QPV#16a Cours

Analyse des résultats

Dans le QPV#6 Satisfaction générale réalisé en mai 2018, 79,6% des étudiants interrogés se déclaraient déçus par les cours à HEC. Ce nouveau sondage est l’occasion pour nous d’approfondir les sources de cette insatisfaction, dans une démarche qui se veut aussi constructive que possible.

De votre cours préféré à celui que vous détestez le plus…

Sans surprise, la finance d’entreprise sort largement vainqueure du concours du cours le plus satisfaisant. 39% des étudiants ayant suivi le cours le décrivent en effet comme leur cours préféré. Toutefois, il faut croire que le cours de finance d’entreprise est comme la prépa : plus sympa une fois que c’est derrière nous, puisque là où 41% des étudiants ayant fini le cours lui ont accordé le titre suprême, les L3 – futurs GEP M1, qui triment actuellement sur les questions de point mort et autres ROCE, ne le classent même pas premier, lui préférant Excel 1. Cela s’explique sans doute par l’investissement que requiert le cours, et par le fait que les étudiants ne puissent s’apercevoir qu’assez tard dans le cours de ses applications concrètes. En tout cas, une fois fini, il fait carton plein. Derrière le sacrosaint cours, Droit des contrats, Excel 1 et Stratégie prennent les places d’honneur, les premiers étant bien aidés par les L3, qui les plébiscitent, peut-être faute de mieux. Leurs résultats sont néanmoins loin d’égaler ceux de la Corpfin.

Globalement, le point commun de ces quatre cours est leur applicabilité directe dans des métiers dans lesquels se retrouvent les HEC. Cela se confirme a contrario, puisque les cours trouvant le moins d’application dans les carrières-types des HEC sont aussi ceux qu’il est le moins fréquent d’apprécier : micro et leading notamment. Ce phénomène s’autoentretient d’année en année, et repose en fait sur des croyances, dès lors qu’assez peu d’étudiants ont avant la fin de leur M1 une véritable expérience significative pouvant leur prouver l’utilité de ce qu’ils apprennent, c’est donc là une forme de spéculation, certes éclairée par les retours des aînés et les préparations pour les processus de sélection. A cet égard, il reste assez déconcertant de voir que la comptabilité est le 5ème cours préféré des HEC, ce qui est sûrement dû au fait que la matière est réputée utile, sans pour autant qu’elle semble passionner grand monde.

Au rayon de l’opprobre, la leading semble aussi agréable qu’une gueule de bois en anglais à 9h le vendredi, et domine d’assez loin cette triste catégorie : le seul véritable cours de management obligatoire à HEC est choisi comme pire cours par 38% des gens l’ayant suivi (ou plutôt subi, visiblement). Prend sa suite la micro (12%, et 27% chez les L3), puis un peloton très dense de matières entre 6% et 8%. Certaines matières ne semblent avoir été détestées par personne, nommément Excel 1, Droit des Contrats, Droit des Sociétés et Finance d’entreprise, qui décidément a la cote comme Deloitte aux Carrefours. Le constat émis plus haut tient toujours, les cours les plus facilement perçus comme utiles attirent moins de critique.

  • La corrélation avec l’année d’études montre principalement l’attachement au présent et au passé proche : si on prend les M1 seuls, les 4 cours les plus rejetés ont été étudiés dans le dernier semestre : la répulsion à l’égard de la MCA notamment se dissipe totalement par la suite, chez les ainés. A contrario, la stratégie est la deuxième matière préférée chez les M1 (+2 places par rapport aux résultats généraux), et la finance d’entreprise y acquiert une avance digne des plus belles démocratures : près d’un M1 sur deux désigne le cours comme son préféré (47%). Une fois l’année de césure passée, les résultats varient un peu, mais les cours de finance d’entreprise et de stratégie (qui double pratiquement son score moyen sur les VM+M2) continuent à truster les premières positions : attendez-vous sûrement à faire des analyses de Porter et des analyses financières en césure !
  • La corrélation avec la GPA n’est pas concluante, sauf sur les profils extrêmes (>3,75 et <2,5 de GPA). Pour ceux qui ont autant de E sur leur transcript que dans La Disparition de Pérec, il est flagrant de constater un véritable désamour pour la stratégie, citée par 20% des intellos comme le pire cours, qui en viendrait presque à rivaliser avec leading (23%). Parallèlement, seuls 5% d’entre eux désignent la strat comme le meilleur cours, contre 11% en moyenne : c’est peut-être le côté bullshit et superficiel de la matière qui fait défaut pour ces étudiants, chez qui les matières les plus mathématiques ou concrètes (droit) surperforment systématiquement leur score moyen. Au contraire, leurs cousins entre 3,5 et 3,75 de GPA sont des passionnés de strat, de quoi laisser songeur : ceux qui aiment la strat sont donc les étudiants bons en cours, sans être excellents pour autant. Chez les habitués des rattrapages et, dans une moindre mesure, les étudiants à moins de 3 de GPA, le mépris pour la leading est moindre, remplacé par une haine inconditionnelle des matières financières, les plus mathématisantes. Une corrélation sur la filière d’entrée aurait peut-être pu mettre à jour que ces étudiants sont peut-être issus plus fréquemment de filières littéraires, pour qui le contenu maths des matières financières est rarement synonyme de bonne performance académique. Tout simplement sinon, il peut s’agir d’étudiants rejetant massivement HEC et ses cours, ayant en particulier des opinions allant à contre-courant des avis habituels, ce qui se reflète dans les projets professionnels. En effet, on ne trouve aucun futur financier à moins de 2,5 de GPA parmi nos répondants, et les sharks ne représentent que 8% des étudiants à moins de 3 de GPA (15% en moyenne sur l’échantillon). Ces étudiants au profil plus atypique pourraient donc tout simplement ne porter aucun intérêt à la finance notamment, matière sur laquelle HEC insiste le plus (12 ECTS obligatoires). Concluons avec une ultime hypothèse : les étudiants à la GPA fragile pourraient avoir de la rancoeur envers les matières qu’ils ont dévalidées. En effet, financial economics et markets, souvent dévalidées, sont aussi les plus violemment réprouvées par les <3 de GPA, alors que des matières réputées faciles à valider comme Droit des Contrats ont la cote (c’est même leur matière préférée). Comme bien souvent, la vérité est certainement une explication plurifactorielle incluant notamment ces trois pistes.
  • Le secteur professionnel donne lieu à quelques particularités intéressantes. Ceux qui visent les affaires publiques sont plus nombreux que jamais, peut-être notamment à cause de l’effet d’autopersuasion des candidats à Sciences-Po, qui ont du mûrir pour leur entretien un projet dans les affaires publiques qu’ils n’avaient peut-être pas par le passé. Leur profil est assez logique au vu de leur probable statut futur de fonctionnaire, aimant relativement plus le droit, et moins la finance d’entreprise (-7 points sur le cours préféré) et la financial economics (2ème matière la moins aimée derrière leading). De façon assez surprenante, alors que ces étudiants ne visent pas nécessairement des fonctions de management, Leading n’est pas blâmé plus qu’à l’accoutumée. Sans surprise en revanche, les futurs consultants aiment plus qu’en moyenne la strat (15% contre 11% en moyenne) et la finance d’entreprise, alors que la leading leur a servi de défouloir (32% des sondés la jugent comme la pire matière) : il ne faut pas confondre le bon bullshit stratégique, et le mauvais bullshit de leading. Les futurs sharks de Londres et Wall Street ont évidemment une affection particulière pour les 3 cours de finance, et notamment la finance d’entreprise qui bat des records (72% de love parmi ceux qui ont eu le cours) combiné à une haine de la leading qui paye les pots cassés, la matière ayant été la moins appréciée par 51% des futurs financiers l’ayant eue. Au total, on a donc en réalité 2 profils parmi les 3 filières majeures qui se sont dégagés : les futurs fonctionnaires d’une part, amateurs de droit et condamnant sèchement les matières traditionnelles HEC, et les futurs consultants et financiers, qui apprécient ces cours traditionnels en premier lieu desquels la finance d’entreprise, avec option strat pour les premiers, et financial pour les seconds. Finalement, les seuls qui n’aiment pas la finance d’entreprise, ce sont ceux qui ne veulent pas travailler dans un des secteurs répertoriés par QPVHEC : la FE y obtient son résultat le plus bas, avec 22% de fans, à égalité avec la strat : plus le secteur professionnel désiré est loin des secteurs majoritaires après HEC, moins la finance d’entreprise a la côte.

Pourquoi les cours à HEC sont-ils critiqués ?

Les réponses très majoritairement données par les élèves sont celles qui avaient déjà été partiellement évoquées dans le QPV#6a : le contenu des cours n’est pas assez intéressant pour 81% du panel, il semble inutile pour 66% d’entre eux. Plus surprenant, les élèves semblent avouer leur part de responsabilité dans la situation, éminemment sociale et due à la position défavorable qu’occupent les cours à HEC, visible à la fois à la méfiance envers des internationaux réputés truster les « A » et à un certain dédain vis-à-vis des étudiants au GPA le plus élevé. 73% du panel pense que les élèves ne font pas suffisamment l’effort de s’intéresser au cours : parlant.

Avant de s’appesantir sur cette dernière statistique, peut-être une des plus marquantes de tous les QPV, revenons rapidement sur les propositions les moins choisies : les profs sont à peu près disculpés (seul 1/3 des étudiants critiquent leur compétence), alors que la légèreté de l’emploi du temps, la facilité de valider, et la faible charge de travail ne semblent avoir qu’un impact très marginal.

73% du panel pense donc que les élèves ne font pas suffisamment l’effort de s’intéresser au cours. Ce constat, visible par l’évidente mauvaise volonté perceptible quand aucune main ne se lève pour répondre aux questions en certains cours, trouve son origine dans une peur d’être mal vu, et s’autoentretient : comme personne ne participe, les personnes qui participent effectivement sont d’autant plus vite catégorisées comme des polars, décourageant du même coup les autres étudiants de participer. Rares sont les élèves qui font les devoirs, préparent les cas, et assument de le faire, de la même manière (votre serviteur le rédacteur le premier, d’ailleurs). En bref, les étudiants brillant en cours et participant ne sont plus, comme dans certaines prépas, valorisés. Prendre conscience que le problème vient aussi de nous, les élèves, a quelque chose de positif.

Le problème, c’est que les élèves qui dénoncent le manque d’implication des étudiants ne sont pas exactement a priori ceux qui fustigent les cours : plus nombreux parmi les élèves à haut GPA (75%), les anciens qui se rendent peut-être mieux compte avec le recul du manque d’implication des élèves (84% des VM et M2 pointent les élèves du doigt), et les élèves dont le projet professionnel rend intéressant les cours à HEC (81% parmi les futurs financiers), le constat de l’attitude problématique des élèves fait moins consensus chez les L3, les élèves à faible GPA et au projet atypique, c’est-à-dire ceux qui ne sont déjà naturellement pas intéressés par les cours, même s’ils restent nombreux à déplorer le manque de bonne foi dans l’approche des cours par les étudiants.

Toutefois, l’administration et la maquette pédagogique ont évidemment une lourde part de responsabilité aussi. La question de l’intérêt porté aux cours, la plus problématique selon le panel, trouve peut-être en partie sa réponse à la question suivante, sur la possibilité de supprimer des cours du tronc commun pour approfondir les matières déjà étudiées. Assez unanimement soutenue (près de 4/5 de moyenne), homogène quelle que soit la corrélation, ce résultat semble lui aussi capital : les étudiants veulent plus approfondir les matières apprises, là où HEC ressemble souvent trop à un patchwork de différentes initiations et introductions. Cela peut par ailleurs expliquer l’absence de participation dans certains cours : trop introductifs pour être intéressants, nécessitant souvent un apprentissage des concepts, les étudiants ont la flemme de participer pour donner le résultat d’une multiplication. S’il est vrai que HEC se revendique comme une école hyper-généraliste, il n’en reste pas moins qu’approfondir les cours pourrait se révéler une stratégie payante pour lutter à la fois contre la faible densité de contenu, et contre le désintérêt scolaire. A l’heure actuelle, il n’est pas interdit de se demander pourquoi un élève s’intéresserait aux cours, en l’absence de réel enjeu scolaire, la sélectivité pour les doubles-diplômes ne se jouant en fait même pas vraiment sur le GPA, qui au mieux sert de premier filtre. Rajouter du contenu dans les cours les rendrait donc logiquement plus attractifs pour les HEC, qui plébiscitent cette solution, quitte à ne plus aborder certaines matières spécifiques qui ne concerneront pas un grand nombre d’entre nous (supply, macro, micro…). Un modèle intéressant pourrait être celui des complementary management courses de M1, où les étudiants décident d’approfondir 2 matières parmi Excel 2, Gestion Fiscale, Compta 2, Ethique et durabilité et Management digital. Etendre ce modèle à tous les cours de M1 pourrait permettre un approfondissement dans toutes les matières pour les étudiants, dans un contexte où la L3 donne des bases solides.

Au-delà de cela, l’efficacité de cette méthode peut être démontrée preuve à l’appui avec le cas de la finance d’entreprise : pourquoi cette matière plait-elle autant ? A mon avis, parce qu’à la fin du cours, l’étudiant sait réaliser quelque chose hors d’un modèle simplifié, seul. Parce qu’en fait, le cours de finance d’entreprise approfondit la partie d’analyse financière du cours de comptabilité, en reprenant des bribes des cours passés en finance. C’est en fait un des rares cours à HEC qui réutilise des connaissances de cours antérieurs, qui repose sur des prérequis, qui ne part pas de 0.

Finalement, un renouveau d’amour pour les cours pourrait se déclarer si les cours étaient réellement approfondis, ce qui est très compliqué dans la mesure où – en arrivant à HEC – personne ne connaît rien au monde du business et dans la mesure où HEC revendique le caractère pluridisciplinaire de ses diplômés, or cela passe par l’acceptation de l’impasse sur certains cours qui ne semblent pas essentiels pour tous, afin de permettre à chacun d’assister s’il le souhaite à Finance 2, Strat 2, Excel 2, par exemple.

Enfin, le manque de contenu et d’intérêt du cours est (cf QPV#6a) explicable par l’absence d’ascétisme habitant les cours à HEC, condamnés au pratique et s’échappant du théorique, qui ne mènent les étudiants ni à se sentir intelligents, ni à se sentir cultivés, contrairement aux cours de prépa. De plus, au vu du contingent de wannapublics, il serait grand temps que HEC cesse de camper sur ses positions de business school pour donner a minima des électifs, a maxima des cours obligatoires sur les affaires publiques : ce ne serait pas plus absurde que les cours de supply, après tout. Evidemment, comme vu dans les précédents QPV (notamment le 11a, montrant que 70% des HEC seraient prêts à prendre un électif purement culturel au détriment d’un électif plus corpo), des électifs de géopolitique ou à dimension culturelle (philosophie non accompagnée d’un coulis de management bullshit ; Histoire de l’Art) feraient un bien énorme à l’offre de HEC, même si l’on peut saluer les efforts en train d’être réalisés (Géopolitique du Moyen-Orient, de l’Amérique Latine, The Global Revolution of TV Series, O For a Muse of Fire) : les choses semblent aller dans le bon sens, reste maintenant à comprendre pour les étudiants que ces choses prendront du temps pour Academic Affairs.

Que pensent les HEC de l’assiduité obligatoire ?

La question divise énormément les étudiants, au vu de la répartition parfaitement homogène. L3 et M1 sont très partagés sur le sujet, seuls les VM et M2 se prononcent plutôt en faveur d’une assiduité à la carte. Toutefois, les réponses à cette question font émerger 2 grands profils scolaires  diamétralement opposés parmi les HEC. En effet, les anti-assiduité obligatoire sont clairement des déçus des cours : majoritairement, ils travaillent moins de 2h par semaine et sont intéressés par un emploi du temps de moins de 15h. Ils sont également de fervents partisans des MOOCS et de l’ordi en cours. À l’inverse, les pro-assiduité obligatoire, eux, semblent beaucoup plus intéressés par le contenu académique. Ils réclament majoritairement des emplois du temps de plus de 15h par semaine, sont plutôt opposés à l’ordinateur en classe, et travaillent plus de 2h par semaine. Il sera donc difficile pour Academic Affairs de satisfaire ces deux profils en même temps. 

Quel emploi du temps souhaitent les HEC ? 

Globalement, les HEC réclament à plus de 80% un emploi du temps entre 10-20h par semaine, qui permet d’apprendre un peu, sans trop se fatiguer, tout en pouvant se consacrer à une vie associative épanouie. Toutefois, le volume horaire souhaité augmente fortement avec les années. En effet L3 (hors licence/gep L3) et M1 veulent plutôt du 10-15h, sans doute à cause des journées à rallonge en prépa dont le souvenir est encore frais, tandis que les VM et M2 se disent plus intéressés par du 15-20h. Eux qui ont connu le monde de l’entreprise, et donc l’application des cours, souhaitent désormais en apprendre plus, leur vie étant souvent de plus vidée de l’associatif. En revanche, une revendication reste unanime au vu des témoignages en champ libre : mieux organiser l’emploi du temps, qui semble pour beaucoup avoir été réalisé par « un algorithme aussi absurde que cruel envers les élèves… ». Pourquoi ne pas tenter de laisser les élèves le choisir ? Certains aimeraient concentrer leur emploi du temps sur deux jours pour ne pas vivre sur le campus et pour sortir à Paris, d’autres accordent une importance prépondérante aux mardis et jeudis aprèm sportifs. Cela permettrait aussi aux HEC de choisir avec qui ils sont en cours, ce qui pourrait rendre l’expérience des cours plus appréciable. 

Les HEC sont-ils scolairement anglophiles ? 

Assez rare pour être mentionné, notre panel est majoritairement satisfait de la proportion actuelle (proche du 50/50) ! Là encore, un zoom par année révèle que ce se sont les VM et M2 qui réclament le plus de cours en anglais, sans doute après en avoir directement expérimenté l’importance durant leurs stages. Il est simplement à noter que le secteur professionnel envisagé influe sur cette question : les futurs sharks voulant travailler en finance-conseil préfèrent l’EBIT (no bad pun intended) au REX, tandis que les futurs fonctionnaires des affaires publics sont plutôt francophiles, en toute logique.

Les cours électifs

Le concept même des électifs semble être globalement apprécié des HEC aux problèmes d’organisation près. En effet, comme nous le soulignions dans les chiffres clés, 86% des répondants souhaiteraient pouvoir choisir leurs électifs avant d’avoir leur emploi du temps obligatoire. Ce problème est ressenti également par tous les HEC, quels que soient leur année d’étude et leur GPA.

En dépit de ce désagrément d’ordre pratique, le principe des électifs est plébiscité par une majorité. Il suffit par exemple de regarder la part des sondés qui souhaiteraient voir les électifs remplacer les cours obligatoires de langues (42%) pour comprendre que ce format de cours convient mieux aux attentes des étudiants. On constate même que plus les HEC avancent dans leur scolarité, plus ils sont nombreux à souhaiter remplacer certains cours obligatoires (les langues en l’occurrence) par des électifs : 34% chez les L3, 41% chez les M1, 49% chez les M2. Ainsi, les étudiants plus âgés semblent valoriser davantage les électifs.

Cette appréciation globale pouvait paraître assez prévisible : le principe de l’électif étant de pouvoir choisir un cours qu’on juge intéressant (en principe du moins), il est logique d’en retirer une plus grande satisfaction que lorsque les cours sont imposés sans tenir compte des préférences individuelles.

Au-delà de ce principe, la diversité de l’offre des électifs pose davantage question. Dans l’ensemble, les HEC sont satisfaits des électifs proposés et les jugent suffisamment diversifiés : seuls 13% estiment que l’offre d’électifs n’est pas du tout assez diversifiée ; a contrario, 4% la trouvent trop diversifiée. 

Si les L3 sont nombreux à se dire satisfaits de la diversité des électifs proposés (seuls 34% n’en sont pas pleinement satisfaits), l’insatisfaction grimpe à mesure que l’on avance dans les années : ainsi 40% des M1 ne trouvent pas les électifs assez diversifiés – chiffre qui monte à 57% chez les M2.  L’appréciation de la diversité des électifs chute donc à mesure que les HEC avancent dans leur scolarité. Une hypothèse explicative peut être avancée : les jeunes L3 arrivant tout juste à HEC sont saisis d’admiration devant l’offre (quasi) pléthorique d’électifs ; cependant au fil de leur scolarité, ils se rendent compte de la vacuité d’une partie de cette offre (voir le QPV#13 sur le électifs). Par ailleurs, l’essentiel de cette offre restant identique d’année en année, le nombre d’électifs non-explorés se réduit à chaque semestre passé à HEC.

Un certain paradoxe semble cependant poindre : la part d’étudiants souhaitant remplacer les cours de langues obligatoires par des électifs s’agrandit à mesure que l’on monte dans les années d’étude (34% chez les L3 ; 41% chez les M1 ; 49% chez les M2). Ainsi, plus on avance dans sa scolarité à HEC, plus on valorise les électifs et désire leur faire prendre de la place (en remplacement de certains cours obligatoires par exemple) ; mais aussi, plus on est déçu par l’offre d’électifs, comme évoqué plus haut. La déception face au manque de diversité des électifs est sans doute d’autant plus grande que les étudiants accordent de la valeur au principe des électifs

Il convient finalement de constater que l’appréciation des électifs, dans leur principe comme dans la diversité de leur offre, ne semble nullement corrélée au niveau de GPA. Mais peut-être serait-il abusif d’en conclure que les électifs sont jugés pour eux-mêmes indépendamment de leur potentielle influence sur le GPA ? On peut du moins estimer que, les électifs étant par définition choisis, chaque étudiant peut adapter son choix à son investissement scolaire – électif et GPA seraient donc décorrélés.

Les cours de langues

La forme même de l’enseignement des langues à HEC est largement critiquée par les étudiants. Notons de prime abord que les sondés se disent en majorité (52%) satisfaits de la part de cours obligatoires dispensés en anglais (comme par exemple les financial markets) ; ils ne sont que très peu à trouver cette proportion très insuffisante (6%) ou au contraire largement excessive (4%). Il n’y a donc pas de rejet des cours en langue étrangère en eux-mêmes.

Cependant, le format de l’enseignement des langues – à savoir des cours obligatoires de LV1 et de LV2 – est loin de faire l’unanimité. 37% des sondés en sont satisfaits ; parmi eux, près d’un tiers souhaiteraient même en augmenter le volume horaire. Mais pour la majorité, mieux vaudrait changer de format. Pour le remplacer, plusieurs possibilités : les électifs dispensés LV1 et LV2 sont l’option la plus plébiscitée (42% des sondés), très loin devant les MOOC de langues qui ne séduisent qu’une très petite minorité (5%). Enfin, une part non négligeable des HEC (17%) supprimeraient volontiers les cours de langue sans chercher à les remplacer.

Plus les étudiants sont âgés, plus ils sont nombreux à vouloir remplacer les cours de langue par des électifs en langue étrangère : 34% des L3 seulement sont favorables à ce changement, contre 50% des VM et M2. Les cours de langue obligatoires semblent donc séduire davantage les HEC les plus jeunes : peut-être est-ce lié à leur plus faible recul par rapport à l’enseignement scolaire des langues qu’ils ont toujours connu. En revanche, on ne remarque aucune corrélation significative entre l’appréciation du format des cours de langue et le niveau de GPA.

En ce qui concerne le contenu de l’enseignement des langues, les HEC se montrent plus que jamais partagés – en cinq groupes de taille comparable. 24% attendent un contenu professionnel (CV, entretien…) ; 22% une ouverture culturelle ; 20% des updates sur l’actualité ; 18% du vocabulaire et de la grammaire ; 16% n’en attendent rien du tout, si ce n’est la simple suppression de ces cours.

Étonnement, les VM et les M2, qui pourraient sembler le plus éloignés de la prépa, sont les plus nombreux à attendre des cours de langues un contenu proche de celui des cours de prépa (vocabulaire et grammaire) : 23%, contre 3% seulement chez les L3. Un retour aux bases semble donc désirable… et ce, même, si ce n’est surtout, parmi les GPA les plus élevés : 28% des étudiants ayant un GPA supérieur à 3,75 sont favorables à des contenus scolaires de type prépa ; c’est deux fois plus que les étudiants de GPA inférieur à 2,5. La maîtrise de la langue en elle-même, dans sa syntaxe et son vocabulaire, semble donc l’objectif principal des étudiants lorsqu’ils montent en âge et en GPA.

Les attentes en termes de forme et de contenu de cours se recoupent dans une certaine mesure. On constate en effet que les HEC qui attendent des cours de langues de type prépa (grammaire et vocabulaire pour l’essentiel) sont les plus favorables à la forme actuelle des cours de langues obligatoires (54% d’entre eux). Au contraire, ceux qui préfèrent un contenu culturel ou des ouvertures sur l’actualité approuvent beaucoup moins largement ce concept de cours de LV1/LV2 (41% seulement). Il y aurait d’une part les HEC favorables à un enseignement des langues très scolaire dans sa forme comme dans son contenu, et d’autre part les HEC défendant un enseignement plus ouvert et libre dans ces deux aspects

Quel degré d’investissement exiger en cours ?

L’utilisation de l’ordinateur divise. Deux argumentaires s’opposent : l’un explique que sans ordinateur on est forcé d’écouter et on peut venir à s’intéresser à des cours qu’on n’a aucune chance de suivre avec Messenger à portée de clic et un record à éclater sur 2048. Puis, ce n’est pas un choix cohérent de la part des professeurs : c’est un suicide de l’institution dans sa vocation véhiculer un enseignement que de nous laisser faire les zombies en cours. L’autre soutiendra qu’à l’âge que nous avons, nous avons le droit de choisir d’être assidu ou non, que chacun est libre de faire ses choix. Il semble qu’il faudrait pousser la logique plus loin : la présence en cours devrait-elle être obligatoire ? c’est la question qui en découle, et sauf à défendre les ordinateurs pour leur qualité d’outils pédagogiques (mais je pense que peu de personnes défendent cette idée), la cohérence les pousse à défendre la fin de la présence obligatoire (40% des pro-ordinateurs sont contre l’assiduité obligatoire, contre 23% des répondants).

Si les anti-ordinateurs ont des similarités avec les pro-ordinateurs : les deux catégories travaillent nettement moins que les autres, sont plus demandeurs d’électifs diversifiés, et sont très favorables au MOOC. Les anti-ordinateurs sont nostalgiques des bons vieux cours avec du contenu… ne trouvant pas ce qu’ils cherchent dans les cours d’HEC, ils s’en désintéressent souvent. Mais ils attendent de l’institution qu’elle se reprenne et accomplisse son rôle, qu’elle soit une « vraie » école. Ils sont plus demandeurs de cours et d’électifs que la moyenne. Ils sont aussi plus critiques aussi envers l’attitude des élèves. Se dessine finalement un profil en faible adéquation avec HEC : des élèves qui attendent des cours assez théoriques et veulent faire d’HEC d’être une école plus similaire à celles qu’ils ont fréquentées précédemment. Ils se tournent d’ailleurs aussi vers des professions moins HEC : moins de finance et de conseil, plus de public et de « autre ».

On voit chez ceux qui tiennent à utiliser leurs ordinateurs l’envie d’un parcours personnalisé : beaucoup plus que la moyenne ils trouvent que l’offre d’électifs n’est pas assez diversifiée (23% de réponse 1 à la question, contre 13% dans tout le panel). Ils attendent de l’institution qu’elle s’adapte à eux, et non l’inverse. Ils demandent moins d’heures de cours en général, et le MOOC leur convient bien : il leur laisse plus de liberté. Paradoxalement, ce sont sans doute eux les HEC les plus typiques : plus que la moyenne ils se destinent à la finance et au conseil, et un moindre pourcentage d’entre eux est indécis ou veut s’orienter vers les affaires publiques. Leur rapport aux cours est assez utilitaire, ils en attendent une préparation à la vie active mais sont conscients des limites des cours en école de commerce. Leur préparation pour la vie active passera, ils en sont conscients, aussi et surtout pas la vie associative et les stages.

De façon attendue, ceux qui travaillent peu sont peu orientés vers la finance et le conseil, et sont souvent indécis dans leur orientation ; ils sont demandeurs d’emplois du temps moins chargés. Et pas de secret : plus on travail longtemps dans la semaine, plus on a un bon GPA (petite info gratuite, merci QPVHEC !).

Plus étonnant, ceux qui travaillent peu son aussi plus remontés contre les MOOC. Répartis également entre les L3 et les M1, ce sont en fait des personnes qui cherchent le moins d’investissement dans les cours, à s’en préoccuper le moins possible. Au moins une heure de cours quand c’est fini on n’en parle plus, tandis que le MOOC est une épine dans le pied permanente voire un culpabilisateur. Finalement, ce refus du travail peut venir d’une exigence de cohérence de la part d’HEC : on peut être exigeant avec des élèves auxquels on propose une formation de qualité. Mais faute de qualité, on ne peut exiger un investissement des élèves dans des cours qu’on a l’impression d’être pensés plus pour le classement FT que pour les élèves.

Lire la suite : Message à Academic Affairs.