QPV#20 Croyances

Cette enquête a été adressée le 30 avril 2019 aux étudiants francophones du programme Grande École. Un grand merci aux 703 votants. Le formulaire-type est disponible ici.

Chiffres-clefs

  • 70% des HEC ne croient pas en l’existence d’un Dieu associé à une religion. « J’suis devenu riche j’vais racheter ton âme au Diable », Dix Leurres, Damso.
  • 40% des sondés catholiques ne croient pas en le Dieu de la Bible. Par ailleurs, seuls 60% d’entre eux disent pratiquer au moins un minimum. Catholiques zombies.
  • De tous les signes astrologiques, c’est parmi les vierges qu’on trouve le moins de PAMIronie.
  • 55% des HEC se déclarent plutôt ou totalement d’accord avec l’assertion : « La liberté de blasphémer devrait être absolue ». #JeSuisCharlie
  • Parmi les 55% de gens qui se disent pas superstitieux, un tiers confie croire en l’une des 9 superstitions que nous avons listées. Excuse me what the fuck ?
  • La superstition la plus courante est l’existence de vêtements ou d’objets porte-bonheur, avec près de 30% de croyants. Non mais tu comprends, c’est ceux avec lesquels j’ai passé les concours !
  • Seuls 22% des HEC considèrent que les francs-maçons ont un pouvoir important. Et pourtant, ça aide pour trouver un stage hihi.
  • Avec seulement 16% de non-pratiquants, les étudiants se déclarant musulmans à HEC semblent constituer le groupe le plus pieux.

Résultats

Les résultats interactifs sont accessibles en cliquant ici.

Analyse

I – Religion et spiritualité 

1. L’athéisme/agnosticisme, première religion du campus.

45% des répondants déclarent ne s’identifier à aucune religion – ce qui fait des athées et agnostiques (nous n’avions pas distingué les deux dans le questionnaire) le groupe le plus nombreux du campus. Au vu de la forte prégnance de l’irreligion en France, cela n’a en fait rien d’étonnant. Les HEC, chez lesquels la rumeur veut que les « cathos versaillais » soient légion, n’échappent donc en fait pas à la perte de vitesse globale du fait religieux en France. Toutefois, une étude de l’Institut catholique de Paris et de l’université britannique St Mary’s de Twickenham menée en 2018 montre que – parmi les 16-29 ans Français, 23% se revendiquent catholiques et 10% de musulmans, contre 41% de catholiques et 2% de musulmans à HEC : HEC reste donc un bastion de la religion catholique parmi les jeunes Français.

Au-delà de l’identification à une religion, la question de la croyance place encore davantage l’athéisme en tête. Les non-croyants représentent en effet la majorité des HEC, avec 55% des répondants ; 48% ne croient pas en une vie après la mort, 32% pensent qu’il n’y a pas d’entité transcendante.

La religion apparaît même encore plus minoritaire lorsque l’on s’intéresse aux pratiques religieuses : 77% des HEC n’adoptent aucun comportement pour des raisons religieuses. La religion semble donc avoir une place très réduite dans la vie de tous les jours sur le campus. Dans ces conditions, si rien ne permet de douter de la fermeté de la foi de ceux qui se déclarent croyants, l’on peut néanmoins supputer un faible attachement moyen au cadre religieux, à ses traditions et aux obligations qui lui échoient.

2. La religion sans croyance.

Si l’on s’intéresse maintenant aux HEC s’identifiant à une religion, on constate que l’appartenance à une religion n’implique pas la croyance en ses principes. En effet, si 55% des répondants s’identifient à une religion, seuls 30% considèrent qu’il existe une entité transcendante qui soit celle des religions. Ainsi, seulement 59% des HEC se déclarant catholiques croient en l’entité transcendante de cette religion. C’est au sein de l’Islam que ce chiffre est le plus élevé (79% des répondants musulmans croient en Dieu). On peut imaginer que certains étudiants s’identifient à une religion par tradition familiale ou par éducation, plus que par intime conviction – d’où cet écart entre religion et croyance.

L’écart se creuse encore entre appartenance à une religion et pratique religieuse. Seuls 14% des répondants se disent croyants et pratiquants ; 30% se disent croyants et pas/peu pratiquants. La pratique religieuse est donc une pratique minoritaire, même parmi les croyants. À titre d’exemple, l’adoption de comportements particuliers pour des raisons religieuses ne concerne que 32% des croyants pour le comportement le plus répandu (restreindre son alimentation pendant certaines périodes).

3. Les croyants à HEC.

Restreignant encore la population d’étude aux HEC se reconnaissant une religion, notre enquête montre que le catholicisme est la première religion du campus – et de très loin : 41% des sondés (religieux et non religieux) s’y identifient – sont ensuite représentés le judaïsme (3,3%), l’islam (2,7%), le protestantisme (1,85%), le déisme (1,85%), l’orthodoxie chrétienne (1%).

Concernant la pratique religieuse, la part de pratiquants parmi ceux qui s’identifient à une religion est comparable pour chacune de ces religions : entre 20 et 30%. La pratique religieuse la plus adoptée par les HEC est la restriction de l’alimentation pendant certaines périodes : elle concerne 32% des croyants, comme évoqué plus haut : c’est assez logique puisqu’à la fois dans l’Islam (Ramadan) et le Christianisme (Carême), les deux religions les plus importantes, il existe une pratique de privation alimentaire. Viennent ensuite le port de signes religieux, l’interdiction de certains aliments, et finalement l’abstinence avant le mariage (qui ne concerne que 4% des HEC, mais 25% des pratiquants).

Existe-il des différences de pratique selon les religions ? Les HEC catholiques sont ceux qui adoptent le moins de comportements spécifiques pour des raisons religieuses : 67% d’entre eux n’adoptent aucun comportement en lien avec leur religion, contre 26% des juifs et 11% des musulmans (un écart à relier aux différences de prescriptions de ces religions). Un chiffre semble davantage comparable : la conviction que la liberté de blasphémer devrait être absolue – une conviction partagée par 43% des juifs, 42% des catholiques et 37% des musulmans (contre 55% de HEC en général).

II- Superstitions et croyances populaires

  1. Des HEC apparemment insensibles à la superstition…

À en croire leurs réponses, les HEC ne se considèrent pas comme superstitieux : 54% des sondés déclarent ainsi n’être pas du tout superstitieux, 33% ne l’être qu’un peu et 12% seulement l’être assez voire très. Et en effet, la plupart des HEC ne consultent jamais leur horoscope (76% des répondants) ; si 21% le consultent parfois et 3% le consultent souvent, il faut garder à l’esprit que ces chiffrent rassemblent à la fois ceux qui le consultent sérieusement et ceux qui le consultent uniquement pour rire. La superstition serait donc un phénomène marginal sur le campus. Pourtant, on est plus superstitieux à HEC qu’en moyenne en France : 12% des HEC se disent assez ou très superstitieux, contre 7% des Français.

2. … mais qui la considèrent quand même dans les faits.

Pourtant, en considérant la suite des questions, on constate que les HEC ne sont pas aussi insensibles à la superstition qu’ils le prétendent. En effet, s’ils ne consultent jamais leur horoscope, pratique qui apparaît peut-être trop directement reliée à une superstition presque exagérée, une part significative d’entre eux se surprend à dire que « tout arrive pour une bonne raison », parfois pour 35% des sondés, souvent pour 25% ! Cette forme de superstition, plus vague que l’horoscope, semble donc plus répandue. Il s’agit sans doute davantage d’une référence au karma de temps à autre, que d’une croyance solidement ancrée – mais toujours est-il qu’une telle référence existe.

Bien plus, face à une liste de superstitions courantes, une minorité des répondants (47%) ne se disent sensibles à aucune de ces superstitions ! Ainsi, même ceux se considérant comme non superstitieux ne peuvent s’empêcher de se laisser influencer par les superstitions les plus établies… 29% d’entre vous sont donc sensibles aux vêtements et objets porte-bonheur ; puis viennent les étoiles filantes (28%), le fait de toucher du bois (16%), les trèfles à quatre feuille (14%), et enfin les vendredi 13 (10%). Une part significative des HEC est donc sensible aux phénomènes liés aux superstitions !

3. De la prégnance des croyances populaires.

Les HEC semblent également porter du crédit aux croyances populaires les plus courantes : 29% des sondés estiment par exemple que l’homéopathie a des vertus thérapeutiques hors placebo ; 14% croient en l’existence des esprits. Une part relativement importante des étudiants sont donc prêts à croire au-delà de la pure rationalité scientifique.

Quels facteurs sont susceptibles d’inciter les HEC à adhérer à telle ou telle croyance populaire ? En observant le crédit porté à diverses croyances, on peut avancer plusieurs hypothèses. On observe en effet que 43% des répondants croient en l’existence d’une vie extraterrestre : c’est beaucoup plus pour la croyance aux esprits (14%). On peut peut-être y voir une influence de la science : la vie extraterrestre trouve un certain écho scientifique (des traces d’une potentielle vie bactérienne ayant été découvertes sur Mars), tandis que les esprits demandent une croyance beaucoup plus aveugle. Une autre croyance est suivie en masse par les HEC : celle du pouvoir de l’hypnose (47% d’entre vous y croient). Ici, on peut avancer l’hypothèses de preuves empiriques – l’hypnose thérapeutique connaissant un succès grandissant.

Toujours est-il qu’on observe sur le campus une prégnance des croyances populaires au fondement incertain : 34% des répondants cachent leur webcam… Pour autant, bien qu’ils adoptent certaines croyances et pratiques qui ne soient pas purement rationnelles, les HEC sont loin de se considérer consciemment comme superstitieux.

Corrélations

  1. Corrélations entre croyances religieuses et croyances superstitieuses.

L’identification ou non à une religion ne semble pas induire d’orientation particulière dans les réponses aux questions sur les superstitions. Cela se comprend facilement : nous avons vu que l’identification à une religion n’implique pas nécessairement de croyances ou de pratiques marquées.

En revanche, pour les croyants pratiquants, la corrélation est plus nette. Ceux-ci se disent moins superstitieux que les autres : 70% d’entre eux se déclarent non-superstitieux (contre 54% en moyenne). Ils sont aussi moins sensibles aux superstitions courantes, et moins nombreux à croire aux extraterrestres. Cependant, ils croient plus aux esprits que la moyenne, et pensent plus fréquemment que « tout arrive pour une bonne raison ». Les croyants pratiquants semblent donc sensibles seulement à une frange de superstitions et de croyances populaires qui se confond avec le mystique et le religieux.

Les HEC ne s’identifiant à aucune religion sont quant à eux moins superstitieux : cela transparaît à la fois dans la manière dont ils se considèrent eux-mêmes (59% se disent non superstitieux) et dans leurs pratiques et croyances (par exemple 62% d’entre eux ne croient pas du tout aux esprits, contre 50% en moyenne). Pourtant, ils se montrent sensibles à des croyances différentes des sondés religieux : par exemple les non croyants sont beaucoup plus nombreux à croire à la vie extra-terrestre (plus de 50%, contre 35% des croyants).

Enfin, les croyants non pratiquants sont – eux – beaucoup plus sensibles aux superstitions. L’on peut supposer que ces profils ont une fibre, une sensibilité mystique mais non religieuse, ce qui les conduit à croire – peut-être plus souvent en un esprit divin qu’en Dieu à proprement parler, à être superstitieux, mais à refuser la religion ; alors que les pratiquants peuvent voir les différentes formes de superstitions comme autant de minis-sacrilèges animistes. La superstition peut sembler dans le même ordre d’idée qu’un esprit divin, un sens des choses, une croyance en un destin. D’ailleurs, les 12% les plus superstitieux de notre panel sont deux fois plus nombreux qu’en moyenne à penser que « tout arrive pour une bonne raison ».

Le rapport à la religion induit donc des superstitions et croyances populaires spécifiques.

2. Corrélations diverses et variées.

S’il semble très difficile d’établir une corrélation entre genre et pratiques religieuses, on observe une influence significative du genre sur les superstitions : les femmes du campus semblent beaucoup plus superstitieuses que les hommes,  à la fois dans la consciences qu’elles ont d’elles-mêmes (elles sont moins nombreuses à se dire non-superstitieuses), dans leurs croyances (42% croient aux vertus de l’homéopathie, contre 29% des hommes) et dans leurs pratiques (elles cachent davantage leur webcam que les hommes). On peut avancer comme hypothèse explicative que la superstition est construite comme plus féminine que masculine : on trouve par exemple plus fréquemment des horoscopes dans les magazines réputés féminins que dans ceux se voulant non genrés ou masculins.

Autre corrélation intéressante : les élèves passés par une licence de maths sont beaucoup moins superstitieux et sensibles aux croyances populaires que les autres ; ils sont également un peu moins nombreux à s’identifier à une religion. Les autres licences ne semblent pas avoir d’influence décisive. Peut-être les étudiants en licence de maths sont-ils plus cartésiens et rationnels que leurs homologues éloignés des sciences dures ?

Finalement, la corrélation avec le signe astrologique est inévitable. Notons ainsi que les verseaux sont plus superstitieux que les autres (seuls 44% d’entre eux ne sont pas du tout superstitieux, contre 54% pour l’ensemble des répondants), tandis que les scorpions le sont moins (66% ne sont pas du tout superstitieux).  L’influence des astres semble même s’étendre bien au-delà : deux fois plus de béliers ont choisi de partir en GEP L3 que de taureaux ; 30% des sagittaires croient que les francs-maçons ont une influence importante, contre 18% des verseaux ; 8% des verseaux sont PAM, contre 2% des vierges…