QPV#19 Écologie

Cette enquête a été adressée le 16 avril 2019 aux étudiants francophones du programme Grande École. Un grand merci aux 537 votants. Le formulaire-type est disponible ici.

Chiffres-clefs

  • Seules 70% des personnes interrogées confient se sentir concernées par l’écologie. On esp’rait mieux…
  • Europe Ecologie Les Verts est le parti le plus crédible dans sa défense de l’écologie selon 60% des HEC. En même temps c’est quand même marqué dans le nom…
  • 75% des HEC pensent que les verres de RU sont recyclables. Pour faire le tri sélectif, encore faut-il savoir sélectionner correctement. (NB : les consignes de tri peuvent varier selon votre commune de résidence, dans le doute, faites un tour sur www.consignesdetri.fr)
  • 41% des sondés disent « réduire drastiquement leur consommation de viande ». Sounds fake, but ok. On vous voit demander vos steaks saignants au Big Chef les gars, hein.
  • 84% du panel se dit favorable à une forme de protectionnisme vert européen. On est pas censés être ultralibéraux, nous ?
  • 78% des femmes se sentent concernées par l’écologie, contre 66% des hommes. Ecologie, nom féminin.
  • La proportion de gens n’envisageant aucunement de faire une carrière en rapport direct ou indirect avec l’environnement augmente avec le temps : de 26% pour les L3 à 38% pour les VM/M2. Ben bravo, c’est pas comme ça qu’on va sauver la planète ! 
  • Le fait de venir de plus ou moins grandes villes n’a que très peu d’influence sur la proportion d’écolos (70% dans une petite ville/à la campagne, 67% dans une grande ville). Le cliché du provincial vivant dans les champs en communion avec la nature serait donc faux ? 😮 Tou né ke trompry

Résultats

Les résultats interactifs sont accessibles en cliquant ici.

Analyse

1. Le rapport des HEC à l’écologie

Les HEC se sentent-ils concernés par l’écologie ? La réponse est positive pour près des trois quarts du campus. De même, près de la moitié des sondés se dit très bien ou relativement bien informée à ce sujet.

S’agissant de l’écologie, les HEC se sentent donc globalement concernés et informés, bien qu’une marge de progression soit encore possible pour un grand nombre d’entre eux (deux personnes sur cinq tout de même) en ce qui concerne leur éducation écologique. Ce constat est confirmé par les résultats de notre quiz : les trois quarts du campus se trompent en voulant recycler des verres de table. Ce type de verre ne se recycle pourtant pas en raison de sa composition chimique (source). Certes il s’agissait du piège du test, mais les résultats montrent également que plus de la moitié des votants pensent que les pots de yaourt se recyclent, bien que ce ne soit pas le cas et que cela soit indiqué sur la plupart des poubelles (pour être tout à fait exact, la grande majorité des usines de recyclage ne le fait pas car le processus serait trop coûteux).

Il semble par ailleurs que la sensibilité environnementale des HEC ait un impact sur leurs choix de carrière puisqu’un quart d’entre eux souhaite exercer un métier en lien avec l’écologie. La moitié du campus renoncerait même à travailler pour une entreprise trop polluante.

Ces bons sentiments se traduisent-ils par des actes ? A en croire le sondage, environ la moitié des sondés trie ses déchets, limite son usage de la voiture/de l’avion et achète bio/local. Néanmoins, tous ne sont pas égaux face à ces pratiques.

On constate en effet une corrélation entre le genre et la consommation de viande. Les végétariennes/flexitariennes sont presque trois fois plus nombreuses que leurs homologues masculins. Réduire sa consommation de viande est la mesure la plus populaire chez les femmes (ex-aequo avec le recyclage). Elle fait partie du “Bottom 2” chez les hommes. L’alimentation carnée reste donc un attribut masculin.

Plusieurs pistes sont envisageables pour expliquer ce phénomène :

  • Premièrement, dans notre échantillon, les femmes sont plus nombreuses à se dire très concernées par l’écologie, ce qui induit un comportement plus eco-friendly, visible pour toutes les mesures que nous proposions.
  • Ensuite, même parmi les femmes faiblement concernées par l’écologie, les végétariennes/flexitariennes sont plus nombreuses que leurs homologues masculins. Il semble donc que le « biais d’adhésion » n’explique pas tout. On peut supposer que la viande a, encore aujourd’hui, une charge symbolique qui en fait un aliment masculin. Source de protéine, on l’associe souvent au muscle (#prisedemasse), attribut traditionnellement masculin. Surveiller son alimentation, a fortiori pour en supprimer la viande, véhiculerait donc une image de fragilité.  
  • On peut également penser que les femmes, plus susceptibles de surveiller leur poids (une étude intitulées “Jeunes : La stigmatisation de l’apparence” publiée en 2006 dans Economie et Statistique montre que les jeunes filles sont plus susceptibles d’avoir été moquées pour leur poids), ont une attitude plus active vis-à-vis de leur alimentation. Cette vigilance accrue serait un préalable au choix de réduire sa consommation de viande. A l’inverse, les hommes auraient une attitude plus passive à l’égard de la nourriture, du moins ils tendraient moins à questionner l’alimentation traditionnelle française, où la viande tient encore une place de choix.

2. L’écologie à HEC

L’écologie et HEC sont-ils incompatibles ? Si la majorité d’entre vous se sent concernée par l’écologie (71%), vous trouvez que l’on n’en parle pas assez : 64% lui trouvent une place insuffisante à HEC. Toutefois, ce résultat cache des points de vue hétérogènes, notamment dans la proportion de personnes considérant que l’écologie occupe une place quasi-inexistante au sein du campus. D’un côté, seulement ¼ des hommes et des L3/M1 sont fortement insatisfaits de la place, insuffisante selon eux, des sujets écologiques à Jouy, de l’autre, plus d’⅓ des femmes et des VM/M2 en sont inquiétés. HEC n’en ferait pas assez pour stimuler les consciences à ce sujet.

Ces bonnes volontés sont-elles encore suivies d’actions loin de la maison de papa-maman ? A priori, non. La moitié (51%) recycle moins à HEC que chez eux ! En cause : le service de tri ne serait pas fait honnêtement. Par conséquent, ⅓ du campus est découragé de trier. Cette méfiance s’explique par deux raisons. La première, une légende urbaine (ou rurale) continue de terroriser les HEC : toutes les poubelles seraient jetées dans le même camion à la collecte. Pourquoi alors trier ses déchets, s’ils finissent incinérés au même endroit ? La seconde raison concerne plus les habitudes des HEC. Les bennes se remplissent vite, et une fois pleines, son sac de tri ne trouve plus sa juste maison, et l’étudiant pourtant sérieux préfère mettre son sac de tri dans la benne à ordures ménagères, ou l’inverse. Et si son voisin ne fait pas le tri, toute la benne devient impossible à recycler.

L’intérêt pour les enjeux climatiques n’en est pas amoindri, mais le manque d’infrastructure se fait ressentir. Les demandes sont nombreuses : conférences, présence transversale dans les cours, électifs…

La plus grosse critique que l’on pourrait faire au campus, c’est d’être de bonne volonté, mais ne pas la faire suivre d’actions. Ce qui est totalement faux au vu du sondage. Le passage aux éco-cups est approuvé par 90% du campus (encore plus populaire que QPV) ! Merci le W et le Z.

Un fait intéressant à noter enfin serait le biais de confirmation présent chez nos répondants. On constate que ceux qui sont déjà sensibilisés à l’écologie souhaitent s’y intéresser davantage, tandis que ceux qui semblent peu sensibilisés ne semblent pas prêts à fournir plus d’intérêt pour le sujet.

  • Par exemple, parmi les répondants qui envisagent de faire une carrière dans l’écologie, 77% pensent que ce sujet n’est pas assez présent sur le campus à HEC et qu’il y a encore du travail à faire, contre 49% de ceux qui ne souhaitent pas du tout faire une carrière dans l’environnement.
  • De même, parmi ceux qui se disent très concernés par l’écologie, 83% pensent que ce sujet n’est pas un sujet assez présent à HEC, contre 20% de ceux qui se disent pas ou peu concernés par l’environnement.
  • Enfin, si l’on s’intéresse aux répondants qui trouvent que l’écologie est un sujet déjà trop présent à HEC, on observe qu’ils sont beaucoup plus nombreux que la moyenne à se dire pas ou peu concernés par l’écologie (29% contre 9% en moyenne) et à se dire déjà suffisamment informés concernant les pratiques écologiques (67% contre 57% en moyenne)

En définitive, le cercle est vicieux : il semble difficile de convaincre ceux qui sont peu intéressés à s’intéresser davantage.

3. La vision de l’écologie des HEC

Comment faut-il agir pour l’écologie selon les HEC ? Seuls 16% d’entre vous se satisfont des actions à l’échelle individuelle ; pour le reste, un acteur collectif semble plus pertinent – mais nous sommes loin de nous accorder sur ce type d’acteur.

HEC n’est pas une école de commerce pour rien : 43% des répondants estiment qu’il faut agir en priorité à l’échelle des entreprises pour répondre aux enjeux écologiques. Nombre de HEC voient donc dans les entreprises les acteurs majeurs de la lutte climatique.

Mais comment ces entreprises doivent-elles agir ? Un moyen pourrait être la RSE (Responsabilité sociale des entreprises : le fait pour les entreprises de prendre volontairement en compte les conséquences sociales et environnementales de leur activité) ; or celle-ci ne fait pas l’unanimité. Si 48% y voient un bon moyen pour agir sur l’environnement, 25% sont beaucoup plus sceptiques – 7% n’y voient même que du greenwashing. Il semble ainsi y avoir une polarisation à HEC à propos de la capacité (peut-être même de la volonté ?) des entreprises à agir en faveur de l’écologie. Notons que plus ils avancent dans leur scolarité, moins les HEC manifestent un enthousiasme massif à l’égard de la RSE : 25% des L3 y voient un excellent levier pour agir sur l’environnement, moitié moins chez les VM/M2. Peut-être nos aînés ont-ils perdu leurs illusions au cours de leur stage ?  

En seconde position des acteurs majeurs des enjeux écologiques se trouvent les États et organisations intergouvernementales, désignés par 41% des sondés. Presque autant que pour les entreprises, les HEC placent donc leur confiance dans les pouvoirs publics pour répondre aux défis environnementaux. On note d’ailleurs une adhésion encore plus massive à l’action publique dans ce domaine : la très grande majorité des répondants (84%) se dit favorable ou même très favorable au « protectionnisme vert » en UE (qui taxe les produits étrangers ne respectant pas les règles environnementales en vigueur en UE).

Quelle politique l’État doit-il alors adopter en matière d’écologie ? Un parti est sans conteste désigné comme le plus crédible dans sa défense de l’écologie : il s’agit sans surprise d’Europe Écologie des Verts, mis en tête par 61% d’entre vous. Il semble ainsi y avoir un sentiment que les partis politiques traditionnels n’en font pas assez pour l’écologie. Cependant, cette conscience ne va pas jusqu’à faire changer les intentions de vote : d’après le QPV#15, seuls 13% des HEC ont l’intention de voter EELV aux européennes.

On constate enfin qu’une infime minorité des HEC a confiance en la capacité des ONG à répondre à elles seules aux enjeux écologiques : 1% seulement des sondés pensent qu’il faut agir en priorité à l’échelle collective type ONG. Le combat doit donc se jouer soit à la même échelle mais dans le privé (entreprises), soit à une échelle supérieure (États et organisations interétatiques).

Cependant, s’ils ne voient pas dans les ONG l’acteur majeur des enjeux environnementaux, les HEC sont en large partie favorables à leurs actions en matière écologique. Par exemple, 23% des répondants soutiennent l’« Affaire du siècle » (la poursuite en justice de l’État français pour son inaction en matière de lutte contre le réchauffement climatique par quatre ONG). De même, 21% des HEC ont déjà participé à une marche pour le climat, et 54% soutiennent cette initiative. Ainsi, même s’ils ne sont pas convaincus que les ONG et les initiatives collectives citoyennes aient un impact majeur sur les enjeux environnementaux, les HEC éprouvent de la sympathie à leur égard.