QPV#23 Discriminations

Cette enquête a été adressée le 2 octobre 2019 aux étudiants francophones du programme Grande École. Un grand merci aux 622 votants. Le formulaire-type est disponible ici.

Chiffres clés

  • 78% des sondés se sentent parfois mal à l’aise pour parler des problèmes que rencontre une minorité avec quelqu’un issu de cette minorité. Commandez donc plutôt un croissant pour éviter de froisser votre pote toulousain !
  • 28% des étudiants de disent flexitariens, dont 72% de femmes. Flex jusque dans l’assiette !
  • Le racisme anti-blanc n’existe pas pour 54% des répondantes ; ce chiffre chute à 33% pour les hommes. Martin et Louis ne s’en sont effectivement jamais plaints !
  • Moins d’un homme sur trois se dit d’accord avec les women events dans les grandes entreprises alors que plus de la moitié des femmes valident ces événements. Pour citer notre regretté Chirac au Parlement européen après une intervention de Thatcher, qu’est-ce qu’elles veulent ces mégères, nos couilles sur un plateau ?
  • Quatre Jovaciens sur cinq se sont déjà sentis mal à l’aise en disant étudier à HEC. « Moi je suis en école de co. »
  • La notion de « politiquement correct » divise : 50% trouvent ça au moins nécessaire, si ce n’est respectueux tandis que 50% pensent que c’est un concept absurde voire dangereux. C’est un peu le « s’essuyer debout » ou « s’essuyer assis » de la haute en fait…
  • 88% des répondants s’opposent à la fermeture du RU le week-end. Si on se retrouve pas au RU le dimanche, on se retrouve à la rue.
  • 74% des répondants ayant entendu parlé du « Caniche gate » trouvent les sanctions un peu trop sévères ou carrément injustifiées. Voile sur les filles (ouh ouh) Injustice pour Nils (ah ah)

 

Résultats

Les résultats interactifs sont accessibles en cliquant ici. Vous pouvez afficher chacun des graphiques en pleine page, en cliquant sur l’icône qui s’affiche en haut à droite du graphique lorsque vous passez votre souris dessus. Vous pouvez également filtrer les résultats pour tester les corrélations : pour ce faire, cliquez sur la catégorie selon laquelle vous souhaiter filtrer (ou même les catégories, avec la touche « ctrl » ou « cmd ») sur un graphique : les autres graphiques se mettent alors à jour.

 

Analyse

L’objectif de ce sondage était d’étudier le sentiment de stigmatisation des HEC ainsi que l’opinion du campus vis-à-vis de la discrimination comme question de société. En plus des discriminations personnelles et des discriminations à l’encontre de minorités généralement reconnues comme telles, nous avons choisi d’étudier le sentiment de stigmatisation éprouvé par des catégories « privilégiées ».

 

1. Discriminations de société

Le sondage portait notamment sur la discrimination en tant que problème de société, en opposition à l’expérience personnelle de la discrimination – traitée dans la partie suivante.

L’objectif était de mesurer la sympathie des HEC pour la lutte contre les discriminations et de la confronter aux discours les plus revendicatifs afin de déterminer le degré d’adhésion du campus à ce combat. En creux, il s’agissait d’approcher la délicate question de l’arbitrage entre liberté d’expression et respect des sensibilités de chacun.

Les HEC ont-ils une conscience des problèmes rencontrés par les minorités ? La réponse est oui pour une large majorité des répondants : 75% des répondants ne sont pas tout à fait à l’aise avec ces thèmes lorsqu’ils en parlent avec les personnes concernées. De même plus de 80% des répondants estiment que se peindre en noir peut être problématique.

Cette sensibilité implique-t-elle une adhésion à la lutte contre les discriminations ? La réponse à cette question semble plus nuancée : si la moitié des répondants reconnait une dimension positive au politiquement correct (« mal nécessaire » et « dialogue respectueux »), 42% le qualifient de « censure des temps modernes ». La transposition en politique semble tout aussi difficile puisque les deux tiers des répondants jugent l’identity politics problématique. Notons toutefois que 27% des sondés ignoraient ce concept issu de la politique américaine. On peut dès lors s’interroger sur la façon dont ce terme est abordé en France : le juge t-on en tant que tel ou l’envisage t-on d’abord comme un concept « américain » impropre à s’appliquer à la vie politique française ?

Existe-t-il une hostilité à l’égard des mouvements anti-discrimination ? Le sondage ne permet pas de répondre directement à cette question mais semble mettre en évidence l’existence d’une hostilité vis-à-vis des discours les plus revendicatifs impliquant un auto-contrôle (parfois qualifiés de liberticides) : 18% des répondants déplorent le fait que se peindre le visage en noir soit vu comme une discrimination. Une partie des répondant semble même se sentir discriminée par des mouvements revendicatifs : plus d’un quart des répondants estime et déplore que les vegans culpabilisent systématiquement les carnistes. Pour autant, il ne faut pas sur-estimer ces populations qui restent minoritaires.

Les HEC ressentent-ils une pression sociale quand il s’agit d’exposer leur opinion en matière de discrimination ? Le sondage révèle sans surprise que la pression de l’auto-contrôle varie selon le public : famille et amis mettent logiquement plus à l’aise que les minorités et les connaissances éloignées. Toutefois, la proportion de personnes évitant ces conservations est bien plus importante en famille qu’entre amis. Cela suggère peut-être l’existence d’un tabou autour de la politique au sein de la famille, à moins que cela ne s’explique par la forte homogénéité politique des cercles d’amis (politiquement nos amis nous ressembleraient plus que notre famille, d’où une moindre réticence à parler de sujets polémiques).

L’analyse des corrélations entre les questions nous amène à mettre au jour certains « profils » qui semblent de distinguer dans notre panel. Par exemple : parmi les personnes répondant « juste pour rire » à la question « Se peindre le visage en noir c’est… », on trouve plus de réponses « le politiquement correct est la censure des temps modernes », « je désapprouve fortement l’identity politics », « il existe un racisme anti-blancs », « on déteste les riches en France », « je suis fier de dire que je suis à HEC ». On trouve également plus d’hommes, plus d’omnivores et plus de personnes évitant de parler de discrimination avec les minorités. Cela suggèrerait donc un sentiment accru de la pression d’auto-contrôle vécue comme liberticide.

 

2. Discriminations personnelles

Le sondage s’intéressait également aux discriminations vécues par les HEC individuellement, en raison de leurs caractéristiques personnelles plus que d’une prise de position de société.

Si la moitié du panel a déjà été critiquée pour son physique (le reste étant sûrement composé uniquement de mannequins), on observe que ces critiques ont touché proportionnellement légèrement plus de femmes que d’hommes, 56% des femmes ayant répondu oui à cette question contre 48% des hommes. Un résultat peu surprenant quand on connaît la pression reçue par la gent féminine sur son apparence en général.

Nous avons essayé de détailler les facteurs plus précis de discrimination subies par les HEC. Du point de vue méthodologique, le panel de motifs de discriminations proposé était suffisamment large pour englober la quasi-totalité des discriminations, puisque 89% des sondés indiquent n’avoir jamais subi de discriminations « autres ».

Seulement 7% des sondés se déclarent « non concernés » par les discriminations. La discrimination est un phénomène de masse.

Se distinguent d’abord les motifs de discrimination qui ont chacun été rencontrés par une moitié de répondants environ : le style vestimentaire ou capillaire (53%), le poids (46%) et le comportement (49%). Ces discriminations sont probablement les plus répandues parmi les HEC parce qu’il ne faut pas appartenir à un groupe restreint pour les subir : on peut par exemple être stigmatisé pour ces motifs par des membres de sa famille – ce que notre sondage confirme puisque la famille est désignée responsable par plus de 10% des sondés uniquement pour ces 3 cas.

Ces trois discriminations entrent ainsi en opposition avec des discriminations moins fréquemment rencontrées comme celles liées à l’orientation sexuelle (15% des sondés) ou à l’origine ethnique (17% des sondés) – peut-être car la diversité ethnique est assez faible au sein des HEC Grande École.

Par ailleurs, il est intéressant de remarquer que certains facteurs de stigmatisation semblent propres aux femmes – ou du moins les affectent davantage que les hommes : on critique plus les femmes que leurs homologues masculins quant à leur comportement (quand elles ondulent sur la piste), leur poids (61% des femmes ont déjà été critiqué à ce sujet contre 34% des hommes), mais aussi de façon plus surprenante sur leur taille, un facteur de discrimination a priori plus masculin que féminin. À l’inverse, aucun facteur de discrimination ne se distingue comme typiquement masculin dans notre échantillon.

Pour la quasi-totalité des motifs, les pairs sont les premiers responsables des discriminations.  Ainsi, des sondés déclarent avoir été stigmatisés en raison de leur taille par « leurs pairs » alors qu’ils ne sont que 8% à l’avoir été par un inconnu. Les discriminations sont donc plus souvent formulées par des proches.

Apparaissent trois grandes manifestations des discriminations.  Pour 28% des sondés, la stigmatisation a pris la forme d’un sentiment de malaise : elle n’est pas reçue frontalement. On retrouve ensuite la moquerie pour 25% des sondés. Dernier stade, celui de la violence verbale (25% des sondés également). La discrimination est donc un phénomène complexe qui peut prendre majoritairement trois formes d’intensité graduelles, sans qu’aucune ne domine l’autre. D’autres manifestations plus violentes existent (mise à l’écart, harcèlement en ligne…), mais apparaissent comme beaucoup plus marginales dans notre échantillon.

La fracture masculin/féminin évoquée plus haut ne perdure pas au long du questionnaire : à la question « As-tu déjà critiqué le physique d’une personne ? », on observe l’homogénéité des réponses entre hommes et femmes (ce qui, corrélé avec la question précédente, permet de déduire que hommes comme femmes bitchent plus volontiers…sur les femmes). Si 8% des répondants déclarent ne jamais critiquer les autres sur leur physique (ce qui fait 8% de menteurs à HEC), le bitchage est quelque chose d’occasionnel, 20% de l’ensemble seulement avouant s’y adonner régulièrement ( A m’asseoir sur un banc cinq minutes avec toi, Et critiquer les gens tant qu’y en a  ).

La question du Caniche-gate est mal connue : plus de la moitié des répondants n’en a pas entendu parler. En fait, c’est majoritairement les M1 et les VM qui sont au courant de l’histoire, car ils étaient dans la mailing list concernée. À noter que ce résultat est légèrement biaisé, car beaucoup de L3 ont eu vent de l’histoire sans connaitre sa dénomination à HEC. Si la sanction de l’élève parait sévère a 30% des répondants, on remarque que ceux qui ont déjà été victime de discrimination physique la trouvent plus légitime que les autres.

 

3. Privilèges ?

Les questions précédentes ont montré une certaine sympathie pour les problèmes rencontrés par les minorités. En est-il de même pour ceux rencontrés par des catégories privilégiées ?

Le sondage révèle que 57% des répondants estiment que l’assertion « En France on déteste les riches » a une part de vérité. A l’inverse, pour plus de 70% du panel, il n’existe pas de discrimination anti-blancs (ou à la marge). Notons cependant que cette proportion tombe à 54% pour les personnes considérant le politiquement correct comme une censure.

Les HEC se sentent-ils eux-même stigmatisés à cause de leur école ? Cette question est complexe mais il semble en tout cas que plus de 80% des répondants aient déjà été mal à l’aise en disant qu’ils étaient à HEC. Pour la moitié d’entre eux cela arrive très fréquemment. On peut supposer que ces proportions varient selon le public devant lequel il s’agit de se présenter, toutefois le sondage ne nous permet pas de l’affirmer. En revanche, les résultats montrent que près de 75% des personnes indiquant ne jamais avoir été mal à l’aise de dire qu’ils sont à HEC sont des hommes, contre 55% en général.

Cette réticence à se présenter comme un élève d’HEC peut avoir plusieurs raisons : peur d’être associé aux clichés négatifs des écoles de commerce, réticence à afficher son succès, honte du choix de cette formation, pudeur, discrétion… Un certain nombre de ces motifs doit donc être plus présent chez les femmes : la discrétion est par exemple une qualité plus valorisée chez les femmes que chez les hommes.

Par ailleurs, on note que les L3 ont moins tendance à être mal à l’aise à cause d’HEC. Leur admission étant plus récente, on peut supposer qu’une partie d’entre eux n’a pas encore eu le temps d’expérimenter ce sentiment.

Enfin, la dernière question portait sur les événements réservés aux femmes dans les grandes entreprises. Il s’agissait notamment de déterminer si ceux-ci étaient perçus comme discriminatoires à l’égard des hommes. Les résultats révèlent sans grande surprise une corrélation avec le genre : moins d’un homme sur trois se dit d’accord avec les women events alors que plus de la moitié des femmes les approuvent.

Notons pour terminer que cette question avait déjà été posée lors du QPV#10 sur le sexisme. La répartition des réponses était quasiment identique et la même corrélation avec le genre avait été mise en évidence. Rien de nouveau sous le soleil du Josas donc.