QPV#15 Politique, Acte II

Cette enquête a été adressée le 19 fév. 2019 aux étudiants francophones du programme Grande École. Un grand merci aux 561 votants. Le formulaire-type est disponible ici.

Chiffres-clés

  • LREM, parti préféré de 3 HEC sur 5 selon le QPV#2, n’est plus crédité que de 43% des intentions de vote aux Européennes. Gilets Jaunés.
  • Avec 13% des intentions de vote, Europe Ecologie – Les Verts est désormais le deuxième parti à HEC (égalité avec LR). Chez les femmes, EELV est même crédité de… 23% ! Esp’rons qu’ils fassent aussi bien.
  • Seulement 4% des HEC pensent que l’écologie ne devrait pas revêtir une place importante dans un programme politique. Make our planet great again !
  • 31% des HEC ont de la sympathie ou soutiennent les Gilets Jaunes. C’est important, la sécurité routière.
  • Les parents de près d’un HEC sur 4 payaient l’ISF. On APL ça « la reproduction des élites ».
  • Chez les amateurs de variété française, LR obtient 2 fois plus d’intentions de votes qu’en moyenne (28%). Sardou.
  • Parmi les familles très nombreuses (+ de 4 enfants), 16% en moyenne du panel vote plus à gauche que Macron, contre 27% pour les familles de 3 enfants ou moins. J’ai déjà toute ma vie dû partager mes Kinder Buenos avec mes 3 frères, plus question de partager quoi que ce soit.

Résultats ⚠️

Nous expérimentons une nouvelle présentation : un tableau de bord interactif (lien) sous Power BI, qui remplace nos graphes habituels.

Celui-ci doit être ouvert sur ordinateur, format plein écran. Vous y trouverez les réponses à toutes les questions de ce sondage, avec la possibilité de les faire interagir entre elles. Par exemple, dans le diagramme « Style de musique favori », si vous cliquez sur « Rock », tous les autres graphiques s’adapteront et vous permettront de consulter les résultats des personnes ayant répondu « Rock ».

Nous espérons que ce format rendra la lecture plus agréable et nous sommes à l’écoute de toute remarque.

Analyse des résultats

Analyse générale : des résultats bruts dans la lignée du QPV#2

Le QPV#2 avait montré que les étudiants de HEC, réputés très à droite, étaient en réalité beaucoup plus libéraux que conservateurs, ce qui les avait menés à massivement plébisciter Emmanuel Macron, en tant que libéral-progressiste.

Il y a fort à parier que la politique à tribord menée par le leader de LREM ait déçu certains, expliquant l’excellente performance de EELV parmi vos intentions de votes. Bien entendu, ni le fait que les élections européennes soient le terrain de jeu préféré des écologistes, ni l’européisme important des HEC (QPV#5) ne sont décorrélés de la performance d’EELV.

Cette évolution est finalement assez comparable avec celle que l’on observe dans la population française, bien que les proportions ne soient pas du tout les mêmes, compte tenu notamment de la faible proportion remarquable de votes extrêmes à HEC (moins de 6% d’intentions de vote au total pour LFI, PCF, Debout la France, UPR, Les Patriotes, RN). En effet, on observe à l’échelle nationale comme à HEC un retour de la gauche républicaine (EELV, PS, Génération.s) et un déclin de LR, LFI et LREM par rapport aux présidentielles. Néanmoins, si malgré la fracturation de la gauche républicaine, les dits partis se classent relativement bien à HEC (2ème, 4ème et 5ème), celle-ci risque de coûter cher sur le plan national, puisque dans les sondages les plus récents, Génération.s et le PS seraient tangents pour obtenir les 5% synonymes de représentation européenne.

Autre fait marquant sur les intentions de vote : très peu de HEC sont dès aujourd’hui sûrs de ne pas aller voter pour des élections européennes dont le peuple se détourne bien souvent : seulement 7%. Si ceci est explicable par l’éloignement qui nous sépare desdites élections, l’on peut tout de même penser que le taux de participation des HEC devrait excéder assez nettement le taux national : en cause un intérêt politique plus développé, et un positionnement européiste qui donne l’envie de voter, les étudiants ayant été exposés durant leurs études qui ne remontent pas à si loin qu’il n’y paraît à l’étude de l’Union Européenne et de ses bienfaits réputés.

Au-delà de la question des intentions de vote, les résultats sont en moyenne assez conformes à ce que l’on pouvait attendre.

Le progressisme des HEC ne s’est pas démenti depuis le QPV#2 puisque 78% des étudiants se prononcent en faveur de l’euthanasie, avec une majorité absolue de très convaincus (51%). Pour autant, il est bien difficile de faire une comparaison avec l’échelle nationale dans un contexte où, selon le commanditaire du sondage, les résultats varient entre 35% et 95% de Français favorables au suicide assisté : la magie des sondages et de leur orientation.

Seuls 4% des HEC pensent que l’écologie devrait avoir une place mineure dans un programme politique. En comparaison, 21% des Français étaient opposés à ce que l’écologie ait une place importante dans la politique du gouvernement (après la démission de Nicolas Hulot). Cet intérêt pour la question semble facile à expliquer :

  • d’une part, les jeunes tendent à valoriser plus que la moyenne l’écologie ;
  • d’autre part, les classes aisées, surreprésentées à HEC, sont les plus enthousiastes au sujet de l’écologie puisqu’elles en subissent relativement moins les éventuels désagréments économiques ;
  • et enfin l’écologie a représenté une part importante du programme scolaire dans de nombreuses matières que nombre de HEC ont assidûment suivies durant leur lycée et classe préparatoire, ce qui a certainement permis de les sensibiliser.

Et pourtant, la question sur le projet de loi anti-casseurs marque un vrai tournant dans l’appréhension que l’on pouvait avoir des étudiants de HEC : seulement 28% y sont hostiles. Plusieurs explications peuvent être avancées : notamment la méconnaissance exacte du contenu de la loi (thèse accréditée par le très haut taux de neutralité (25%), et un possible biais dû à la formulation (utilisée par les médias) : « ça ne peut qu’être bien de sévir contre les casseurs qui mettent en danger forces de l’ordres, commerçants et manifestants ». Si cette hypothèse ne tenait pas, l’on conclurait toutefois que de nombreux HEC, quitte à ce qu’il y ait un arbitrage, troqueraient la liberté pour la sécurité. A moins qu’ils ne se sentent tout simplement pas concernés par la mesure, n’allant eux-mêmes potentiellement pas en manif’ : il est en effet beaucoup plus facile de troquer la liberté des autres que la sienne.

A l’égard des gilets jaunes et d’une de leurs revendications qui s’est imposée dans le débat politique, le référendum d’initiative citoyenne (RIC), les HEC sont somme toute assez partagés, plus que ce que j’attendais compte tenu du fait que le campus jovacien ait été majoritairement (60% en avril) acquis à la cause du président Macron. Si les GJ et leurs revendications n’ont pas vraiment la côte (55% y sont opposés voire hostiles, 46% se prononcent en défaveur du RIC), ils n’obtiennent pas moins une certaine sympathie de la part d’une partie du campus (31% de soutien au RIC et aux GJ). En se penchant sur les résultats plus en détail, on voit que ce soutien vient de beaucoup de sympathisants à des mouvements peu en vue, apolitiques (2 fois plus représentés parmi les soutiens des GJ qu’en moyenne), et sympathisants de gauche (près de 40% de ceux qui soutiennent les GJ pensent qu’ils voteront à gauche). Sans surprise, les HEC sont moins GJ-compatibles que le Français moyen : deux jours avant la parution de notre sondage, 50% des Français avaient de la sympathie pour les Gilets Jaunes / les soutenaient, contre 35% qui y étaient hostiles ou opposés.

Enfin, la question sur l’avenir du PS n’a pas mené à des résultats particulièrement tranchés : 25% des sondés pensent qu’il n’a pas d’avenir, mais seuls 17% pensent que le PS peut avoir un futur sans se révolutionner, que ce soit avec l’apparition d’un leader ou en disruptant sa ligne politique.

Analyse des corrélations

Corrélation avec le genre du répondant

En ce qui concerne les intentions de votes aux européennes, les femmes sont plus enclines au changement : 23% des filles disent vouloir voter pour Europe Écologie les Vert (EELV) contre 6% des garçons. Les hommes sont beaucoup moins sensibles à l’écologie, enjeu sociétal qui nous concerne pourtant tous. C’est pour cela que seulement 32% souhaitent que l’écologie ait une place majeure dans un programme politique (12 points de moins que pour les femmes). Leur scepticisme face à une politique plus engagée se reflète également dans leurs intentions de votes blancs/abstentions — 1/10, contre 1/100 pour les femmes — et également dans leur opinion sur le RIC, pour qui 30% d’entre eux forment une opinion positive (contre 35% des femmes). Les HEC masculins ne croiraient-ils plus en la politique ? C’est ce vers quoi pointent tous les chiffres du sondage : 1/3 des hommes sont totalement pessimistes face à l’avenir du PS (1/6 des répondantes). D’autre part, c’est leur soutien aux GJ qui les démarque des femmes : ils les soutiennent pour 10% d’entre eux contre 3% pour leur alter ego ! Un chiffre surprenant, puisqu’à l’échelle nationale les femmes sont plus nombreuses que les hommes à soutenir le dit mouvement (cf étude ifop janvier 2019). Enfin et de la même manière, ils sont plus défavorables aux lois anticasseurs (1/3 contre 1/5 féminin).

Ce QPV est également l’occasion d’effectuer quelques comparaisons sans lien avec notre sujet principal qu’est la politique. Comme l’a montré le QPV#5 Sport, le sport occupe une place sensiblement similaire entre les femmes et les hommes. Quel que soit le genre, le foot et le rugby sont autant appréciés l’un que l’autre avec un cumulé de 37% pour ces deux genres. La différence se fait dans la catégorie “Autre” : 18% de la gent féminine pratique un sport non listé contre 10% pour ces messieurs. Une explication peut éclairer cette constatation. Les femmes sont plus promptes à tester un nouveau sport (cf QPV#5 : plus de la moitié d’entre elles n’avaient jamais pratiqué le sport choisi à HEC). Ainsi, elles se dispersent dans des sports moins populaires au sein du campus (Badminton, Yoga, Athlétisme …), qui ne sont pas listés dans le sondage.

Autre point marquant pour finir, les goûts musicaux sont largement plus concentrés chez les femmes que chez les hommes. Le trio des genres les plus populaires (Pop-Rock-Variété Française, et Rock-Rap-Pop respectivement) culmine à 69% contre 54% respectivement, dans les préférences des HEC.

Corrélation avec l’ISF

Plus de 23% des sondés ont déclaré que leurs parents payaient l’ISF avant sa suppression (contre 1% à l’échelle nationale). L’appartenance à un foyer imposable ou non sur la fortune constitue-telle une ligne de clivage politique parmi les HEC ?

On constate de prime abord que chez chacun des groupes (anciennement soumis à l’ISF versus non soumis à l’ISF), la part des sondés ayant l’intention de voter LREM aux Européennes est non seulement très importante, mais encore exactement identique : 43%. Il ne semble donc pas y avoir de gratitude ou au contraire de ressentiment particulier à l’égard de LREM suite à la suppression de l’ISF – ou du moins pas au point d’affecter les intentions de vote. De même, les deux groupes adoptent dans l’ensemble les mêmes positions sur les questions de société : tous deux sont par exemple très largement favorables à l’euthanasie (75% et 78%), globalement favorables à la loi anticasseurs (47% et 52%)… Il n’y aurait ainsi pas de différence majeure dans l’opinion politique générale des HEC selon la soumission ou non à l’ISF.

Cependant, on peut remarquer que, si la majeure partie de chaque groupe semble se situer au centre-droit, ces deux groupes diffèrent dans leurs éléments plus marginaux. Ainsi, chez les HEC anciennement soumis à l’ISF, il y a davantage d’intentions de vote LR (20%, contre 13% chez les non-ISF) ; au contraire, il y a davantage d’intentions de vote FI/PS/Générations chez les HEC non soumis à l’ISF (12%, contre 8% chez les ISF). Ces deux groupes semblent donc se distinguer à la marge : sans grande surprise, une marge plus à droite chez les ISF, plus à gauche chez les non-ISF. Mais rien non plus de transcendant.

Corrélation avec la filière d’origine

Les HEC sont-ils déterminés dans leur sensibilité politique par leur filière d’origine ?

Les ex-prépas ECS et ECE, qui sont de loin les principales filières d’origine de nos répondants, constituent un groupe assez homogène. Les HEC qui en sont issus ont des positions similaires dans les intentions de vote pour les Européennes : une majorité en faveur de LREM (respectivement 42% et 38%), environ 10% pour LR et 10% pour Générations. Ils semblent aussi s’accorder sur les questions de société : tous deux sont majoritairement hostiles voire opposés aux Gilet Jaunes (50%), et en grande partie favorables à la loi anticasseurs (43 et 45%).

Si cette position est majoritaire à HEC, elle est aussi centrale. On peut en effet distinguer selon la filière d’origine deux groupes situés de part et d’autre des EC. D’une part, les HEC originaires de A/L ou de B/L se positionnent plus à gauche. Leur adhésion à LREM est nettement moins massive (23% seulement), et ils sont bien plus nombreux à préférer Génération.s (19%) aux Républicains (6%). Ils diffèrent aussi des opinions des EC sur les questions de société : seuls 20% sont favorables à la loi anticasseurs, 61% ont de la sympathie pour les Gilets Jaunes. Sans doute le passage par la khâgne, traditionnellement à gauche, aura-t-il eu des effets durables sur la sensibilité politique des élèves – ou du moins une ombre portée s’étendant au-delà de la période de prépa ; ou réciproquement ces gens de gauche ont-ils préféré naturellement la khâgne à l’EC.

D’autre part, un second groupe se distingue plutôt sur la droite – quoiqu’un peu moins nettement : les AD/DD/IS. Leurs intentions de vote se portent plus massivement que les EC sur LREM (55%), et ils dénigrent davantage la gauche : 40% d’entre eux ne voient aucun avenir au PS, contre 25% environ chez les EC et 16% chez les littéraires.

Notons cependant que certaines constantes politiques demeurent en dépit des différentes filières d’origine. Ainsi, dans chacun des groupes distingués, une part similaire (entre 12 et 16%) compte voter EELV aux Européennes. Un autre exemple : une majorité écrasante (entre 77 et 87%) des HEC toutes origines confondues sont favorables à l’euthanasie. Deux interprétations possibles : HEC peut avoir un effet de lissage sur les opinions politiques des étudiants, qui en viennent à converger (on notera en ce sens que même les différences évoquées plus haut ne sont pas d’une ampleur bouleversante) ; ou bien il existe des questions qui rassemblent tous les étudiants en dépit de leurs différentes sensibilités politiques, comme par exemple l’écologie. 

Corrélation avec le sport pratiqué

La corrélation avec le sport avait pour objectif d’étudier la véracité des clichés à leur propos. En effet, en dehors de ces murs, le tennis, l’aviron ou encore le rugby sont notoirement étiquetés  comme des sports « de riches », ainsi plutôt pratiqués par des gens marqués à droite. A l’inverse le football, le handball, le basket ou encore la boxe ont la réputation d’être des sports plus « populaires ». Cependant, on ne peut occulter le fait que les HEC ont déjà des opinions politiques bien matrixées par leur milieu familial et la prépa. Voyons donc si leurs choix sportifs révèlent tout de même des tendances de fond.  

Surprise tout d’abord avec le BCH. Ce sont en effet les 15 basketteurs ayant répondu qui gagnent le titre du club le plus à droite, avec 27% d’intentions de vote Républicains et 40% d’opposés au gilets jaunes. Ils sont suivis d’une nouvelle surprise, avec le Club Hand et ses 20% de convaincus par les Républicains. En revanche, le RCH ne déçoit pas et affiche également un bon 24% de Républicains. Un rugbymen sur 2 vient d’une ville tenu par l’ancien UMP, 1 sur 3 voyait ses parents payer l’ISF, et seulement 15% dénoncent la loi anti casseurs : le rugby confirme donc à HEC sa tendance à être un sport de CSP+ bcbg.  

Le tennis tend aussi à confirmer cette image, avec ses 15% de sympathisants Républicains, et son tiers d’ISFables. Toutefois, 23% des membres du TCH votent à gauche et les opinions politiques y sont très partagées. C’est la même chose au CF, qui avec ses 133 répondants, affiche une diversité d’opinions sans trancher des chiffres moyens de l’enquête.

Enfin, plusieurs clubs se détachent par rapport à leur sensibilité gauchiste. Tout d’abord, les deux gros clubs féminins (FHF et FHR) tranchent par rapport à leurs homologues masculins. Les rugbywomen du FHR proviennent en effet du même milieu social qu’au RCH (45% de maires républicains et 30% d’ISF), mais expriment des opinions bien plus à gauche (23% EELV contre 9% républicains). Même tableau au FHF, qui certes bien plus francilien que le CF, vote beaucoup plus à gauche (20% EELV, 13% Générations). Ensuite, le Fight Club se positionne bien à gauche (27% cumulé) mais mettra aussi des bonnes droites (18% cumulés) lors de la Fight Cup jeudi, où ils vous attendent nombreux ! Finalement, le titre du club gauchiste revient à l’aviron, qui propose un solide 38% d’intentions de vote à gauche pour seulement 4% de Républicains, qui doivent se sentir bien seuls sur les bateaux.            

Corrélation avec le nombre de frères et sœurs

Il est intéressant d’observer les corrélations avec le nombre de frères et sœurs. Bien conscients que cet angle d’approche peut être limité (la ville ou le milieu d’origine pouvant bien sûr influer de différentes façons sur le nombre d’enfants), nous tenterons cependant d’en dégager les grandes lignes.

Dans ce qui suit, on considérera qu’une « famille nombreuse » est une famille de 3 enfants ou plus, les étudiants concernés auront donc coché qu’ils ont au moins 2 frères et sœurs.

Sur l’échantillon étudié de 561 étudiants, 231 étudiants sont enfant unique ou ont un seul frère ou sœur. 330 étudiants en revanche font partie d’une famille nombreuse comme définie plus haut.

Profil et vie associative

En moyenne, l’étudiant qui a au plus 1 frère ou 1 sœur a moins de chances d’être originaire d’Île de France (39% contre 51% pour les familles nombreuses). Sûrement en lien avec le fait que la région parisienne concentre une population plus aisée, les parents de familles nombreuses payaient significativement plus l’ISF que les autres (14% contre 30%).

Pour ce qui est de la vie sur le campus, on peut noter que les étudiants avec au plus un frère ou une sœur sont plus présents au foot que les autres, tandis que ceux venant de familles nombreuses sont significativement plus au rugby (16% contre 10%) ou à l’aviron. Si on prend le cas particulier des familles « très » nombreuses (5 ou 6 enfants), on remarque que 20% des étudiants qui font partie de cette catégorie sont au rugby !

Orientation politique et sur des sujets de société

Il est surtout intéressant de voir que le nombre de frères et sœurs est assez directement corrélé à certaines opinions sur des questions d’éthique et de politique.

  • Il y a un consensus autour de LREM pour les intentions de vote aux Européennes, puisque, indépendamment du nombre de frères et sœurs, 42 à 47% des étudiants se tournent vers LREM. En revanche, LREM est suivi chez les étudiants issus de familles nombreuses de LR (14%), contre EELV (13%) chez les autres. Par ailleurs, plus la famille est nombreuse, moins les étudiants semblent s’orienter à gauche : l’influence catholique vraisemblable dans les familles de plus de 4 enfants notamment se fait peut-être ressentir, puisque 16% en moyenne du panel des familles très nombreuses vote plus à gauche que Macron, contre 27% pour les familles de 3 enfants ou moins.
  • Pour le recours au suicide assisté, 61% des étudiants qui ont au maximum 1 frère/sœur y sont très favorables, contre 44% des étudiants venant de familles nombreuses (27% des étudiants venant de familles très nombreuses ! Ces derniers sont également les plus nombreux à mettre leur veto sur cette proposition avec 31% de défavorables), ce qui concorde avec la théorie d’une idéologie chrétienne plus prégnante.
  • Questions gilets jaunes : les étudiants issus de familles très nombreuses (4 enfants ou plus) soutiennent bien plus les gilets jaunes que la moyenne (42% contre 31%).
  • Enfin, en cohérence avec les opinions plutôt conservatrices qui transparaissent de ce qui a été dit jusqu’ici, les étudiants issus de familles nombreuses sont plus favorables que la moyenne au projet de loi anti-casseurs (48%), plus défavorables que la moyenne au RIC (46%).
  • Un paradoxe à souligner cependant : ils ont plus foi que les autres en la relance automatique du PS ! (19% contre 13%, et même 29% des étudiants issus de familles très nombreuses…). Un paradoxe qui pourrait ne pas réellement en être un si l’on considère que ces étudiants au profil plus tradi ont plus de chances de croire en une sorte d’ordre immuable, qui inclut certes le PS.

Corrélation avec la région d’origine

On trouve quelques résultats étonnants chez les franciliens, plus favorables au mouvement des gilets jaunes que l’ensemble d’HEC, et cela malgré une plus grande distance sociale entre eux et le profil-type du gilet jaune : 31% des franciliens viennent d’une famille qui a payé l’ISF (contre 24% dans l’ensemble). Ils sont légèrement plus favorables à ce que l’écologie ait une place importante dans les programmes politiques, et sont plus optimistes sur le destin de feu le Parti Socialiste. Cela s’explique sans doute par un côté plus « progressiste » de la plupart des parisiens, mais la catégorie « Île-de-France » ne permet pas d’analyser finement des origines assez variées.

La composition des familles montre que les franciliens sont dans des familles souvent moins nombreuses. Ils seront donc plus prompts à embrasser les nouvelles valeurs, et initiatives politiques. L’effet, cependant, n’est pas massif. Autre fait remarquable, les habitants originaires de PACA défient un peu les idées reçues : la moitié d’entre eux viennent d’une ville où le ou la maire est LR, mais ils prisent bien plus EELV et Génération.s, et se détournent massivement de LR aux européennes. Mais le nombre de concernés n’est pas assez grand pour en tirer des leçons, il s’agit plus d’un fun fact.

Corrélation avec le style musical préféré

Concernant le style de musique favori il s’agissait de déterminer s’il existe un lien entre ce facteur et la sensibilité politique et, le cas échant, à dresser le profil-type de chaque catégorie politique. Si les résultats n’ont pas permis d’établir des profils types de manière aussi tranchée, certains n’en restent pas moins notables.

Tous les styles de musique penchent à peu près en faveur des mêmes opinions. Ainsi, LRM arrive en tête des intentions de vote pour chacune des catégories. De même, on retrouve à chaque fois une majorité de personnes favorables au suicide assisté (favorables ou très favorables), qui trouvent que l’écologie doit avoir une place centrale (centrale ou assez centrale). Les seules exceptions concernent des styles « marginaux » : les amateurs de classique défavorables et très défavorables à la loi anti-casseurs sont plus nombreux que ses soutiens (39% contre 38% des amateurs de classique), par exemple. Ces différences sont toutefois minimes et par ailleurs le faible nombre de réponses pose un problème de significativité. Cette constance dans les résultats peut signifier deux choses : soit le style de musique favori n’est pas corrélé à l’orientation politique, soit notre échantillon est lui-même trop homogène en terme de milieu social, d’éducation, d’origine géographique pour que la corrélation soit visible.

Ceci étant dit, il existe quelques différences dans l’intensité des préférences politiques selon le type de musique favori.

Le style de musique qui comporte le plus de spécificités (hors catégories « marginales ») est en fait la « variété française ». Parmi les amateurs de ce style, les personnes ayant l’intention de voter LR aux européennes représentent 28% contre 13% pour l’ensemble des sondés, ce qui peut s’expliquer notamment par le fait que cet amour pour la variété est bien souvent hérité des trajets en voiture et repas en écoutant Nostalgie et Chérie FM car les parents étaient eux-mêmes amateurs de variété, or les amateurs de variété sont plus ancrés à droite politiquement : de là, il y a pu avoir une influence parentale sur le vote ou l’idéologie politique. Les amateurs de variété française ont également plus tendance à être en faveur de la loi anticasseurs (63% d’entre eux y sont favorables ou très favorables contre 47% des sondés), preuve que leur plébiscite de LR n’est pas lié qu’à des composantes économiques. Enfin un tiers des amateurs de variété française est « hostile » aux gilets jaunes contre environ un quart des sondés. C’est la plus grande proportion de personnes hostiles à ce mouvement du point de vue des goûts musicaux. Le fait d’aimer la variété française semble donc corrélé avec un plus grand attachement à l’ordre, plutôt qu’avec une intention de vote pour un parti traditionnel de droite. Au sein des amateurs de variété française, on trouve relativement plus de personnes opposées et hostiles au suicide assisté (22% contre 12% pour le campus en général).

Ces résultats peuvent s’interpréter différemment selon le regard posé sur les goûts musicaux. D’un coté, on peut supposer que les goûts sont le fruit d’un certain héritage, d’une socialisation à un certain type de musique, au sein de la famille mais aussi auprès des pairs. Dans ce cas, la variété française ayant un aspect plus traditionnel, il est possible que sa préférence témoigne d’un attachement plus fort aux traditions, à la nation, à la langue française elle-même ; des thèmes plutôt situés à droite. D’un autre côté, le style de musique favori (surtout dans le cadre d’un questionnaire) peut relever d’un choix délibéré. Ce choix peut correspondre à une identification avec l’imaginaire qui entoure un genre musical, ou encore avec une volonté de se distinguer. La variété française n’étant pas un genre particulièrement apprécié des jeunes, on ne peut négliger l’effet de distinction (positive, négative ou neutre) que ce choix comprend. Les personnes ayant coché cette case seraient parfaitement à l’aise avec l’image qu’elle véhicule, ce qui témoigne d’une adhésion à des valeurs plus à droite (ordre, tradition…). Cette interprétation est toutefois fragile, la variété française pouvant véhiculer une multitude d’images (intellectuelle pour les « chansons à texte » plus poétiques, engagée à gauche pour certains artistes, populaire et apolitique…). De manière générale, les catégories musicales choisies dans ce sondage sont extrêmement floues, ce qui pose problème pour l’interprétation des résultats. La proportion élevée de personnes ayant coché « autres » (9 %, soit plus que les amateurs de jazz, classique ou R’n’B) atteste sans doute de cette lacune.

Concernant les amateurs de pop, plus de la moitié d’entre eux a l’intention de voter pour LRM. Il s’agit du style de musique le plus « en marche », ce qui est assez logique puisque c’est certainement le style le plus mainstream. Mis à part cet élément, cette population n’a pas réellement de trait saillant qui la distinguerait du reste de campus. Elle affiche un peu plus de soutien à la loi anticasseurs et un peu plus de défiance à l’égard des gilets jaunes. C’est, en somme, un profil très au centre, qui ne cherche pas à se distinguer musicalement parlant, et qui ne se distingue pas non plus politiquement. Le fait que cette catégorie n’ait pas de caractéristique spécifique peut aussi s’expliquer par le fait que la pop est un terme extrêmement vague qui regroupe plus ou moins la musique commerciale contemporaine. En cela, le choix de ce type de musique est un non-choix et cette population est en fait le reflet presque fidèle de l’ensemble du campus. Cette catégorie n’agit pas comme un filtre comme le fait la variété française ou le jazz.

En ce qui concerne les rockeurs, ils sont certes une majorité (relative) à dire vouloir voter LRM aux européennes (38%), mais cette majorité est moins grande que pour l’ensemble des sondés. Les rockeurs sont en effet plus enclins à voter pour des partis de gauche et écologistes. EELV, Génération.s, LFI et le PS comptabilisent à eux quatre 32% des intentions de vote de cette population, contre 22% chez les amateurs de pop. Cela peut être lié à l’aléa de l’échantillon. On peut également supposer que le rock est un style de musique plus engagé que la pop par exemple. Une autre hypothèse pourrait être que pop et rock étant plus ou moins interchangeables du fait du flou qui entoure ces deux notions, les « rockeurs » sont en fait des personnes qui ont refusé de sélectionner la « pop » jugée trop conformiste. Le rockeur serait donc un peu plus désireux de se distinguer du « mainstream » que semble représenter le vote LRM.

Enfin, de façon surprenante, les amateurs de rap – mouvement contestataire et ancré à gauche dans son essence, ne se distingue pas spécialement, certainement car le rap est aujourd’hui une catégorie trop large pour en tirer des conclusions : de Damso à Kery James en passant par PNL et Orelsan, le rap peut désormais plaire à tout type de gens. Il reste tout de même surprenant de voir que LR-UDI ne sous-performe pas dans les locaux de HEStreet. Certainement, il y a quelques années, quand le rap était moins grand public et certainement plus orienté politiquement à gauche ou vers l’apolitique, lorsque le rap avait une image plus contestataire, on aurait pu observer moins de vote LR-UDI chez les amateurs de rap : en effet, parmi l’électorat potentiel des Républicains, une grande partie n’aurait tout simplement jamais véritablement écouté de rap, dans des familles potentiellement réfractaires au mouvement des héritiers des poètes.

En résumé, on peut suggérer l’existence de trois corrélations assez incertaines :

  • la préférence pour la variété française induit un attachement accru à l’ordre (opposition au RIC et aux gilets jaunes, soutien à la loi anticasseur) ce qui va de paire avec une plus grande affinité avec LR sans pour autant qu’elle surpasse celle avec LRM
  • la préférence pour la pop semble corrélée à une plus grande proximité avec LRM et des thématiques liées à l’ordre
  • la préférence pour le rock semble corrélée à une plus grande sensibilité de gauche ou du moins une plus grande sensibilité écologiste (intention de vote pour un parti de gauche supérieure, plus grande « sympathie » à l’égard des gilets jaunes »)

Les résultats qu’on observe sont donc à la fois dûs à la dimension sociale, et notamment familiale, de la musique, qui par un jeu d’influence réciproque tend à créer des clusters et aux valeurs véhiculées par les différents mouvements, qui sont autant de caractéristiques auxquelles les amateurs d’un style de musique s’identifient et qu’ils revendiquent. 

Corrélations avec la matière préférée en prépa

Lorsque l’on s’intéresse au pourcentage d’étudiants dont les parents payaient l’ISF, il est surprenant de remarquer qu’il est plutôt stable selon que l’on s’intéresse aux matheux ou aux amoureux de géopo/ESH. En revanche, il est bien moindre chez les passionnés de CSH (13% contre 24% !). Cela peut sembler assez curieux dans la mesure où les patrimoines économiques et culturels sont très liés, ce qui aurait pu mener les enfants des parents les plus riches à être très tôt initiés à la philosophie et à l’art, dont les atouts auraient pu faire chavirer les cœurs pour les plus riches : il n’en est rien.

Les aficionados du Lagarde et Michard sont également moins enclins à voter Macron (30% contre 43%) que ceux indiquant leur préférence pour la HGG/ESH  ou les maths. Bien plus étalés sur l’ensemble du spectre politique, on les retrouve aussi bien chez les Républicains qu’à LFI et chez les abstentionnistes, dû à une composition assez hétéroclite, avec une surreprésentation notable des littéraires. À noter que ceux qui préfèrent les langues affichent un score de 27% chez les Verts (deux fois plus que pour l’ensemble des étudiants !), performance à relativiser compte tenu du faible échantillon. Une grande majorité (67 %) des « linguistes » trouvent d’ailleurs logiquement que l’écologie devrait occuper une place centrale dans les programmes politiques. Apparemment, les cours de LV1 et de LV2 répétés sur la nachhaltige Entwicklung et le sustainable development finissent par rentrer chez certains…

En sélectionnant à la fois HGG/ESH et ECE, on voit que les fans d’économie sont aussi en moyenne nettement plus à gauche que la moyenne à HEC ; le consortium Génération.s-EELV atteint un 26% assez propre.

Enfin, on parvient à discerner une opposition entre les matheux et les littéraires concernant les sujets brûlant du moment. En effet, ceux qui préféraient la CSH soutiennent davantage les gilets jaunes que les fans d’estimateurs, avec un taux de soutien/sympathie nettement supérieur (45% contre 25%), et un taux d’opposition/hostilité bien inférieur (43% contre 61%). Cette opposition (opposition relative hein, on reste à HEC) est aussi logiquement visible dans le projet de loi anti-casseurs : 50% se disent favorables au projet chez les matheux contre 38% chez les CSH). Quoi de plus logique pour des fans de culture, qui ont pour certains listé 68’art !

Corrélation avec le parti politique de votre maire

Etudier les corrélations entre la couleur politique d’une ville et les pratiques citoyennes, les habitudes quotidiennes ou sportives de ses habitants semblait important pour l’équipe de QPV HEC qui cherche à quantifier le déterminisme politique chez les étudiants du campus jovacien. La principale difficulté de lecture de nos résultats tient au fait qu’une majorité des étudiants vivent dans des villes administrées par Les Républicains (40% au minimum, sans compter ceux qui ne savent pas), ce qui tient en grande partie au fait que le parti de droite a remporté une victoire sans partage aux élections municipales de 2014, mais aussi et bien sûr à l’importance de la reproduction sociale, particulièrement représentée par l’Ouest Parisien, très marqué LR (Versailles, Neuilly, Boulogne Billancourt, certains habitants des arrondissements de l’Ouest ont peut être également privilégié leur maire d’arrondissement à Anne Hidalgo (RIP les berges sur Seine)).

Quoi qu’il en soit, même si ces résultats ne laissent pas assez de place à l’analyse de particularités des autres étudiants d’HEC (seulement 27% vivent dans une ville administrée par le Parti Socialiste, dont la moitié en région parisienne, lire parisiens), il convient de les éclairer.

Comme l’on peut s’y attendre, le déterminisme politique est géographique, les habitants de villes de droite sont plus conservateurs que les autres, 15% voteront pour la liste présentée par M. Bellamy (LR) mais, plus instructif, ils voteront aussi plus pour LREM : un vote hautement subversif comme chacun le sait.

Plus surprenant, ils seront 5% à voter pour les listes socialistes, soit… cinq fois plus que les habitants des communes… socialistes, qui sont légèrement plus favorables aux listes de gauche dans leur ensemble (à l’exception de la liste PS), et en particulier la liste EELV et Génération.s. Ici on peut subodorer une importance relative des étudiants parisiens, plus sensibles aux thématiques environnementales ou sociales et qui baignent dans un environnement politique parfois plus marqué à gauche que leurs camarades (#BobosParisiens).