QPV#3 Vie nocturne et consommation

Nous remercions très sincèrement les 673 votants qui ont répondu à ce sondage.

I – Quelques chiffres à retenir pour briller en société

  • 4,9% seulement d’entre vous dites sortir 0 fois par semaine en moyenne. Ça bosse dur…
  • 2,7 fois par mois : c’est la fréquence moyenne à laquelle vous allez en POW, alors que seulement 38% des gens ont un avis POWsitif sur ces soirées. POWrquoi venez-vous?
  • 70% des personnes interrogées vont au POW pour la danse ou pour les discussions sur la terrasse. Mainstream.
  • 16% d’entre vous allez au POW pour chopper, 6% pour se battre. Vous allez être recherchés par InterPOWl.
  • 35% du panel pense qu’il faudrait plus de soirées ouvertes aux extés. Brice, si tu m’entends…
  • 38% des personnes ayant répondu n’ont jamais choppé depuis le début de l’année, alors que 14% (!) ont fiotté la question. Sad reacts only.
  • En moyenne, vous trouvez que votre consommation d’alcool est plutôt excessive (3,4/5). Alcooliques anonymes.
  • 75% d’entre vous ont déjà ressenti une injonction explicite à boire, et 73% des sondés considèrent que l’alcool est un facteur d’intégration à HEC. Apéros.
  • Avec 44,3% des votes, le Wunder sort vainqueur de son combat contre le Zinc. Il n’y a qu’un bar?
  • 34,8% des gens confient consommer occasionnellement ou régulièrement du cannabis, 20% du proto. Emmenez-moi au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles, il me semble que la misère serait moins pénible loin de Jouy. 

II – Données brutes

Résultats chiffrés

Nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que notre échelle de satisfaction va de 1 à 5 et non de 0 à 5 ; la note moyenne est donc de 3/5 et non de 2,5/5. L’analyse doit en tenir compte.

Les résultats détaillés et objectifs de notre enquête sont tous accessibles en cliquant ici.

Graphiques

III – Mise en perspective

La mise en perspective avec des résultats nationaux n’a de sens que sur certaines questions et pour la catégorie d’âge 18-25 ans.

Avec 35% des sondés qui répondent consommer occasionnellement ou régulièrement du cannabis, HEC surclasse assez significativement les résultats nationaux en la matière : 28% des jeunes de 18 à 25 ans en ont consommé dans l’année 20171. Cela est peut-être imputable à l’effet campus, où les tendances se diffusent plus vite, ou peut-être à l’effet que peuvent avoir les pôles salade lors des campagnes, en proposant aux intéressés de consommer.

En ce qui concerne le tabac, en revanche, les fumeurs réguliers sont rares, très rares si l’on compare aux chiffres nationaux. 17% des sondés sont fumeurs réguliers là où, en France, les chiffres tournent autour de 40% de fumeurs réguliers chez les 16-25 ans2. Ce chiffre, extrêmement bas par rapport à la moyenne française, peut être analysé au regard du marqueur social qu’est le tabac : parmi la frange la plus riche des Français, on trouve 20% de fumeurs, alors que ce chiffre monte à 38% en ce qui concerne la frange la plus populaire des Français. Ayant probablement des parents nettement moins fumeurs que la moyenne du fait qu’ils sont nettement plus aisés que la moyenne comme l’a montré le QPV#1, les étudiants de HEC n’ont pas subi le mimétisme social qui conduit parfois à se mettre à fumer. Aux Etats-Unis, 37% des enfants dont les deux parents sont fumeurs sont fumeurs réguliers à 17 ans, contre 17% pour les enfants dont les parents ne fument pas.

Néanmoins, il existe une augmentation assez inquiétante du pourcentage de fumeurs au sein des HEC par rapport aux résultats qu’avait obtenus HEC Sondages en 2005 : à l’époque, 13% des sondés étaient des fumeurs réguliers, et 13% des fumeurs occasionnels. Aujourd’hui, les chiffres sont respectivement de 17% et 28%. C’est donc principalement sur les fumeurs occasionnels – souvent les fumeurs en soirée – que se concentre la hausse du tabagisme au sein de HEC, ce sur quoi il est compliqué de tirer des conclusions. Néanmoins, en 2004, l’on remarque que les élèves allaient sensiblement moins au POW, 30% des élèves allaient à tous les POWs contre 40% aujourd’hui, ce qui peut être une piste à explorer.

Même si les élèves actuels semblent assez masochistes puisqu’ils viennent souvent au POW alors même que seuls 38% d’entre eux en ont une opinion positive, la perte de popularité des POWs est flagrante : 66% des sondés avaient une bonne opinion des POWs en 2004. Cela est – en revanche – peut être dû à la fin des open bars de hard, qui étaient érigés en raison principale de la venue des élèves au POW à l’époque (75% déclaraient que c’était ce qu’ils préféraient au POW).

IV – Analyse des corrélations

1. Observations générales

Globalement, l’ensemble des indicateurs qui définissent le « fêtard » se recoupent. Ceux qui vont le plus en POW sont aussi ceux qui en apprécient le plus l’ambiance, qui consomment le plus d’alcool, sortent le plus grand nombre de fois par semaine, préfèrent le Zinc au Wunder et le Wunder à leur lit, prennent le plus de drogues…

Une seule variable est corrélée très négativement aux autres, le GPA, qui est une fonction décroissante du nombre de soirées par semaine : pas le temps de réviser la compta entre deux POWs une semaine des 4 jeudis.

« Faire la fête » ne veut pas dire la même chose pour tous. Derrière un comportement parfois similaire se trouvent des motivations différentes. Par exemple, les formes de la fête se modifient entre les années : alors que les L3 vont plus souvent en POW (une forme de fête qui se montre) que les M1, les M1 consomment quant à eux plus de drogues que leurs bizuths, une forme de « distraction » moins affichée…

Derrière les différences quantitatives se cachent des différences qualitatives : sortir 6 fois par semaine ce n’est pas juste sortir trois fois plus que celui qui sort 2 fois par semaine. Pour ceux qui sortent le plus, le POW n’est pas un événement, il n’est pas l’occasion de découvrir des gens : ils y privilégient l’événement d’asso et la bonne grosse cuite. À l’inverse, celui qui s’y rend moins souvent, s’il y va davantage avec ses potes (là où l’habitué y va plus avec ses assos), l’envisage aussi plus comme l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes, une sortie qui tranche de l’ordinaire.

2. Corrélations avec la prépa d’origine

Ce que nous avions déjà cru pouvoir observer lors du QPV#1 sur la reproduction sociale à HEC semble se confirmer : les rois du campus, les plus intégrés, sont les élèves originaires des plus grosses prépas, et il est compliqué de se faire sa place lorsqu’on ne vient pas d’une des prépas qui intègrent le plus d’étudiants. Cette intégration passe alors souvent par des excès plus importants, alors que les AD/DD et IS sont intégrés entre eux principalement.

En moyenne, les étudiants des grosses prépas privées catholiques vont au POW 3 fois par mois, à comparer avec les 2,76 fois des plus grosses prépas publiques contre les 2,36 fois chez les élèves originaires de prépas provinciales et étrangères. Le score le plus bas est – sans grande surprise – détenu par les AD/DD/IS3.

Cette question de l’intégration, qui à HEC passe très fortement par les assos, est peut-être mieux reflétée par les façons de chacun de passer les préPOWs4 : 17,6% des AD/DD/IS les passent avec leurs assos, à comparer avec le 72% observé chez les élèves issus de grosses prépas privées catholiques. Dans les assos sportives les plus importantes et populaires – celles qui organisent des BAB 5 – les AD/DD/IS sont très peu représentés, et ainsi : 11,8% des sondés viennent au POW pour les BAB, contre 36,1% et 36,3% pour les plus grosses prépas – privées catholiques et publiques. Enfin, et c’est peut-être la statistique la plus parlante, 20% des AD/DD/IS vont au POW pour sociabiliser, contre 9% des étudiants parmi les plus grosses prépas. Cette différence est énorme et résume à elle seule la problématique de l’intégration à HEC. Les assos en sont vectrices, mais les AD/DD/IS ont finalement très peu d’incentives à s’intégrer dans des assos: passant moins de temps sur le campus (par semaine, et au total), leur sociabilité se fait avant tout intra AD/DD et intra IS6, contredisant ainsi l’apport culturel dont l’administration de HEC se targue. Dans le cas des IS, il existe parfois aussi une intégration au sein de l’asso éponyme, dont les représentants ont nettement plus de liens avec les étudiants étrangers que le reste du campus. C’est en fait simplement les modes de sociabilisation qui diffèrent entre les étudiants venus de prépa par voie classique et les autres, et chaque groupe est intégré à l’intérieur de son propre groupe d’appartenance. La perte de bien-être est importante,  la perte de potentiel de richesse intellectuelle l’est tout autant, et c’est le principe même des moyens de sociabilisation de HEC qui est à repenser pour que les étudiants puissent bénéficier du fameux « apport culturel réciproque ». Cela dit, ce texte n’a pas vocation à être à charge contre HEC, le retour des élèves en échange depuis HEC vers l’étranger montre que ce problème de l’intégration des étudiants étrangers au sein des étudiants natifs est quasi-universel.

Cette meilleure intégration des étudiants de grosses prépas privées catholiques et publiques se ressent aussi dans leur perception du POW : c’est al seule catégorie à en avoir une image en moyenne positive 7 : 3,25 et 3,22/5, à comparer avec le 2,80/5 des prépas provinciales par exemple. Cela pourrait peut-être aussi être expliqué par l’hypothèse suivante : les élèves issus de ces classes préparatoires ont nécessairement eu des dossiers excellents pour intégrer des classes prépas parmi les plus prestigieuses, ce qui augmente la probabilité pour que ces élèves aient été plus « sages » et soient moins sortis dans leurs années lycée. L’entrée à HEC est donc, peut-être plus souvent pour eux que pour les autres catégories, synonyme de découverte de la nuit nocturne, ce qui apporte un capital sympathie plus important aux POWs. De la même manière, le fait que les étudiants issus de prépas privées hors contrat, de grosses privées catholiques ou de grosses publiques choppent plus en moyenne que les étudiants provinciaux ou venant d’autres publiques parisiennes ou d’autres privées (24% ont choppé plus de trois fois en moyenne pour la première catégorie, contre 19% en moyenne pour la seconde) peut être interprété dans trois sens différents, mais qui se complètent probablement : d’une part la meilleure intégration des premiers les conduit à sortir plus et à être plus bodes8, donc plus à même à avoir de la facilité à chopper, et d’autre part, afin de garder leur statut plus populaire que la moyenne, ils reçoivent des incitations à chopper, dans un contexte où chopper reste souvent une fierté. Enfin, si l’on garde l’hypothèse selon laquelle HEC constituerait la découverte de la nuit nocturne pour plus de gens de la première catégorie, ceux-là sont plus à même de souhaiter se lâcher en soirée et chopper, car c’est une période qu’ils n’ont pas, peu, ou moins connue dans leur passé et dans leurs années lycée : la choppe revêt alors plus d’importance pour eux.

Une autre interprétation, qui n’exclut pas la précédente, est la suivante: les élèves issus des plus grosses classes préparatoires ont une intégration plus facile pour deux raisons : d’abord ils possèdent un réseau plus important dès leur entrée à HEC où ils arrivent avec la moitié de leur classe, ce rend plus facile leur participation aux soirées : plus d’amis dans les diverses assos donc accès à plus de prépows, plus de facilité à aller au Zinc où ils peuvent aller sur un coup de tête en sachant, même au début de l’année, qu’ils seront entourés de gens qu’ils connaissent. Puis, cet effet est accentué pour les personnes issues de prépas privées, où les structures ont une certaine parenté avec celles d’HEC : pour prendre l’exemple de Ginette, on trouve déjà l’importance des traditions collectives (que les personnes ayant une éducation catholiques ont souvent déjà intégrées en faisant les scouts), des « chargés de » qui s’apparentent à un pôle dans une liste, et la forme de l’internat avec laquelle ils sont habitués.

En ce qui concerne les consommations, les étudiants du privé hors contrat sont 60% à consommer plus de 7 verres par soirée, contre 40% dans les petites prépas publiques parisiennes. 1 étudiant sur 7 issu des prépas publiques provinciales et de l’étranger boit plus de 15 verres par soirée. Cette propension à l’excès chez les étudiants du privé hors contrat et du public hors de Paris est assez généralisée: les premiers approuvent à 3,57/5 les pôles salades – c’est le record -, sont ceux qui fument le plus régulièrement (et de loin, avec 33,3% contre 21,2% pour le public provincial). Enfin, les premiers sont près de 50% à consommer du cannabis, alors que les seconds consomment des drogues dures pour un étudiant sur cinq, ce qui est absolument énorme. L’auteur de ces lignes soumet l’interprétation suivante : ces étudiants sont naturellement moins intégrés a priori lorsqu’ils arrivent à HEC. Pour les premiers, l’auteur interprète cela comme une conséquence du fait que la majorité des étudiants du privé hors contrat sont des khûbes, ce qui a pour conséquence que les amis de ces élèves ne sont souvent pas dans la même promotion. D’autre part, dans ces classes de khûbe, l’ambiance est souvent moins solidaire que dans les autres classes : se faire des amis n’est pas toujours la priorité absolue. De là, la tentative d’intégration passe par l’excès : pour se faire remarquer il faut souvent en faire plus que les autres, parfois en faire trop. Ajouté à la frustration ajoutée d’une nouvelle année de privation en khûbe, cela crée des profils qui semblent plus susceptibles d’excès. En ce qui concerne les prépas publiques provinciales et étrangères, c’est avant tout le faible nombre d’étudiants HEC par délégation qui explique que souvent, de tels élèves se distinguent par l’excès par volonté d’intégration, avec des habitudes prises dès le début de l’année pour sympathiser et s’ouvrir aux autres. Ils sont d’ailleurs marginalement ceux qui croient le plus en l’alcool en tant que facteur d’intégration à HEC, avec une note moyenne de 4,08/5 à cette question. Autre hypothèse, les alumni des publiques provinciales prennent des drogues dures pour survivre à l’ambiance du campus le week-end…

Enfin, dans la rubrique fun fact, sachez que 45% des AD/DD/IS ont plus de 3,5 de GPA. Le chiffre reste excellent pour les alumni de prépas publiques: 36%. Les anciens du privé font office de cancres à HEC, 9% des étudiants du privé catholique ont moins de 2,5 de GPA (contre 4,9% à l’échelle du campus), et 7% des alumni du privé hors contrat ont plus de 3,5 de GPA (contre 28,8% en moyenne).

3. Corrélations avec le sexe de l’individu

Il ressort du sondage des divergences étonnantes entre la vision de la vie nocturne par les filles et les garçons du campus.

On constate que les garçons sortent généralement plus que les filles : 30% des filles ne sortent qu’une fois par semaine, contre 20% des garçons ; de la même manière, 14% des garçons disent sortir 4 soirs alors qu’elles ne sont que 7% à en dire de même. En revanche, ils sont tous aussi assidus au POW avec une même moyenne de 2,6 POW par mois.

Quant aux prépow, 13% des garçons déclarent les faire au bâtiment D contre seulement 6% des filles, mais on peut certainement attribuer cela au fait que certaines assos de ces messieurs (RCH, Club Foot) se constituent des couloirs d’assos et y effectuent naturellement leurs prépow, phénomène moins fréquent chez les filles.

Pourquoi aller en POW ? A cette question, les campusards et campusardes ont des réponses différentes. S’il y a un consensus (70% des filles, 70% des mecs) sur le fait qu’on y va pour discuter sur la terrasse, 90% de filles y vont pour danser avec leurs potes contre 53% des garçons. En revanche, les garçons y vont davantage pour :

  • Se mettre une race (à quand l’égalité dans la représentation des filles et des garçons bourrés dans le TVH ? HFE vaincra-t-il.elle.s Videcom dans cette nouvelle bataille ?)
  • Chopper (22% de mecs contre 7% de filles). Globalement, leur tableau de chasse est aussi fourni (30% ont un ou 2 choppes, 16% en ont de 3 à 5) mais notons que davantage de filles n’ont jamais choppé, et davantage de filles avouent avoir choppé plus de 10 personnes (2,3% contre 1,4%)…
  • Rencontrer des gens (12% de garçons, 7% de filles)
  • Se battre (open castagne pour 9% de garçons et tout de même 3% de filles !)

En tout cas, les filles et les garçons sont également satisfaits des POW, avec une moyenne de 3/5. La plupart des filles pensent qu’il faudrait plus de soirées inter-écoles (signe d’une réussite de la soirée HEC-ESCP-ENSAE de l’hiver dernier), mais les garçons trouvent surtout qu’il faudrait plus de soirées ouvertes aux extés. Mais globalement, tous se sentent bien en Kfet.

En ce qui concerne l’alcool, les garçons se trouvent moins raisonnables que les filles. Ils sont 57% à trouver que leur consommation est excessive, contre 40% de filles. Inversement, 35% de filles se trouvent raisonnables ou très raisonnables, contre 17% de garçons seulement. Cela se voit dans le nombre de verres d’alcool consommés par soirée : les filles s’en tiennent à moins de 6 verres pour 70% d’entre elles, tandis que presque 70% des garçons en consomment plus de 7. Ajoutons à cela le fait que les garçons sortent plus souvent que les filles, et on voit que les garçons consomment considérablement plus d’alcool que les filles à HEC. En tout cas, tous s’accordent à dire que l’alcool est un facteur d’intégration important à HEC. D’ailleurs, beaucoup plus de garçons ‘cèdent’ à l’injonction à boire : 44% de filles disent ressentir cette pression mais ne pas y céder, contre seulement 22% de garçons. Ces derniers sont d’ailleurs plus enclins à être à l’origine de ces injonctions : 16% des garçons contre 6% des filles.

Enfin, « Smoke weed every day » dit un jour un sage. Si cette prophétie s’accomplit à HEC, c’est surtout chez les garçons : 42% sont des consommateurs de cannabis contre 27% de filles, et ce déséquilibre se voit aussi dans la consommation des autres drogues (11% contre 3%).

4. Corrélations avec la préférence pour le Wunder ou le Zinc

L’analyse de l’ensemble du sondage au regard des réponses à la question 14, « Wunder, Zinc ou mon lit », permet de dégager trois profils d’étudiants concernant la vie nocturne à HEC.

Tout d’abord, les 20% ayant répondu « Mon Lit » (autant de filles que de garçons) se distinguent par leur déception globale concernant la vie nocturne sur le campus. S’ils ne sortent qu’en moyenne 1,3 fois par semaine, et ne vont en Pow qu’1,6 fois par mois (soit 1 sortie hebdomadaire et un Pow de moins que la moyenne HEC), c’est en priorité car ils sont désabusés du format actuel de nos Jeudi soirs. Ils n’accordent pas la moyenne à l’ambiance d’un POW (2,4 contre 3,1 selon l’avis général), se tapent du thème à 62%, et répondent n’être attirés qu’à chaque fois moins de la moyenne HEC par tous les aspects de la Kfet que nous avions listé. A l’exception d’un seul, la bouffe. Ainsi, celui ayant répondu le L (le lit), à défaut de manger les lèvres de partenaires (52% de non-initiés, contre 28% chez ses collègues préférant le Z ou le W), se rabat sur un buffet d’un autre type.

Assez logiquement, on constate que les amateurs de leur oreiller jugent leur consommation d’alcool tout à fait raisonnable (2,3 de moyenne), boivent bien moins en soirées que le reste (15% d’abstèmes) et on même refusé à 43% une injonction à se la coller (contre 32% de moyenne à Jouy). Ils sont également les moins enclins à fumer (75% de poumons sains) et à faire usage récréatif de trucs qu’on ne trouve pas dans les cours de récré. Ils désapprouvent par ailleurs le « pôle salade » à 35%, contre 23% en moyenne. Plus bosseurs (ou le cerveau moins endommagé peut-être), le GPA moyen des habitués des L est le plus élevé, à 3,22.  A la lecture des résultats, il semble indéniablement que les partisans du lit aient une conception bien différente du fun nocturne que leur camarades. C’est d’autant plus triste que ce clivage concerne un aspect central de la vie sur le campus..

En effet, les amateurs du W ou du Z se ressemblent fortement. S’il n’y avait vraiment « qu’un bar », ce serait visiblement le Wunder, qui remporte l’adhésion de 44% des sondés tandis que le Zinc est le favori des 37% restants. Notons d’ailleurs que l’endroit où on ne peut pas poser ses coudes attire plus les filles que le W, comme quoi le marketing du « Bonheur des Zoulettes » est payant ! Mêmes habitudes de « poly-consommation », mêmes motivations pour aller en POW, même satisfaction lors du jeudi soir, la guéguerre des bars de l’école oppose des fidèles qui sont semblables. Une soirée cross-over WZ aurait donc tout son sens.

Pourtant, le « zinqueux » se veut un poil plus extrémiste. Il sort 2,8 fois par semaine (2,4 pour le W), participe à 3,2 Pow par mois (2,7 pour le W). Il avoue également boire trop (belle moyenne Z de 3,8/5 à la question 9) et il est même le plus susceptible de faire boire les autres (voir question 11). En effet, ils représentent 50% des sondés ayant déclaré avoir expérimenté la PLS ou ayant encouragé les autres à aller visiter les gars sûrs du SAMU.

Ces résultats sont à mettre en perspective avec la perception de l’alcool comme un facteur d’intégration à HEC. 80% de ceux préférant le Zinc adoptent en effet ce point de vue, contre 70% des habitués du W. Il est ainsi peu étonnant qu’ils cherchent à ne pas avoir de limite concernant leur vie nocturne. De même, on retrouve au Z les plus « corpo » d’entre nous, puisque 43% déclarent aller en POW pour des événements d’asso, après des échauffements au D2/3/4 pour 15%. C’est dans le cas deux fois plus que la moyenne du reste. Ce sont également les HEC les plus réfractaires aux soirées inter-écoles, et les plus amoureux de la Kfet telle qu’elle est.

En somme, rien d’étonnant à ce que plusieurs profils, (et même sous-profils non abordés ici), se retrouvent à HEC. L’enjeu est désormais de faire en sorte que le cocktail « vie nocturne » et « vie sociale » ressemble plus à un verre de l’amitié qu’à une boisson visiblement amère pour certains

5. Corrélations avec l’année d’études

Les corrélations avec l’année d’études offrent quelques résultats intéressants, mais qui pouvaient en partie être intuités : les L3 sont ceux qui préfèrent le POW, avec 3 pows par mois en moyenne, alors qu’on frôle les 2 POWs par mois pour les M2. Les motifs pour aller en POW varient aussi selon les années: les VM et 3A sont 22% à aller au POW pour chopper – sûrement par peur de finir célibataire sachant la réputation d’agence matrimoniale qu’a HEC… Sans surprise, les L3 (pour sociabiliser), et les M2 (car ils sont peu nombreux à venir), viennent aussi souvent au POW pour rencontrer des gens. Néanmoins, les perspectives d’évolution du POW varient selon les promos: les L3 veulent plus de soirées interécoles ou ouvertes aux extés, alors que les M2 semblent nostalgiques, leur âge canonique les faisant sombrer dans la doctrine du « c’était mieux avant » ou plutôt du « c’est bien comme c’est »: 29% d’entre eux trouvent qu’il ne faut rien changer aux traditionnels POWs en KFet, contre 19,5% en moyenne. Enfin, les M2 – forts de leur stage de césure en finance ou en M&A, sont – de loin – ceux qui consomment le plus de drogues dures, avec 16% des sondés contre 7% à l’échelle du campus !

6. Corrélations avec la GPA.

Sortir nuit-il à votre GPA ? Chaque lendemain de POW ou de Zinc, le même dilemme : aller à ce cours de compta ou plutôt prolonger sa nuit ? Allez, cette fois tu n’y vas pas, et tant pis pour le GPA. De toutes manières personne ne sait à quoi ça sert. L’imaginaire collectif d’HEC pense sûrement que ceux qui sortent le plus sont aussi ceux qui accumulent le plus les E et les F. En gros, mais pas seulement.

Il est vrai que ceux qui sortent le plus (3 fois par semaine en moyenne et 3 à 4 POW par mois) se trouvent en majorité parmi ceux qui commencent à se demander s’ils vont valider (2 à 2.5 de GPA). Rassurez-vous, ils représentent une minorité d’entre nous (5%). Il est clair que leur consommation d’alcool ne les aide pas à se concentrer en cours. Leur projet : se mettre une race (avec 75% d’entre eux qui choisissent cette raison pour aller en POW, c’est largement plus que les autres groupes qui tournent entre 50 et 60%). Leur méthode : boire de l’alcool, beaucoup d’alcool (on est sur les mêmes bases avec 75% qui boivent au moins 7 verres contre 50 à 60%) et inciter les autres à en boire (pour 25% d’entre eux contre 8 à 12% pour les autres). Peu étonnant puisqu’ils sont ceux qui pensent le plus que l’alcool est un facteur d’intégration (80% ont mis au moins plutôt oui). Mais ils restent honnêtes puisqu’ils pensent que leur consommation est excessive. Ce profil est surtout très nettement celui d’un garçon (64% alors que les autres catégories sont paritaires) en 1A (54%) issu d’une grande prépa privée (57%) ou hors contrat (10%). Pour ceux qui auraient lu l’étude de Yves-Marie Abraham, il n’y a qu’un pas pour y voir la catégorie 4.

Certes, mais cela veut-il dire que les travailleurs sont des marginaux cloitrés dans leur chambre ? Il faut d’abord noter que les 3A sont plus présents dans cette catégorie qu’ailleurs, ce qui nuance les résultats. Il ressort que les meilleurs élèves sortent en moyenne deux fois par semaine, autant que le nombre de POW auxquels ils se rendent chaque mois. Cette moyenne cache cependant le fait que près d’un tiers d’entre eux ne sort jamais par semaine, nettement plus que dans les autres catégories. Ils vont davantage en POW pour danser que pour discuter contrairement aux autres catégories, boivent un peu moins (84% entre 3 et 15 verres). Puisqu’ils fument peu (les 2/3 ne fumant jamais), ils approuvent moins les pôles salades (27% pas du tout).

Ces deux premiers groupes nous permettent de dire que d’une manière générale – et cela ne surprendra personne – si l’on veut exceller académiquement à HEC, il vaut mieux prendre du temps pour travailler et éviter de trop boire pour être plus actif en cours. Intéressons-nous désormais à la plus grande partie des HEC, qui se trouve entre les deux.

Le gros des HEC oscille entre 2,5 et 3,5 de GPA (64% du total), en tendant davantage vers les 3,5 (46%). Ces deux groupes (entre 2,5 et 3 et entre 3 et 3,5) présentent des profils très similaires et il n’est donc pas abusif de les mélanger. Si l’on a entre 2,5 et 3,5 de GPA, on est plutôt du genre à sortir plusieurs fois par semaine (entre 2 et 3 en moyenne). Ceux qui se rapprochent des 3,5 sortent un peu moins (2,33 soirs par semaine car 26% ne sortent qu’une fois contrairement à 16% pour les autres), ceux qui se rapprochent des 2.5 sortent plutôt plus (2,71 soirs par semaine car 10% le font jusqu’à 5 fois). On va en moyenne à 3 POW par mois (2,8) car il faut bien respirer. Et on y va pour les mêmes raisons : discuter (70%), se mettre une race (60%) car notre consommation d’alcool est excessive (52 à 57% ont mis 4 au moins), choper (16%) mais pas trop (60% de 0 à 2 fois) et pour les assos (34%). Les plus studieux sont aussi les plus danseurs (72% contre 63%). Finalement, on est plutôt satisfait des POW (3,1 de moyenne). La différence se fait à la marge puisque les moins studieux sont aussi ceux qui fument le plus – mais paradoxalement approuvent moins les pôles salades – et considèrent que l’alcool est moins un facteur d’intégration. La réponse à ce possible paradoxe (plus buveur, mais pas dans une optique d’intégration a priori) se trouve certainement quelques lignes plus bas : les moins studieux de cet ensemble viennent en grande majorité des prépas privés (sous et hors contrat). On peut alors supposer que ceux-ci arrivant souvent en grand nombre sur le campus et connaissant mieux les rouages de la vie nocturne, ils éprouvent moins le besoin de boire pour s’intégrer car – d’une certaine manière – ils le sont déjà. Quant aux plus studieux, la forte proportion de prépas publiques parmi eux peut aussi laisser à penser un attachement plus fort à l’académisme voire à la méritocratie ainsi qu’à une connaissance plus parcellaire du monde des écoles de commerce et donc le besoin de garder contact avec l’excellence académique.

En complément : analyse en composantes principales

En complément de ce qui précède, nous proposons au lecteur les graphes ci-dessous qui résultent d’une analyse en composantes principales, méthode introduite et décrite dans le QPV#2, partie IV-6. Les représentations ci-après ont l’avantage de proposer une représentation graphique des tendances décrites en amont.

Nous nous concentrons sur l’étude de deux dimensions principales, qui capturent 61% de variance totale sur 7 variables distinctes. Elles sont décrites par le cercle des corrélations ci-dessus. Ces axes servent de base aux 5 graphes qui suivent.

  • Dimension 1 : les individus les plus à droite de l’axe horizontal boivent beaucoup en soirée, estiment leur consommation d’alcool déraisonnable, sortent de nombreuses fois par semaine et fréquentent les POW assidument. Réciproquement, les individus les plus à gauche boivent peu et sortent peu.
  • Dimension 2 : les individus les plus en haut de l’axe vertical sont des fumeurs réguliers. Ils sont également les plus favorables au maintien des « pôles salade » dans les campagne BDE, BDA, JE. Cet axe est également influencé de façon plus marginale par d’autres facteurs comme le nombre de choppes (les plus en haut choppant peu).

Le graphe de droite place les différents individus en fonction de leur GPA actuel à HEC. Les individus au GPA le plus élevé sont les plus à gauche sur l’axe 1, ce qui confirme une corrélation très nette entre nombre de sorties élevé, consommation d’alcool importante, et GPA faiblard.

Le graphe de gauche place les différents individus en fonction de leur consommation de drogue : il distingue les consommateurs de drogues douces ou légales, de cannabis, de proto, de drogues dures, et enfin ceux qui ne consomment aucune de ces propositions. Les consommateurs de cannabis / de drogues dures semblent sortir plus souvent et boire plus d’alcool que la moyenne. Ils sont également plus majoritairement fumeurs réguliers et favorables au maintien des traditionnels pôles salades. Les consommateurs d’autres drogues douces ou légales ne sortent pas plus que la moyenne, en revanche ils sont moins fumeurs de tabac que la moyenne et sont les plus défavorables au maintien des pôles salade.

Le graphe de droite place les différents individus en fonction de leur prépa d’origine. Il montre que les individus issus de prépas privées (grosse privée, ou privée hors contrat) sont clairement les plus gros sorteurs / buveurs de ce campus. Les étudiants issus de prépa privée hors contrat se distinguent aussi par leur sympathie envers les « pôles salades » et par leur consommation régulière de tabac, là où les étudiants issus de grosse prépa privée se montrent les plus modérés et défavorables de notre panel ! Les étudiants issus de grosse prépa privée ou de prépa provinciale sont dans la moyenne sur tous ces sujets. Enfin, les AD ou les étudiants issus de petite prépa publique parisienne ou de petite prépa privée sortent peu et boivent peu mais sont plus majoritairement fumeurs et favorables aux pôles salade que la moyenne.

Le graphe de gauche distingue les individus selon leur sexe. Si les individus des deux sexes ne se distinguent pas franchement lorsqu’il est question de fumette et de pôles salades, il apparaît néanmoins que les garçons sortent plus fréquemment et boivent davantage que les filles.

Le graphe de droite présente les individus en fonction de leur réponse à la question « Wunder ou Zinc ? ». Les individus qui répondent Zinc sont clairement les plus gros sorteurs et buveurs, tandis que les individus qui répondent Wunder sont plus modérés sur la question. Ceux qui répondent « Mon lit » sont clairement en retrait sur ce sujet : ils boivent très peu, sortent très peu, ce qui ne surprend pas. En revanche, aucune différence n’est lisible sur l’axe 2 entre ces trois sous-catégories, celui-ci étant parasité par d’autres variables. Néanmoins, les chiffres en annexe révèlent que les soutiens du Zinc sont les plus gros fumeurs et les plus fervents soutien du pôle salade, à l’inverse des soutiens du Wunder et plus encore de ceux qui nouent une relation passionnée avec leur lit.

Notes

  1. Source : Le Monde
  2. Source : Comité National Contre le Tabagisme
  3. Dont le faible nombre parmi nos votants pose quand même une interrogation sur la validité de ces résultats
  4. Ce sont les « before » des soirées.
  5. Bars à bière
  6. Rappelons ici que notre sondage ne touche que les étudiants francophones, et que la catégorie AD/DD/IS compte donc probablement peu de répondants IS
  7. C’est-à-dire supérieure à 3/5, qui correspond à la neutralité
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