départements afin d’avoir un échantillon « consistant », mais le groupe obtenu est très hétérogène. Certes, les groupes sont « en moyenne » très proches : même avis moyen sur la dette, la Turquie, … Mais on observe des polarisations différentes dans certains domaines. Par exemple les urbains penchent plutôt à gauche (17% pour Génération.s) alors que les régionaux penchent plutôt à droite (17%). Il est donc logique de voir les premiers préférer l’Europe sociale, à une Europe plus communicante pour les seconds. Ils sont également plus favorables à la mutualisation de la dette. Mais dans l’ensemble ces deux catégories sont similaires avec un profil assez équilibré, européiste mais pragmatique. On ne peut donc conclure clairement.

Compléments

La « matrice des corrélations » ci-dessous permet d’observer les corrélations entre les variables quantitatives de notre questionnaire. Par mesure de lisibilité, nous avons dû abréger les intitulés des variables. En cas de doute sur le sens des graduations, on se reportera aux graphiques ci-dessus ou au tableau des données brutes. En plus des réponses quantitatives, nous avons introduit deux autres variables calculées à partir des deux questions à choix multiples (11 et 13).

  • La variable « ConnaissancePersonnalites » compte le nombre de personnalités connues parmi les 4 proposées dans le questionnaire. Ainsi, un score élevé atteste d’une bonne connaissance des personnalités phares des institutions européennes. La moyenne est de 2,5/4 sur cette variable.
  • La variable « DomainesCompUE » compte le nombre de domaines parmi les 8 proposés pour lesquels l’individu considère que l’UE serait l’institution la plus efficace. Ainsi, un score élevé signifie que l’individu est favorable à ce que l’UE soit l’acteur de référence pour un nombre élevé de domaines. La moyenne est de 4,0/8 pour cette variable.

Selon les balises de Cohen (1988), une corrélation est :

  • faible lorsque le coefficient est d’environ 0,10,
  • moyenne lorsque le coefficient est d’environ 0,30,
  • forte lorsque le coefficient est d’environ 0,50.

On observe donc des corrélations significativement positives entre :

  • Être favorable à la zone Euro et considérer que l’UE est compétente pour agir dans de nombreux domaines ;
  • Être favorable à la zone Euro et être favorable au TAFTA ;
  • Considérer que l’UE est compétente pour agir dans de nombreux domaines et être favorable à une mutualisation de la dette.

On observe également des corrélations significativement négatives entre le fait de considérer que l’UE prive les États de leur pouvoir décisionnel et :

  • Être favorable à des sanctions pour la Pologne et la Hongrie ;
  • Être favorable à la zone Euro (fortement négative) ;
  • Considérer que l’UE est compétente pour agir dans de nombreux domaines.

Les graphes ci-dessous découlent d’une analyse en composantes principales dont le fonctionnement est décrit dans le QPV#2 sur la Politique. Le cercle des corrélations ci-dessous permet de déterminer les variables les plus contributives aux deux dimensions principales étudiées.

  • Les individus les plus à droite sur l’axe horizontal sont les plus favorables à la zone Euro et ils considèrent que l’UE est compétente pour agir dans un nombre important de domaines. Ce sont également ceux qui considèrent le moins que l’UE prive ses États-membres de leur pouvoir décisionnel. En extrapolant, on considèrera donc que les individus les plus à droite sur l’axe horizontal sont les plus fédéralistes et europhiles.
  • Les individus les plus en haut sur l’axe vertical se distinguent par leur bonne connaissance des personnalités phares de l’UE. Ce sont également ceux qui envisagent le plus de participer aux prochaines élections européennes. En extrapolant, on considèrera donc que les individus les plus en haut de l’axe principal sont les plus intéressés par la question européenne.

Les 5 graphes qui suivent proposent de visualiser les individus selon leur réponse à différentes questions qualitatives. Ce placement reprend pour partie les observations faites précédemment.

Notes

  1. La déclaration du 9 mai 1950 sur la CECA est considérée comme le texte fondateur de la construction européenne. Cette déclaration est fêtée chaque année le 9 mai.
  2. 71% des sondés pensent que c’est à l’échelle européenne que la politique migratoire serait la plus efficace
  3. Voir https://web.archive.org/web/20060514141707/http://hecsondages.free.fr:80/sondages/dernier.php?num=336
  4. Ces deux mesures étant une priorité pour 50% des répondants dans cette catégorie, contre resp. 32% et 42% au global
  5. alors que ce chiffre est de 40% au global
  6. contre 85% au global
  7. contre 56% au global et 74% chez les étudiants issus d’ECS
  8. part de votants souhaitant travailler en Europe hors France, contre 28% à l’échelle du campus
  9. 18% de cette catégorie contre 8% sur l’ensemble des votants
  10. 46% contre 59% sur l’ensemble des votants
  11. 28% contre 24% à l’échelle du panel
  12. traité de libre-échange entre les États-Unis et l’UE
  13. 43% des votants de cette catégorie, contre 38% des votants au global