QPV#8 Monde du travail

Cette enquête a été adressée le 18 sept. 2018 aux étudiants francophones du programme Grande École. Un grand merci aux 535 votants. Pour information, le formulaire-type est disponible ici.

Quelques chiffres à retenir pour briller en société

  • Seuls 7% des sondés disent craindre le chômage. Et en même temps, y a qu’à traverser la route pour trouver un emploi…
  • Ouverture, Bienveillance, Engagement : tel est le triptyque de qualités que les sondés attendent de leurs collaborateurs. How cute…
  • On ne recense que 6% des HEC qui soient sûrs de créer leur entreprise. On dirait que les early makers sont restés à Ecully, et le pioneering spirit à Cergy…
  • Les HEC sont près de quatre fois moins nombreux que la moyenne des Français à considérer le pouvoir d’achat comme un enjeu majeur du monde du travail aujourd’hui (15% vs 58%). Déconnectés.
  • A HEC, seulement 54% des élèves sont favorables à une semaine de 35h hebdomadaires ou moins. Les autres, au Goulag !
  • Bien avant le salaire (plébiscité par 49% des sondés), c’est la stimulation intellectuelle que les HEC recherchent en priorité dans leur emploi (76%). L’argent ne fait pas le bonheur. Enfin, pas totalement.
  • Un tiers des sondés souhaite actuellement travailler dans le conseil ou la finance. Pourtant, deux tiers des néo-diplômés y exercent leur premier emploi… Les requins, une espèce en voie d’extinction ?
  • Parmi les atouts qu’offre HEC à ses diplômés pour leur carrière, ce sont le réseau et le diplôme qui ont la plus haute cote : seulement respectivement 3% et 1% des sondés les jugent pas ou peu utiles. 46.000€ pour un bout de papier et un annuaire…

Résultats bruts

 

Analyse globale

I- A HEC, entre les projets professionnels et la réalité, il y a plus qu’un pas…

Une conclusion s’impose : c’est  pendant les années à HEC que de nombreux étudiants trouvent leur projet professionnel, même s’il reste hésitant. A cet égard, une statistique est éloquente : parmi les étudiants disant qu’ils souhaitent devenir entrepreneurs, 41% ont répondu 1, 2 ou 3/5 à la question « Penses-tu un jour fonder ton entreprise ? ».

Une autre observation symptomatique du point auquel les projets professionnels annoncés restent balbutiants, et finalement assez peu réfléchis, est l’absence d’adéquation des projets professionnels d’entretien de personnalité (passé lors des oraux des concours d’entrée aux grandes écoles de commerce sauf HEC) et actuels d’une part, et l’absence d’adéquation entre les projets actuels et les statistiques sur les premiers jobs effectués par les HEC d’autre part. Il semble donc que les étudiants soient pour la plupart totalement ouverts à un changement de projet professionnel, alors même qu’ils sont proches de l’entrée dans la vraie vie, la vie professionnelle. Certains loueront la flexibilité d’esprits libres, ouverts à différents secteurs ; quand d’autres décrieront un manque de passion qui anime les étudiants pour des secteurs qui semblent bien souvent choisis par défaut.

En ce qui concerne les entretiens de personnalité, le sondage démontre ce que ses (nombreux) antagonistes lui reprochent. Je vous laisse deviner la surprise immense que ce constat fut pour la rédaction… Au contraire de ce que prétendent les écoles de commerce, l’entretien de personnalité semble ne pas permettre une réflexion nette sur soi, et les projets présentés ont (très) tôt fait de tomber à l’eau. De nombreux projets n’ont même – pour ainsi dire – aucun fondement. Comme le montre l’analyse des désistements croisés des projets professionnels par secteurs (cf supra), il n’y a aucun secteur professionnel auquel plus de 52% des élèves restent fidèles entre leur projet d’entretien et aujourd’hui. Parmi les secteurs qui perdent le plus d’effectif, on retrouve évidemment ceux qui sont réputés être les plus vendeurs en entretien, le secteur de la culture et de l’entrepreneuriat notamment.

On l’a compris, l’entretien de personnalité est une vaste fumisterie, mais quid des projets actuels ?

Ils semblent eux aussi être contradictoires avec l’expérience empirique et les statistiques officielles sur les secteurs professionnels où évoluent les HEC après leur diplômation. C’est notamment dans les milieux du conseil et de la finance que les HEC sont surreprésentés à l’entrée dans la vie professionnelle par rapport au sondage : 66% contre 30% en moyenne des quatre années selon le sondage. Cela est notamment imputable à un chiffre plus inquiétant : 22% des HEC disent aujourd’hui ne toujours pas savoir dans quel secteur s’orienter. Même si ce chiffre est significativement tiré vers le haut par les L3, fraîchement arrivés à HEC, on compte tout de même près d’un VM sur 5 et près d’un M2 sur dix qui ne sait pas dans quel secteur s’orienter.

Il semble être une hypothèse assez rationnelle que la plupart de ces étudiants ira là où HEC en tant qu’institution envoie traditionnellement ses protégés, et se dirigeront en toute originalité vers le conseil ou la finance, sans conviction, et sans grand enthousiasme. N’ayant pas su ou pu choisir, la dictature de la moyenne veut que les statistiques et une forme de grégarité décident pour eux. Par ailleurs, ceux-ci se montrent sensiblement plus pessimistes sur leur avenir professionnel, ils ne sont que 15% à penser qu’ils seront très heureux, contre 21% en moyenne.

HEC n’est pas tant responsable pour cette situation assez problématique que le système des classes préparatoires en général, qui conduit de nombreux étudiants à se retrouver en école de commerce pour des raisons totalement étrangères à un projet professionnel. La classe préparatoire EC, plaisante car très diversifiée, est en effet l’argument n°1 pour lequel les gens choisissent une école de commerce (30%). A contrario, le projet professionnel n’est au coeur du choix de l’école de commerce que pour 23% des HEC.

Néanmoins, HEC pourrait songer à présenter plus à fond les différents secteurs d’activité à ses élèves, bien au-delà du simple networking, pour permettre aux étudiants de se faire une opinion plus nette sur bon nombre de secteurs et préciser les projets de ses élèves.

II- Un formatage HEC ?

Vous avez entendu, on a beaucoup parlé de HEC cet été ! Bon, j’avoue que cela aurait été nettement plus appréciable si ce n’avait pas été pour se moquer de nous, mais on prend ce qu’on a, un bad buzz reste un buzz.

« Et si on se servait du capitalisme pour combattre l’exclusion ? », voilà une bien belle question, qui en appelle une autre : HEC formate-t-il ses étudiants à aimer le capitalisme et l’entreprise, ou à se diriger vers des secteurs en particuliers, tels que la finance et le conseil ?

Pour la première question, la réponse semble être non. Si les HEC ont un avis extrêmement positif sur l’entreprise, vue comme excellente vectrice de croissance économique (81%) et – de manière beaucoup plus surprenante – de progrès écologique (42% pensent qu’elle fait mieux que l’Etat et les associations en ce domaine), leur avis ne s’améliore pas avec le temps passé au sein des locaux jovaciens ; preuve que HEC n’a rien de comparable avec une sorte de totalitarisme pro-entreprise. Même si l’entreprise se voit attribuer de plus en plus de confiance en tant qu’institution majeure pour générer de la croissance économique, et gagne 5 points entre les L3 et les M2  (80% contre 85%), ses efforts RSE sont de moins en moins considérés comme sincères avec les années, typiquement. 40% des L3 pensent que ces efforts sont aussi bullshit que le MOOC Odyssey 3.14, Reinvent your business model, quand les M2, désabusés par leur césure, sont 59% à rallier cet avis.

Au total, les HEC sont déjà convaincus par les bienfaits du monde merveilleux de l’entreprise avant même d’arriver dans l’école, qui – visiblement – ne formate donc pas plus que cela ses étudiants. Comme très souvent, l’explication vient notamment du milieu socio-culturel d’origine, très propice à l’amour de l’entreprise : près de 60% des étudiants ont un père chef d’entreprise ou cadre du privé.

Enfin, de manière assez logique compte-tenu du type d’emplois auquel se prédestinent les étudiants, les 35h n’ont pas la cote là où le Medef fait son université d’été, et le groupe majoritaire à HEC pousserait pour une augmentation du temps de travail. Là encore, les résultats sont relativement stables entre les promos, et ce n’est pas la scolarité à HEC qui explique cette indisposition à l’égard de la mesure-phare d’Aubry, mais plutôt des prédispositions, et – potentiellement – le fait que très peu des étudiants sera un jour astreint à ce régime ; on me chuchote même dans l’oreillette que pour les futurs juniors en M&A, les 35h de travail sont quotidiennes, et non hebdomadaires… De là à considérer que le pourcentage outrageux (68%) de futurs financiers en faveur d’une augmentation du temps de travail soit assimilable à de la jalousie, il n’y a qu’un pas.

III- Le package de satisfaction

Une fois n’est pas coutume, la matrice des corrélations fait apparaître assez peu d’observations remarquables, à part ce qu’on peut qualifier de « package de satisfaction » à l’égard de l’impact positif que HEC peut avoir sur notre carrière. Toutes les questions sur l’utilité (réseau, cours, assos, soft skills, diplôme, Career Center) sont significativement positivement corrélées, laissant poindre des profils homogènes d’étudiants relativement satisfaits de tous les services mentionnés, et d’étudiants systématiquement pessimistes sur leur utilité. En bref, des rageux anti-HEC, contre des bisounours pro-HEC.

En valeurs absolues, évidemment, le réseau – dont tout le monde parle à HEC – et le diplôme semblent avoir la valeur ajoutée la plus consensuelle sur la carrière des HEC (respectivement 3% et 1% pensent qu’ils seront peu utiles ou inutiles). Mises à part ces deux questions logiquement très consensuelles dans un contexte où l’utilité du réseau et la valeur du diplôme nous sont constamment rappelées par l’administration de HEC, les quatre autres questions sont beaucoup plus mitigées et les réponses 2/5, 3/5 et 4/5 sont les plus données, notamment car la plupart des étudiants, à l’heure actuelle, ne savent pas encore réellement ce qui leur sera utile ou non pour la suite, preuve d’un certain manque d’informations sur ce que sera le monde professionnel, déjà ressenti en I).

Seule autre corrélation notable de la matrice, les gens pensant que les assos leur seront utiles ou très utiles pensent aussi qu’ils seront heureux au travail (corrélation de 30%, dite moyenne). Même si cela reste très hypothétique, l’on peut penser que les individus pensant que les assos leur seront utiles pour leur carrière sont ceux qui en occupent les postes-clés, et sont les personnes les plus intégrées à HEC, ce qui les pousse à faire preuve d’optimisme sur la suite de leur carrière.

IV- Un optimisme naïf ?

Les étudiants de HEC semblent extrêmement optimistes sur leur avenir professionnel : très nombreux sont les HEC à penser qu’ils seront heureux au travail (seuls 8% pensent qu’ils seront malheureux ou plutôt malheureux), et qu’ils ne connaitront pas le chômage (7% ont peur ou très peur de connaître le chômage). Si cet optimisme est clairement encouragé par la situation favorable des étudiants sur le marché du travail, avec une employabilité de 97% à 1 an, il semble parfois se muer en une certaine forme de naïveté.

Le sondage vient donc tordre le cou à l’idée pourtant très répandue – on se demande bien pourquoi – que les HEC ne seraient dirigés que par les k€, alors que c’est évidemment la stimulation intellectuelle qui motive les HEC à choisir un emploi. D’ailleurs, le salaire ne compte pratiquement pas plus que la fierté personnelle !

Plus sérieusement, les HEC sont donc plus motivés par le défi, le challenge, et la valeur du travail pour ceux qui – pour un grand nombre – s’apprêtent à diriger est autant économique que philosophique : le travail en tant qu’accomplissement (76% cherchent la stimulation intellectuelle, 46% la fierté personnelle, 42% le bonheur), en tant que manière d’être bénéfique à la société (27% disent rechercher principalement l’amélioration de la vie des individus, 39% un impact social ou écologique positif).

V- Comparaison avec les statistiques nationales

La question à choix multiples ci-dessous a été posée en mars dernier par le groupe BVA à un échantillon représentatif de la population salariée de 18 ans ou plus en France. Notre but était de comparer leurs résultats avec ceux obtenus à HEC.

L’on voit là un grand théorème médiatique qui se dessine : « Un mort à un kilomètre, c’est aussi important que 10 morts à 10 kilomètres, que 100 morts à 100 kilomètres, que 10.000 morts à 10.000 kilomètres ». Autrement dit, on ne se sent concernés que par ce dont on est proches. C’est ainsi qu’on peut interpréter certaines différences majeures dans la comparaison entre notre sondage et celui de BVA, même si – pour certaines questions (le bien-être au travail, le temps de travail) – les résultats peuvent être très proches.

Les HEC ne pensent pas à la retraite, qui a lieu dans encore bien longtemps et pour lequel rares sont ceux qui ont déjà commencé à cotiser (les conditions de départ en retraite n’intéressent que 12% des HEC, pour 34% des Français). De la même manière, la thématique du pouvoir d’achat semble ne pas être prioritaire pour l’école dont le salaire à la sortie net vaut 2,5 fois le salaire médian net français. Par ailleurs, il serait intéressant de se demander quels auraient été les résultats si le terme n’avait pas été pouvoir d’achat – terme très marqué par des classes populaires – mais salaire, pour voir ce qu’il en est. Les HEC savent que – selon toute vraisemblance – leur dur labeur en prépa leur permet d’appréhender la thématique du pouvoir d’achat avec du recul.

Les catégories où HEC surperforment sont particulièrement intéressantes à mes yeux : la mixité (égalité H/F), la réinsertion des chômeurs et la mobilité professionnelle. Si la première caractéristique est clairement à mettre en lien avec le QPV#2 sur la politique, qui montrent que les HEC sont très ouverts socialement, les deux autres thématiques sont probablement tout simplement celles dont on entend le plus parler à l’heure actuelle, à HEC comme dans les médias, et – à défaut d’expérience professionnelle longue pour la plupart d’entre eux – il semble que les HEC considèrent ces thématiques importantes parce que ce sont d’elles qu’ils entendent le plus parler. Toutefois, cette théorie est limitée par la faible importance donnée aux pourtant très médiatisés temps de travail et pouvoir d’achat.

Pour la mobilité professionnelle, on peut aussi considérer que de nombreux HEC trouvent cette cause importante car ils souhaitent eux-mêmes pouvoir être très mobiles dans leur carrière, ou parce que – peu sûrs de leurs choix d’orientation professionnelle actuels – ils pensent que la mobilité est nécessaire pour les sauver d’un potentiel faux-pas dans un secteur qu’ils n’aimeront pas.

Analyse corrélée

Analyse selon l’année d’études

Échantillon : 144 L3, 180 M1, 138 VM, 73 M2

En arrivant à HEC Paris, on a encore souvent une idée floue de ce qu’on veut faire. Après 20 ans passés dans le système scolaire traditionnel, rares sont ceux qui ont eu une réelle expérience du monde du travail. Après quatre années passées dans le cursus du programme grande école et à l’heure de diplômer on observe logiquement un changement notable de point de vue.

Notons ainsi dans un premier temps qu’au bout de quatre ans, les étudiants d’HEC ont fini par mûrir leur projet professionnel et qu’ils ne sont plus que 10% à ne pas savoir dans quel secteur travailler alors qu’ils étaient 36% en première année. Ils sont d’ailleurs davantage à envisager sérieusement de monter leur boîte un jour après leur année de césure avec 43% des sondés en dernière année contre environ 25% pour les années précédentes. De même leurs goûts ont fortement changé : ils s’intéressent davantage au monde de l’entrepreneuriat, de la tech ou de la data science. En revanche on ne retrouve plus qu’1% des étudiants pour envisager travailler dans les affaires publiques alors qu’ils étaient 13 fois plus jusqu’au M1. Ou bien HEC a réussi à bien formater ces esprits, ou bien ceux-ci se sont déjà envolés ailleurs : les principaux intéressés quittent fréquemment HEC en M2 pour faire une Prep’ENA ou le double-dipôme en affaires publiques avec SciencesPo. Enfin, relevons une tendance plutôt amusante. Entre la VM et la dernière année, on note une baisse (je l’accorde, légère) d’étudiants s’orienter vers le conseil ou la finance. Horaires de travail interminables, valeur ajoutée du travail quasi nulle, … la période d’essai de la césure leur aura au moins permis de trouver ce qu’ils ne veulent pas faire.

Les années passant, les élèves changent aussi de rapport à l’école. Certains facteurs demeurent toutefois invariants comme la confiance dans le diplôme, dans le réseau ou l’utilité des softs skills appris sur le campus de Jouy. En revanche, VM et M2 sont moins enthousiastes quant à l’utilité du Carreer Center ou des associations pour les aider dans leur future carrière. Cela ne veut pas dire que celles-ci sont sans utilité mais peut-être plutôt que le gros de leur utilité est pour le stage de césure. Ne tirons pas aveuglément sur les services du beau bâtiment Z…

Enfin, il est intéressant de voir si après avoir accumulé les expériences en entreprise, la vision que l’on porte sur celle-ci change. La réponse est plutôt positive. Le plus flagrant est de constater qu’à l’heure d’être diplômé, l’entreprise est surtout perçue comme d’utilité économique et que toute mesure relevant de la RSE n’est qu’artifice (mesure de washing comme on dit). Ainsi en M2, 15% des étudiants ont changé d’avis pour faire monter à 70% le nombre d’étudiants peu convaincus par l’utilité sociale et environnementale de l’entreprise.

Analyse selon le projet professionnel actuel du répondant

Échantillon : 83 en conseil, 76 en finance, 53 en affaires publiques, 46 en entrepreneuriat

Pas d’énorme surprise sur cette corrélation, mais une confirmation d’une cohérence idéologique avec des choix professionnels.

En affaires publiques, des macronistes insatisfaits de HEC ?

Là où les étudiants souhaitant s’affairer à la chose publique sont profondément étatistes (ils donnent systématiquement une confiance plus importante en l’Etat que ceux qui se destinent à la finance, au conseil ou à l’entrepreneuriat), on remarquera quand même que la confiance en l’entreprise reste relativement prégnante chez eux – notamment pour la croissance (73% de confiance, c’est-à-dire moins que tout le monde, mais quand même beaucoup, et évidemment plus que pour l’Etat. Cette remarque vaut pour toute cette corrélation, tous les commentaires sont relatifs aux catégories et non aux résultats absolus). Du Macron dans toute sa splendeur, somme toute. Ils sont pratiquement les plus dubitatifs sur HEC, sachant sûrement que l’apport de la marque HEC comme du réseau et des cours sera moindre, puisque HEC ne prépare a priori pas aux affaires publiques. D’ailleurs, ces étudiants sont ceux qui – de loin – craignent le plus le chômage (24% contre 2% pour le conseil et 5% pour la finance)…

Ce choix, donc, n’est pas celui de la raison mais du coeur ; pour cette catégorie d’étudiants, le travail doit avant tout plaire : avec 80% de gens qui pensent être heureux ou très heureux au travail, ces étudiants sont à ce sujet beaucoup plus optimistes que dans le conseil (71%) ou la finance.

Les étudiants se destinant aux affaires publiques – malgré leur confiance en entreprise qui est somme toute unanime à HEC, semblent sensibles aux 35h hebdomadaires relativement aux autres catégories : c’est en tous cas dans leurs rangs qu’on trouve le moins de partisans d’une augmentation (40% contre 68% parmi les futurs financier) et d’une baisse (3%, quatre fois moins qu’en entrepreneuriat) du temps de travail hebdomadaire.

Les futurs entrepreneurs, des étudiants optimistes jusqu’à la naïveté ?

Avec 30% de sondés qui pensent que leur travail les rendra très heureux, il semble bien que pour certains étudiants, l’entrepreneuriat et la création d’une entreprise soit un projet fou et bien mûri, là encore : un choix du coeur. Pourtant, nombreux sont ceux qui semblent encore hésiter à créer une entreprise, et, de manière surprenante, 41% des entrepreneurs en herbe n’ont répondu ni 4/5, ni 5/5 à la question « Pensez-vous créer un jour votre entreprise ? », sûrement à cause du risque à créer une entreprise : après les fans des affaires publiques, les futurs entrepreneurs sont ceux qui craignent le plus le chômage.

Toutefois, le changement reste dans l’ADN de ces étudiants qui ont la bougeotte, et ils ne sont même pas 30% à soutenir les 35h, avec la plus grande proportion en faveur de la réduction (12%) parmi les catégories étudiées, et 60% en faveur de l’augmentation.

Modérément confiants en l’entreprise et en ses bonnes intentions, les entrepreneurs sont aussi modérément confiants en HEC, avec des statistiques qui sortent rarement du lot de manière significative.

Les sharks du conseil et les sharks de la finance

Ces deux catégories semblent être grosso modo les mêmes, modulo un certain cynisme plus développé chez les futurs financiers. Alors même que les financiers jugent plus bullshit les efforts RSE des entreprises (53% de 4/5 et 5/5 contre 43% pour le conseil), c’est chez eux que les entreprises trouvent leurs meilleurs scores, quand les futurs membres de la BCG insh’allah accordent une confiance relativement importante à l’Etat. Globalement ni plus ni moins confiants que les autres en HEC (la plupart des résultats sont dans la zone d’incertitude), on remarquera leur appréciation meilleure que la moyenne des cours (qui sont globalement plus faits pour eux que pour les futurs fonctionnaires). Les financiers se distinguent toutefois par une relative défiance vis-à-vis des sacrosaints réseaux et diplômes (et y obtiennent les proportions les moins élevées de 4/5 et 5/5), assez inexplicable, si ce n’est par la difficulté réputée énorme – malgré la marque et le réseau HEC – de trouver des stages ou des CDI dans les banques les plus réputées.

Analyse des changements de projet entre les épreuves d’entretien et aujourd’hui

Exemple de lecture : parmi les 80 personnes qui disaient vouloir faire du conseil en entretien de personnalité, 46% souhaitent encore faire du conseil aujourd’hui, 14% souhaitent faire de la finance, 16% ne savent pas.

Trois éléments apparaissent clairement à la lecture de ce tableau. D’une part, et on peut l’affirmer clairement, le projet professionnel comme critère d’évaluation des élèves au moment des oraux semble peu pertinent. Parmi toutes les catégories, seules la finance et les affaires publiques attirent toujours péniblement la moitié de leurs effectifs de fin de prépa. Outre les projets inventés de toute pièce pour gagner des points aux oraux, on constate donc que l’école est le lieu même du changement d’avis concernant son orientation. 

Toutefois, il reste à savoir si le processus de remise en cause de l’avenir professionnel, enclenché en business school, débouche sur un choix clair ou non. C’est là le deuxième élément qui transparaît dans ce tableau : le nombre d’étudiants déclarant ne pas savoir ce qu’ils veulent faire aujourd’hui est trois fois plus élevé que le nombre d’étudiants qui déclaraient ne pas savoir en entretien. On peut l’interpréter de différentes façons. D’une part, répondre « je ne sais pas » en entretien peut être mal vu, et cela peut encourager de nombreux candidats à inventer un projet de toutes pièces, pour plaire au jury. D’autre part, un « je ne sais pas » peut être le signe d’une remise en question une fois en école : certains hésitent peut-être entre plusieurs options plaisantes, tandis que d’autres découvrent peut-être que rien ne les attire. Tout dépend alors de l’aperçu des secteurs que donne l’école à ses promotions.

Et c’est là qu’un troisième élément se détache à la lecture du tableau : certains secteurs semblent mieux mis en valeur que d’autres par l’Hecxperience. De fait, le conseil et la finance attirent l’éventail le plus large de nouvelles recrues. Ces filières reines, dont les noms des grands cabinets font toujours leur effet sur le campus, semblent donc être les grandes bénéficiaires de l’enseignement. On pouvait certes s’y attendre. En revanche, il est plus surprenant que des domaines tels que l’entreprenariat ou les affaires publiques séduisent de nombreux étudiants. Ces données viennent par conséquent contrebalancer l’idée selon laquelle HEC forme avant tout des conseillers et financiers (bien qu’ils représentent 23% des sondés). Le cursus scolaire peut donc intéresser, bien qu’à la marge, à d’autres domaines réputés moins « sharks ». Peut-être même que l’engouement que suscitent les affaires publiques provient d’un rejet de l’impératif « Conseil ou Finance » dont on parle souvent en évoquant les options des HEC.

À l’inverse, des secteurs enseignés par la Grande École se voient désertés par les étudiants. Le management, le marketing ou encore le luxe sont en réalité les domaines qui d’une part perdent des étudiants au fil des cours, et d’autre part n’en attirent que trop peu. Or le marketing et le management sont indéniablement au coeur des cours fondamentaux. Dès lors, on peut légitiment se demander si ce désintérêt ne provient pas de la connotation « bullshit » qui colle à la peau de ces matières.  

Compléments

Matrice de covariance

Analyse en composantes principales