QPV#2 Politique

Nous remercions très sincèrement les 682 votants qui ont répondu à ce sondage.

I – Quelques chiffres à retenir pour briller en société

  • 49,7% d’entre vous trouvez que la vie à HEC n’est pas assez empreinte de politique. Make HEC great again.
  • 21,8% d’entre vous avez des opinions politiques qui divergent modérément ou totalement de celles de vos parents. Tel père, tel fils.
  • 55,5% des bulletins exprimés par notre panel étaient en faveur d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle. Il n’y aurait donc pas eu de 2ème tour à l’élection si elle s’était faite à HEC. Démocratie à la russe.
  • Aujourd’hui, vous êtes 57,0% à avoir En Marche ! comme parti favori. Plus que des Marcheurs, des Marathoniens.
  • 0,9% au premier tour, 2,5% au second, Marine le Pen n’est pas en terre sainte à HEC. Barrage.
  • 10,6% d’entre vous seulement dites soutenir les Républicains qui s’opposent au gouvernement Philippe. Gauchistes.
  • 77,7% du panel sont neutres ou d’accord avec la compatibilité de l’Islam et de la République. Islamogauchistes.
  • 9,0% d’entre vous êtes contre le mariage gay. Contre-Manif pour tous.
  • 50,3% des personnes interrogées ne se disent pas défavorables au revenu universel. Génération.s? 
  • 39,0% des HEC sont fédéralistes européens. European Dream.
  • 9,8% du panel dit soutenir au moins partiellement les cheminots contre la réforme. Solidarité.

II – Données brutes

Nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que notre échelle de satisfaction va de 1 à 5 et non de 0 à 5 ; la note moyenne est donc de 3/5 et non de 2,5/5. L’analyse doit en tenir compte.

Résultats chiffrés

Les résultats détaillés et objectifs de notre enquête (données brutes et corrélées) sont tous accessibles en cliquant ici. Ces données serviront de support à l’analyse qui suit.

Graphiques

III – Mise en perspective

1) Comparaison avec des résultats d’HEC Sondages (2005)

Une comparaison de nos résultats avec ceux de nos prédécesseurs d’HEC Sondages nous permet de percevoir une évolution significative du profil politique dominant à HEC.

En 2005, à la veille des élections régionales, HEC Sondages avait recueilli les intentions de votes des étudiants. 49% disait voter pour l’UMP au premier tour, et même 65% au second tour. Or, seuls 10,6% de nos sondés dit aujourd’hui avoir une préférence pour les Républicains (ou 14% en regroupant LR, les Constructifs et l’UDI), tandis qu’une écrasante majorité de 57% a une préférence pour LREM ou le MoDem et 52,8% des HEC ont voté pour Emmanuel Macron dès le premier tour, contre 24,6% pour François Fillon.

Globalement, ces résultats nous indiquent que les HEC sont aujourd’hui plutôt de centre-droit. Le report des voix de l’UMP vers LREM ne signifie probablement pas que les étudiants d’HEC sont moins conservateurs qu’il y a 10 ans, mais le parti d’Emmanuel Macron semble répondre à un besoin de libéralisme politique, comme l’indiquent les réponses aux questions sur le mariage homosexuel, la PMA/GPA, et le cannabis. En ce qui concerne le libéralisme économique, les deux tiers des étudiants se disent favorables ou très favorables au libéralisme. L’adhésion pour les partis de gauche se ferait donc plutôt sur leurs propositions politiques qu’économiques, et l’on constate que les étudiants sont très partagés sur la question de l’ISF (avec une dominante défavorable à sa suppression) et celle du revenu universel (même si la plupart des étudiants lui sont plutôt défavorables).

Sur l’Europe, en 2005, 58% des sondés trouvaient que la question de la Constitution européenne était très importante, et seuls 6% en étaient désintéressés. On observe aujourd’hui une continuité dans ce souci de l’Union Européenne, puisque plus de 80% des sondés se déclarent favorables ou très favorables au fédéralisme, contre 7,9% d’étudiants plutôt hostiles à l’Europe. En 2005, 82% des sondés déclaraient voter « oui » au référendum sur la Constitution européenne. HEC reste donc également ouvert à l’Union Européenne et fédéraliste.

2) Comparaison avec des résultats nationaux

Notre question « Penses-tu que l’Islam soit compatible avec les valeurs de la République ? » était formulée exactement de la manière dont elle a été posée aux Français par l’Ifop en 2018. Alors que 56% des Français jugent l’Islam compatible avec les valeurs de la République, nous obtenons une valeur similaire à HEC puisque 59,4% des étudiants considèrent que l’Islam est compatible avec les valeurs de la République.

Par ailleurs, Marine le Pen recueille 0,9% des suffrages exprimés à HEC au premier tour des présidentielles 2017, contre 21,3% des voix au niveau national. Ce résultat confirme certaines observations habituelles à l’échelle nationale selon lesquelles le vote en faveur de cette candidate serait inversement proportionnel au niveau d’études.

IV – Analyse des corrélations

1. Observations générales

La matrice des corrélations (cf. annexe) permet d’observer les corrélations ci-après :

  • Il y a clairement un effet d’adhésion de groupe aux idées d’un parti à HEC, si bien qu’on observe de très fortes corrélations entre des sujets qui ne devraient pas ontologiquement être corrélés, et qui ne le sont que parce qu’ils sont défendus en bloc, dans un même programme, par un même parti : par exemple la question sur l’Islam et celle sur la légalisation du cannabis sont très corrélées simplement car la gauche et la droite ont une position de package sur ces deux questions, et qu’en s’identifiant à droite ou à gauche, l’on se convainc souvent d’être en accord avec le package de position, plutôt que d’avoir deux positions différentes, quitte à être divergentes.
  • En particulier, on observe de très fortes corrélations positives entre ouverture à l’Islam et aux réfugiés, soutenir les cheminots et être favorable au revenu universel, être europhile, soutenir le mariage homosexuel et l’accueil de réfugiés, être en faveur du mariage pour tous, de la légalisation du cannabis, du revenu universel ; et des corrélations modérées mais existantes entre être d’accord avec ses parents et souhaiter l’abolition de l’ISF, croire en un trop grand assistanat en France, ou être d’accord avec ses parents et être libéral.
  • Des corrélations négatives très nettes existent entre le soutien aux cheminots d’une part, et le libéralisme économique, penser qu’il y a trop d’aides sociales et l’abolition de l’ISF d’autre part, entre être d’accord avec ses parents et soutenir la légalisation du cannabis – ce qui laisse présager une légalisation du cannabis sous une génération puisque la jeunesse est en accord avec la légalisation du cannabis, et puisque la génération d’au-dessus semble majoritairement en désaccord.
  • À noter que le soutien à l’UE, qui fait quasiment l’unanimité à HEC, est ipso facto extrêmement décorrélé à un grand nombre de variables (croire qu’il existe trop d’aides sociales, être en accord avec les parents, être pour la suppression de l’ISF ou le revenu universel). Être favorable à l’UE semble donc être la position la plus consensuelle du campus.

2- Corrélations avec le vote au premier tour des présidentielles

Préambule

Tout d’abord, nous tenons à rappeler certains angles morts de notre enquête qui ne nous permettent que d’avoir un aperçu  partiel du paysage politique dans le Josas : par exemple, dans le cas des électeurs de Marine Le Pen, leur faible nombre ne permet pas de tirer de conclusions sérieuses sur les tendances de cet électorat, nos affirmations (chiffres) et hypothèses (explications de ces chiffres) sont donc à prendre avec des pincettes. De plus, cette analyse des corrélations politiques tente principalement d’expliquer les phénomènes marginaux : tout le monde sait que les électeurs Macronistes sont européistes, il semble donc plus intéressant de s’attarder sur les 10% de Mélenchonistes qui se déclarent profondément eurosceptiques. Comme vous pouvez donc vous y attendre, nous retombons donc dans des problèmes d’échantillon puisque nous nous intéressons aux marges du sondage. D’après l’IFOP, ces marges gardent tout de même une signification politique intéressante et il s’agit pour nous de les éclairer.

Les fans de politique : tous des extrémistes rebelles ?

Comme nous pouvions nous y attendre plus l’intérêt politique est marqué, plus on a voté en faveur de partis radicaux (ou présentés comme tels) et plus on est en désaccord avec sa famille en termes politiques. En effet il semble qu’être anticonformiste à HEC demande d’être réellement intéressé par le sujet : 90% des électeurs de MLP (Marine le Pen) et 60% des Mélenchonistes sont très intéressés par la politique (garder ses opinions tranchées alors que l’effet bocal joue à plein sur le campus demande aux sondés une certaine détermination idéologique) tandis que 20% des électeurs Fillonistes ont très peu d’intérêt pour la vie politique, 72% d’entre eux votant comme leur famille : chez les Fillonistes, on ne parle pas de politique à table mais l’on sait pour qui voter.

Macron au deuxième tour : le king du Josas

97,5% des étudiants à HEC ayant exprimé un suffrage ont plébiscité le candidat centriste au 2e tour de l’élection présidentielle, un score qui semble peu étonnant de par le profil sociologique de notre échantillon : plus jeune, plus éduqué, plus riche que la moyenne nationale. Ici il semble donc intéressant de s’attarder sur le profil de ceux qui n’ont pas voté pour Emmanuel Macron. Seuls 2,2% des étudiants ont voté pour MLP contre 34% au niveau national, c’est donc principalement parmi les abstentionnistes et les votes blanc que l’on peut dégager des tendances.

  • Rarement tentés par des positions radicales, les fillonistes ont plébiscité le vote Macron, bien plus qu’au niveau national, où 30% des votants Fillon ont boudé Macron au second tour. Seuls 5% d’entre eux ont mis un bulletin MLP dans l’urne et 13% d’entre eux se sont abstenus ou ont voté blanc : les fillonistes HEC sentaient dès 2017 que Macron ne serait pas un gauchiste en faveur du goulag.
  • Pour l’anecdote, une personne ayant voté MLP au premier tour a finalement préféré jouer la sécurité et voter Macron au 2e tour (tu regrettais ou tu t’étais juste trompé de bulletin dans l’isoloir ?).
  • Si aucun d’entre eux n’a voté MLP, les mélenchonistes sont ceux à avoir eu le plus de difficultés à glisser un bulletin Emmanuel Macron dans l’urne : 22% se sont abstenus ou ont voté blanc. Cependant à noter que ce résultat montre une plus grande porosité entre le mélenchonisme HEC et le macronisme qu’au niveau national : 48% des insoumis avaient choisi l’abstention ou le vote blanc au niveau national en 2017 selon l’IFOP. Ici une hypothèse explicative est un plus grand libéralisme économique des Mélenchonistes HEC qu’au niveau national : 33% des HEC ayant voté Mélenchon ne se déclarent pas antilibéraux.

Evolution politique depuis Avril 2017 : One Party To Rule Them All

Le principal enseignement de ce sondage est probablement là : depuis 2017, deux partis s’érodent progressivement et sont aujourd’hui sur le déclin à HEC : Les Républicains et la France Insoumise.

  • Le cas le plus emblématique et le plus surprenant est celui de l’érosion de LR : plus de votants fillonistes privilégient aujourd’hui LREM que LR, 41% contre 38% ! On peut ici formuler trois hypothèses principales : l’effet bocal HEC joue à plein sur des fillonistes en moyenne moins politisés, ce qui en fait des électeurs plus faciles à convaincre pour LREM ; autre solution, l’affaire Wauquiez ou bien ses saillies contre le système dans l’objectif de reconquérir les milieux populaires ne plaisent pas à la droite classique éduquée représentée à HEC ; enfin dernière hypothèse, le progressisme relatif des électeurs fillonistes laisse penser que Fillon était pour eux un choix avant tout économique, Emmanuel Macron réalisant une politique économique leur convenant (réforme du code du travail, réforme de la SNCF, privatisations), ils se sentent finalement plus proches du parti présidentiel.
  • D’autre part, le déclin de « l’effet Mélenchon » : seuls 40% de nos sondés restent LFI un an après la présidentielle, 27% ayant depuis choisi de revenir vers la gauche traditionnelle (PS, EELV, Generation.s), et surtout 16% ne savent plus à qui accorder leur suffrage. A noter que 7% d’entre eux privilégient des candidats trotskystes. Ici encore plusieurs hypothèses pour expliquer cette baisse significative du mélenchonisme à HEC, la visite de Hamon à HEC globalement saluée par ses participants ? Les polémiques ayant frappé LFI depuis la présidentielle, et qui auraient pu dégouter une partie de son électorat, à commencer par le comportement de JLM après sa défaite au premier tour, probable au vu de la désapprobation énorme suscitée à HEC par le Pen ? JLM aurait-il profité de façon démesurée d’un effet vote utile en 2017 principalement à HEC, puisqu’au niveau national cette hypothèse est contredite par les enquêtes de satisfaction des électorats vis-à-vis de leur candidat? Un effet « j’ai honte d’être de gauche à HEC » ?

Les HEC, cadres du libéral-progressisme triomphant

Comme nous pouvions nous y attendre les HEC ne sont pas communistes, mais – et c’est peut-être plus surprenant – même la droite à HEC se montre sensiblement ouverte au progressisme sociétal.

  • En effet sur la question du mariage pour tous et de la GPA/PMA (que nous différencierons à l’avenir) nous observons une moyenne de 3,51 chez les électeurs de Fillon, autrement dit les fillonistes HEC sont en faveur de la loi Taubira sans pour autant souhaiter de modifications ultérieures (50% d’entre eux). Reste tout de même un noyau de fillonistes opposés à ces dispositions : 22% d’entre eux environ. Ici on peut formuler l’hypothèse suivante : l’effet bocal à HEC est très fort sur les questions de société et a fait changer d’avis un grand nombre d’étudiants à l’origine plus conservateurs. Autre possibilité, la visibilité pendant la campagne présidentielle des soutiens de Sens Commun ou de personnalités issues de la Manif pour Tous aux côtés de François Fillon n’est qu’une visibilité de façade, l’électorat est déjà passé à autre chose.
  • Autre mesure du conservatisme sociétal à HEC : la propension à approuver la légalisation du cannabis. Ici on note une opposition plus franche aux velléités de légalisation à droite et marginalement parmi les macronistes : la moyenne d’approbation est de 2,67/5 et de 3,53/5 respectivement. Ici ce retour assumé de positions en accord avec celles du parti est à la fois étonnant et évident. Etonnant car l’on aurait pu imaginer qu’au contact de la vie étudiante à HEC, et donc au contact assez régulier avec des substances illicites, la peur de celles-ci et leur condamnation pourrait baisser. Evident car – contrairement au mariage pour tous – il est rarement stigmatisant d’être contre la légalisation du cannabis, les HEC ne se sentent donc pas forcés de changer d’opinion sous la contrainte d’un effet de groupe et conservent leur opinion.
  • Le libéralisme économique ramène a priori les électeurs de François Fillon et d’Emmanuel Macron dans un pot commun. En effet les moyennes sont ici de 4,01/5 et 3,88/5 respectivement (auto-identification au libéralisme économique). Mais lorsque l’on observe attentivement l’ensemble des questions ayant pour but d’étudier le libéralisme économique, on retrouve une inspiration légèrement plus sociale chez les macronistes que chez les fillonistes, notamment sur la question des aides sociales où la moyenne de 3,29/5 chez les fillonistes (donc en faveur de la diminution des aides) dépasse nettement les 2,41/5 des macronistes, plutôt favorables à leur conservation en l’état. Même différence quasiment sur la question du revenu universel, les macronistes, sans être enthousiasmés par l’idée, ne la rejettent pas en bloc comme le font les fillonistes. Il est intéressant mais peu surprenant de noter que les Mélenchonistes à HEC ne sont pas radicalement antilibéraux (2,13/5) tout comme les Hamonistes qui sont même neutres sur la question (2,9/5). Mais les mélenchonistes sont les seuls à avoir dans leurs rangs des étudiants soutenant les cheminots en grève (60% des mélenchonistes contre 22% des hamonistes).
  • Enfin, en ce qui concerne l’Union Européenne, nous trouvons des résultats qui reflètent la sociologie HEC et surtout du parcours académique de ses étudiants : 83% des étudiants sont plutôt fédéralistes et il s’agit là de la question sur laquelle le plus d’étudiants sont le plus d’accord. Les moutons noirs de l’Union Européenne sont à chercher chez les électeurs de MLP, et surtout chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 27% d’entre eux se déclarent plutôt eurosceptiques, nous n’avons pas pu trouver de sondage national pour établir de comparatif. Ici le sondage ne nous permet pas de savoir si cet euroscepticisme est de nature ou circonstanciel : si les eurosceptiques sont souverainistes ou simplement déçus par une Europe trop libérale.

3- Corrélations avec la filière d’origine

Les résultats montrent que les sondés issus du public sont très nettement plus à gauche que ceux issus de prépas privées, particulièrement des grosses prépas privées catholiques 1, qui semblent rester le bastion de la droite à HEC face à la vague Macron et dont la population plébiscite largement une droite plus conservatrice.

De plus, les sondés issus de grosses prépas privées catholiques se préoccupent assez nettement moins de la politique que leurs camarades : leur moyenne à la question sur l’intérêt porté à la politique est de 3,34/5, la plus basse de toutes, très loin des 3,84/5 des AD/DD/IS, alimentés par une proportion importante de 5/5, de gens passionnés par la politiques, possiblement issus du DD Sciences Po. Cette caractéristique des étudiants issus des plus grosses prépas privées est aussi vérifiée dans la compatibilité entre le vote de leurs parents et le leur : un manque d’intérêt pour la politique augmente l’influence de l’environnement direct sur les opinions politiques, et ce sont les prépas privées qui détiennent le record du taux d’accord avec les parents sur la politique, avec une moyenne à 3,46/5. Comme mentionné plus haut, cet accord fréquent avec des parents issus, comme vu dans le QPV#1, de milieux plus aisés que la moyenne des HEC, doublé avec l’importance pour certains de la chrétienté dans l’éducation, qui est parfois un élément moteur pour la scolarisation dans le privé catholique, se traduit par une proportion impressionnante de vote Fillon à la présidentielle : 40,2% d’entre eux ont voté Fillon au premier tour.
Toutefois, le roi de HEC reste Emmanuel Macron dans toutes les catégories, et il obtient des taux d’adhésion records dans les prépas publiques parisiennes, petites et grandes, avec 58,7% d’adhésion. Les prépas publiques se révèlent des terrains hostiles à la droite filloniste : Fillon n’y a recruté que 14% d’étudiants, contre près de 25% à l’échelle de HEC. Cela se traduit aussi par une forte adhésion à des candidats de gauche : Hamon réalise un incroyable 19,4% dans les petites publiques parisiennes, 14% dans les publiques provinciales ou de l’étranger, et 8,2% dans les plus grandes prépas publiques. Les prépas provinciales ou étrangères et privées hors contrat se distinguent des autres avec des votes dont l’écart type est assez nettement supérieur à la moyenne : dans les publiques provinciales/étrangères, le Pen obtient 5 fois son score moyen à HEC, et Mélenchon obtient plus d’une fois et demi son nombre de voix moyen dans les prépas privées hors contrat. Il réalise également des scores très honorables dans les grosses publiques parisiennes, les petites prépas privées, et les publiques provinciales ou étrangères.

Ces tendances se perpétuent encore aujourd’hui, un an après la présidentielle. On constate néanmoins, en toute logique selon la politique menée par Emmanuel Macron, une baisse de popularité parmi ses catégories d’électeurs les plus à gauche : dans les grosses prépas publiques, 58,8% des gens avaient voté pour Emmanuel Macron au premier tour, ils ne sont plus que 50,0% à le soutenir aujourd’hui. C’est Benoît Hamon et le PS qui en bénéficient : ils ont à eux deux 20,6%, soit 2 fois et demi le vote pour Hamon à la présidentielle dans cette catégorie. Réciproquement, les milieux d’origine les plus à droite ont eu tendance à se rapprocher assez nettement d’Emmanuel Macron, qui gagne près de 15 points d’adhésion en 1 an chez les sondés issus de grosses prépas privées catholiques. A noter la pénalité assez violente infligée aux Républicains (hors Constructifs), qui réalisent un score extrêmement bas : 5,2% d’adhésion dans les grandes prépas publiques, 2,8% dans les « petites » prépas publiques parisiennes, 2,3% chez les élèves issus de prépas hors contrat. Avec 17,4% d’adhésion, plus 5,8% de Constructifs, les sondés issus de grosses prépas privées catholiques sont dorénavant, avec les AD/DD, le dernier bastion de la droite traditionnelle à HEC, mais un bastion qui faiblit très largement (il y a deux fois moins d’adhésion pour LR maintenant que pour Fillon il y a un an).

Le reste des résultats (voir ici) est assez conforme à l’image que les différentes catégories d’étudiants renvoient vis à vis de leur adhésion actuelle, à noter néanmoins quelques particularités :

  • Si ce sont bien les grosses prépas catholiques qui sont le moins favorables aux problématiques du mariage homosexuel et de la PMA/GPA (qui – on sait – comportent de très nombreuses différences), c’est chez les anciens étudiants du public provincial ou étranger que l’on trouve le plus de gens favorables à l’abrogation de la loi Taubira : 7%. Les « grosses prépas publiques » et « autres publiques » parisiennes sont – de loin – les plus progressistes à cet égard : 4,46 et 4,53 de moyenne. Notons qu’aucun sondé des petites publiques parisiennes ne s’oppose à la loi Taubira, et que ce chiffre est de 3,6% dans les grandes prépas publiques.
  • On constate une forte homogénéité des différentes catégories étudiées sur certaines questions, notamment celles qui ont été étudiées en classe préparatoire ECS et/ou ECE, par laquelle est passée l’immense majorité des sondés (cf QPV #1) : la question des réfugiés (moins de 0,5 d’écart entre la catégorie de prépa à la plus haute moyenne et celle à la plus basse), celle de l’Europe (moins de 0,3 points d’écart entre la catégorie à la plus haute moyenne et celle à la plus basse), celle du libéralisme (0,52 d’écart), alors que sur les questions plus éloignées des apprentissages scolaires, les valeurs sont plus écartées : l’écart est de 0,71 sur le cannabis, 0,8 sur l’assistanat par exemple. L’auteur de cet article soumet l’interprétation suivante : la prépa (en fait, l’enseignement supérieur en général, puisque les AD/DD ont rarement des valeurs aberrantes) inculque un mode de pensée, et peut être vu comme un instrument d’influence pour ceux qui seront sûrement amenés à devenir une partie de l’élite économique du pays. La prépa et l’enseignement supérieur, par la manière dont les sujets sont enseignés, ont tendance à uniformiser les avis vers un avis commun, peut-être souhaité par les concepteurs des programmes (européiste, libéral…).
  • A noter la tolérance religieuse importante vis-à-vis de l’Islam dans les grandes prépas privées catholiques, à peine en dessous de la moyenne, ce qui peut paraitre surprenant de prime abord au vu de la proportion de votants Fillon (qui déclarait : « En France, il y a un problème lié à l’islam ») dans cette catégorie. Ce résultat peut vraisemblablement être en partie expliqué par les valeurs religieuses de ces prépas : on compte a priori un assez grand nombre de chrétiens pratiquants dans ces prépas-là, et ce sont souvent ceux que Todd a appelé les catholiques zombies dans Qui est Charlie ? qui, parmi les gens à sensibilité de droite, pensent le plus que l’Islam soit compatible avec les valeurs de la République. Notons aussi la note très haute des grosses publiques sur la question : 3,79/5.
  • Benoît Hamon devrait faire sa prochaine conférence à Louis-le-Grand ou Henri IV : ils sont près d’un tiers de grosses prépas publiques à approuver au moins partiellement le revenu universel.

Pour conclure ce paragraphe, il semble que trois modes d’influence de la pensée soient entremêlés.

D’une part, la prépa d’origine est corrélée au milieu d’origine. Une certaine homogénéité dans les opinions politiques des sondés de chacune des catégories de prépas, et une certaine tendance politique naît donc du fait de l’homogénéité sociale relative de chacun des groupes de prépas étudiés. Cette première influence est renforcée par ce que j’appellerai ici l’effet bocal : lorsqu’on est dans un milieu politiquement assez homogène, les influences réciproques à l’intérieur de ce milieu conduisent à une radicalisation et à une accentuation dans l’homogénéité du milieu. Des gens d’une même tendance politique originelle, mis ensemble, se retrouvent après quelques temps encore plus homogènes, sur des positions plus radicales qu’auparavant. C’est ainsi que la primaire de la gauche, entre gens de gauche, a fait triompher le candidat PS le plus à gauche depuis un très long moment en la personne de Benoît Hamon, et que la primaire de la droite a fait triompher un des candidats les plus à droite représentés, en la personne de François Fillon. Cet effet mène donc les positions au sein de chaque type de classe préparatoire à se polariser.

Ensuite, la classe préparatoire ou les études supérieures en tant qu’institution ont un rôle non négligeable puisque – par les programmes, les attendus, la manière de présenter les choses – elle oriente assez nettement les étudiants vers l’une ou l’autre des positions, ce qui déclenche une homogénéité généralisée au niveau des étudiants en général.

Enfin, le type de classe préparatoire a un rôle important dans la manière dont ce cadre est mis en place, et a force d’influence sur les étudiants. Cette remarque est aussi vraie au lycée où, par exemple, certains sujets sont probablement traités différemment à Stanislas et à Louis-le-Grand. Lorsqu’à Louis-le-Grand, les absences pour cause de participation à la manifestation anti loi travail étaient excusées, des échos font état de conférences contre le mariage pour tous au lycée à Stanislas, de positions anti-mariage pour tous dans certains cours obligatoires de catéchisme au lycée à St Jean de Passy par exemple : l’établissement et sa direction ont aussi une influence sur les opinions politiques de ses alumni.

Les corrélations observées entre les opinions politiques et le type de prépas d’origine peuvent être interprétées comme le fruit de ces 3 influences entremêlées : de forts particularismes dans un contexte d’harmonie générale des opinions politiques à HEC et d’un engouement important pour le mouvement En Marche !

4- Corrélations avec l’orientation professionnelle

Il est certain qu’une grande majorité d’entre nous finira davantage expert que politique – même si on n’oublie pas nos vénérables alumni comme François Hollande, Jacques Cheminade ou Asselineau. Il est aussi vrai qu’un grand nombre d’entre nous travaillera pour des grands groupes étrangers, parfois à l’international. Il est aussi vrai qu’il y en aura sûrement qui travailleront à jouer de la loi. Voyons quelle pensée politique se cache derrière chaque carrière type.

Les macronistes. Quel profil politique les MBB ou les Big 4 vont-ils recruter sur les prochaines années ? Avant tout, des macronistes. Pour dire même, les plus macronistes des HEC puisque les futurs consultants, consultantes, auditeurs ou auditrices ont plébiscité Macron à 59% au premier tour et à 92% au second tour2. Presque 70% continuent de soutenir le groupe LREM, preuve que vous êtes globalement satisfaits des politiques menées depuis mai 2017 (notamment en ce qui concerne la réforme de la SNCF). Le futur consultant ou auditeur se distingue par un très fort européisme puisque près de 47% se disent fédéralistes contre 25 à 35% pour les autres catégories !

Les conservateurs. Ah, futur trader ou banquier d’affaires, ton profil se rapproche fortement de celui des consultants ou auditeurs. Cependant, tu penches plus à droite que lui. Tu as davantage soutenu François Fillon – candidat le plus libéral de l’élection présidentielle – au premier tour  (33% soit le plus haut taux des HEC) et tu restes proche de ce qui fut l’UMP (22% pour LR/UDI), avec un penchant pour le mouvement constructif puisque 8% sont de cette sensibilité. Conservateur, tu l’es d’abord par ton soutien plus mitigé à la loi Taubira (14% sont au moins défavorables), mais surtout par un refus catégorique d’un revenu universel (41% sont très défavorables contre 25% pour les consultants juste derrière) et un désir de politique migratoire fermée [25% refusent d’accueillir de nouveaux réfugiés bien plus que les entrepreneurs (16%), les consultants ou auditeurs (13%) ou les fonctionnaires (9%)]. Somme toute, tes positions économiques très libérales (40,9% sont libéraux à 5/5 !) te classent à droite, et le reste de tes positions sont globalement en accord avec ce classement à droite de l’échiquier politique français.

Les gauchos. Le futur fonctionnaire qui étudie à HEC Paris connaît d’abord bien le public puisqu’il y a en grande majorité étudié. Il ou elle semble être un défenseur de l’Etat social protecteur puisqu’il est très nettement en désaccord avec l’idée qu’il y aurait trop d’aides sociales en France [70% ne sont au moins pas d’accord soit 25 à 35 points de plus que dans les autres carrières !], s’oppose fermement à la suppression de l’ISF [55% soit 20 à 30 points de plus que pour les autres carrières], et souhaite accueillir plus de réfugiés [à près de 90%] et est le seul à soutenir le mouvement cheminot. Il tient certainement à une certaine idée de la France puisqu’il est largement plus eurosceptique que ses collègues [avec près de 12% ayant voté 1/5 ou 2/5, c’est 2 fois plus que les consultants ou les entrepreneurs et 3 points de plus que les financiers] et surtout, il est le seul à se revendiquer peu libéral puisque 32% des futurs fonctionnaires ont voté 1 ou 2 contre 3% des financiers, 10% des consultants et 13% des entrepreneurs. On aura certainement reconnu un profil plutôt à gauche puisque presque 40% soutiennent aujourd’hui un parti de gauche. Il est intéressant de remarquer que 21% d’entre eux avaient voté LR aux présidentielles et qu’ils ne sont plus que 16% à soutenir LR/UDI.

Les plus marginaux. Le profil du futur entrepreneur est plus difficilement cernable. C’est un profil plutôt équilibré entre les différents courants politiques [à cet égard les réponses à la question sur le revenu universel ont une répartition quasiment uniforme]. Cependant, on note un certain tropisme vers la marge. On remarque que c’est avant tout la classe la moins politisée [15% considèrent qu’il y a trop de politique à HEC contre 5 à 10% pour les autres] ce qui l’amène à être généralement plutôt neutre sur les questions. Du reste, les résultats ne sont pas forcément convaincants pour trouver une tendance globale. Il nous est difficile de tirer des conclusions de cette réalité. Peut-être la politisation vient-elle plus tard chez l’entrepreneur puisque beaucoup de figures politiques aux Etats-Unis, en Europe comme dans les pays émergents (Mark Zuckerberg, Xavier Niel, …) sont à l’origine des entrepreneurs. Tout au plus, les leaders de la start up nation sont finalement peu intéressés par les politiques publiques.

5- Corrélations avec le milieu social d’origine

Sans trop de surprise, ceux qui ne perçoivent pas leur présence à HEC comme une forme de promotion sociale se distinguent par leur soutien à la suppression de l’ISF (57,1% d’opinions favorables contre 39% chez ceux se considérant issus d’une forme de promotion sociale), leurs votes pour François Fillon, leur sensibilité pour les Républicains, et l’adéquation des opinions politiques avec celle des parents. À l’inverse, ceux qui estiment gravir l’échelle sociale sont majoritaires parmi les soutiens de Jean-Luc Mélenchon, la frange politique de gauche, et sont les plus enthousiastes au revenu universel.

Toutefois, on ne peut parler d’un clivage d’opinions entre les deux. En effet, il serait malhonnête de réduire ceux ayant répondu « Oui » à la promotion sociale à des gauchos, et les « Non » à des droitards, en témoigne la question sur l’Islam (Plus de « Oui » considèrent que les valeurs de l’Islam sont incompatibles avec celles de la République, tandis que plus de « Non » pensent l’inverse). De plus, aucune divergence fondamentale n’apparait à la lecture des résultats à propos des différentes questions posées. Il en découle que l’idée de promotion sociale est un facteur certes explicatif mais non pas déterminant concernant les avis politiques à HEC.

6 – En complément : analyse en composantes principales

Les considérations ci-après résultent d’une analyse en composantes principales (ACP), méthode dont l’objectif est d’afficher des tendances en plaçant des individus pour lesquels nous disposons, dans notre cas, de 11 variables quantitatives (11 dimensions) sur un graphe en 2 dimensions, le tout en préservant un maximum de variance via un mécanisme de projection (>50% dans notre cas). En résumé, pour représenter parfaitement le placement de chacun, nous aurions eu besoin d’un graphique en 11 dimensions, ce qui est illusoire, et l’ACP permet de représenter les tendances les plus importantes, qui expliquent au mieux la variance, sur un graphe en 2D, et – ipso facto – lisible.

Les axes sont déterminés mathématiquement3, et n’ont pas de signification propre. Néanmoins, l’étude des corrélations entre les variables et les axes nous permet de proposer l’interprétation suivante :

  • Axe 1 (horizontal) : les individus les plus à gauche sur nos graphes sont les plus défavorables à l’instauration d’un revenu universel et ils considèrent que les aides sociales sont trop présentes en France. Ils sont également favorables à la suppression de l’ISF et à la réforme de la SNCF. L’axe des abscisses permet donc de séparer nos individus selon qu’ils défendent plutôt une politique de l’offre ou de la demande, et selon qu’ils valorisent plutôt le capital ou le travail. Au vu de ces divergences, on pourra donc extrapoler et considérer que, plus un individu est placé à gauche sur nos graphes, et plus il se situe à droite sur l’échiquier politique. Réciproquement, plus il est placé à droite sur nos graphes, et plus il se situe à gauche politiquement.
  • Axe 2 (vertical) : les individus les plus en haut de l’axe des ordonnées sont très proeuropéens et plutôt libéraux économiquement.

Le graphe de gauche permet de visualiser la corrélation de chaque variable avec les deux axes principaux. Le graphe de droite, en gardant les mêmes axes, montre les positions des individus sur les axes. Les individus sont colorés selon leur vote au premier tour de la présidentielle.

Quelques remarques analytiques sur le second graphe :

  • L’ACP sur les individus montre un phénomène très intéressant en ce qui concerne la débâcle électorale de Benoît Hamon. En effet, beaucoup d’individus qui sont théoriquement d’accord avec les idées de Benoît Hamon ont décidé de voter pour Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles, ce qu’on peut voir par le fait que les points verts hamonistes sont dispersés au milieu des points bleu foncé macronistes et turquoise mélenchonistes, et qu’il y a une interpénétration des votes Mélenchon et Macron – candidats pourtant très éloignés sur de nombreux points – sur des individus dont le profil est celui de hamonistes. L’auteur soumet donc l’hypothèse que ce ne sont pas tant les idées de Hamon – qui ont globalement plu au vu de la densité de points dans ses électeurs théoriques – que son positionnement dans les sondages (vote utile Macron ou Mélenchon) ou peut-être sa personnalité qui ont mené à sa défaite électorale.
  • Globalement, l’ACP sur les individus montre que Macron est parvenu à rassembler beaucoup d’étudiants de HEC de droite modérée (grosse densité dans le 1/8 de gauche le plus en haut) mais peu d’une droite plus dure – il a donc été très performant sur un spectre assez étroit -, et beaucoup d’étudiants de HEC de gauche, même très à gauche (i.e. à droite du graphe), mais avec une densité bien moins forte : il a donc été moins performant, mais en ratissant plus large.

En guise d’ouverture, nous proposons au lecteur les deux représentations ci-dessous, qui permettent de visualiser les individus selon leur prépa d’origine et selon leur secteur d’attrait. Ces graphiques confirment les observations faites préalablement sur le positionnement politique moyen de ces différentes sous-catégories.

V- Conclusion générale

L’arrivée d’Emmanuel Macron et de son mouvement En Marche ! dans le paysage politique français a bouleversé les codes de la politique actuelle. À HEC, Macron suscite une adhésion énorme, qui défie l’image traditionnelle de HEC comme une école très ancrée à droite. L’ancien candidat centriste, « ni de droite, ni de gauche », incarne en fait une droite économique doublée à des positions sociétales assez ouvertes, notamment sur le mariage homosexuel. Ces positions-là conviennent totalement aux étudiants de HEC, qui ont tendance à être d’accord avec la droite économiquement, ce qui n’est pas sans lien avec, d’une part, leur environnement d’origine majoritairement très privilégié (cf QPV#1) et assez marqué à droite, qui cause une reproduction de la pensée politique et, d’autre part, avec l’éducation qu’ils ont reçue – en particulier en classes préparatoires ECS et ECE pour une grande majorité d’entre eux. Par exemple, le programme de géopolitique, deuxième matière la plus importante en ECS, a globalement une orientation libérale et libre-échangiste assez marquée et on y chante souvent les louanges des zones d’intégration régionales et de la mondialisation en général, même s’il existe évidemment une volonté d’objectivité affichée.

Ces différents facteurs expliquent donc en partie pourquoi les étudiants à HEC sont de droite économiquement, et pourquoi, en 2004, 49% des HEC soutenaient l’UMP (on monte même à 65% avec l’UDF) : le poids accordé au libéralisme et aux valeurs économiques de la droite prévalait sur certains désaccords que les étudiants de HEC pouvaient avoir vis-à-vis de la droite sur les questions de société. L’arrivée de Macron révèle donc la véritable pensée politique des HEC, qui ne pouvait pas se lire pleinement sur l’axe gauche-droite unidimensionnel qui préexistait à l’arrivée de Macron : les HEC sont en majorité des libéraux progressistes, et pour comprendre leur position, à l’axe gauche/droite économique traditionnel devait s’ajouter un axe conservateur/progressiste qu’incarne en partie la politique de Macron. La droite soutenue par HEC n’était donc pas la droite conservatrice, ou la droite actuellement représentée par LR sous l’impulsion de Laurent Wauquiez, dont les accointances répétées avec le FN sont fortement désapprouvées par les sondages4, c’était bien une droite libérale, d’autant plus séduite par Emmanuel Macron que sa politique actuelle chasse sur les terres des Juppéistes, voire un peu plus à droite encore.

Notes

  1. On désignera de la sorte les prépas suivantes : Ginette, Stan, Franklin, Grandchamp, Ste Marie, Douai, Daniélou.
  2. Contre 52% et 87% à l’échelle de la promotion. Ces chiffres incluent les votes blancs, nuls, abstentions, NSPP.
  3. Pour l’anecdote, ce sont les vecteurs propres associés aux 2 plus grandes valeurs propres de notre matrice des corrélations
  4. En effet, presque 1/4 des sondés ont voté pour François Fillon, et pourtant seuls 10,6% d’entre eux disent soutenir les Républicains à l’heure actuelle.