QPV#24 L’argent

Cette enquête a été adressée le 30 octobre 2019 aux étudiants francophones du programme Grande École. Un grand merci aux 850 (!!) votants. Le formulaire-type est disponible ici.

Chiffres clés

  • 850 répondants pour ce QPV. Record battu !
  • 70% du panel trouvent les prix du RU élevés ; 75% jugent le rapport qualité/prix des logements du campus mauvais voire très mauvais. « Ni se nourrir, ni se loger n’est gratuit, j’crois qu’avec ça j’ai tout dit ! Ce campus est cruel » (Vald, en tout cas dans l’idée)
  • 43% des étudiants ne travaillent pas de manière régulière pour gagner de l’argent. Mais elle est où ??? Elle est où la moulaga ?
  • Seul 1 répondant sur 5 trouve que le coût ne la vie n’augmente pas à HEC. « Toujours un foodtruck sur le tec’, même quand y a pas de POW, on veut que monter comme les prix à Jouy » (Nekfeu, dans l’idée encore une fois)
  • 2/3 des Jovaciens ne finissent jamais, ou presque, le mois en découvert. Matelas financier plus agréable que ceux des AP !
  • 39% des étudiants interrogés sont peu au fait des services gratuits mis à leur service sur le campus (Language Center, revues, sites spécialises…) – mais les infrastructures sportives restent incontestablement le service gratuit le plus utilisé ! Après tout, si c’est gratuit c’est que ça vaut rien, non ?
  • Parmi les répondants dont les parents vivent à l’étranger, 47% trouvent les salaires à 6 chiffres mérités, contre 31% pour l’ensemble du panel. « S’lever pour 1200 c’est insultant » pour SCH alors quid de se lever pour rentabiliser ses 15 100€ ?
  • 60% des sondés disant vouloir gagner assez pour vivre confortablement mais pas non plus avec faste ne chercheraient pas à gagner plus de 10 000€. C’est quasiment du bénévolat à ce niveau-là !

Résultats

Les résultats interactifs sont accessibles en cliquant ici. Comme d’habitude, n’hésitez pas à afficher les graphiques pleine page et à filtrer les réponses pour explorer les résultats !

 

Analyse

 

1. Situation financière personnelle

 L’une des ambitions de ce sondage était de mesurer la diversité des situations financières des élèves d’HEC. Au-delà d’une simple description, nous aimerions étudier si la situation financière personnelle des HEC confirme le statut de « privilégiés » qu’on leur prête volontiers : tous les HEC ont-ils un train de vie fastueux financé exclusivement par leurs parents ? Si la réponse semble évidemment être « non » au regard des réponses à ce sondage, nous tenterons d’affiner l’analyse et de voir ce qui distingue les plus fortunés des HEC des moins aisés, les boursiers.

 

La diversité des situations financières personnelles s’illustre dès la première question, « combien tes parents te donnent-ils par mois (loyers compris) ? ». On constate par exemple que les inégalités hommes/femmes n’épargnent pas la vie familiale. Les hommes sont surreprésentés dans la catégorie des bénéficiaires de + de 1000 €/mois gratifiés par leurs parents : presque 62% d’entre eux le sont, contre 57% en moyenne, soit 5 points de différence. En revanche, les étudiants ne percevant aucune aide de leur famille sont aussi bien plus souvent (7 points au-dessus de la moyenne) masculins ! Maman a dit que c’était moi son préféré.

La catégorie des personnes recevant entre 500 et 750 €/mois de la part de leurs géniteurs se démarque des autres. Elle est divisée en deux : parmi eux, on peut opposer ceux qui n’estiment pas avoir besoin de compléter leurs revenus (50% ne travaillent pas du tout, contre 43% des sondés en général) avec ceux qui travaillent pour moins de 250 €/mois (1/4 contre 1/5). De plus, on constate que le premier sous-groupe est très régulièrement à découvert (4,5 points de plus) alors que l’autre ne l’est presque jamais (3,6 points d’écart de plus). Une explication possible serait de voir ces deux sous-groupes comme suit : ceux dont les parents financent le logement + un complément, et ceux dont les parents n’assument que le logement. Cette dernière catégorie aurait alors des difficultés à financer ses pâtes au pesto et ses pintes : il utilise son découvert pour solder ces activités. Tips du jour : le LCL est la banque qui offre l’autorisation de découvert la plus généreuse.

Par ailleurs, les réponses à la question « travailles-tu de manière régulière pour gagner de l’argent ? » mettent en évidence une forte corrélation (négative) entre l’aide des parents et les revenus obtenus par son propre travail. S’il pouvait sembler évident d’imaginer que plus l’aide des parents est élevée, moins l’étudiant sera encouragé à travailler, le sondage ne montre aucun lien entre les revenus personnels des HEC et leur éventuel statut de boursier. Il semblerait que la bourse ne se substitue pas au travail. Statistiques 1 – Théorie de l’assistanat 0.

La fréquence de découvert en fin de mois discrimine moins les répondants que l’on aurait pu l’imaginer. Étonnamment, il n’y a aucune corrélation entre le statut de boursier et la fréquence de découvert. D’ailleurs, les étudiants à découvert tous les mois ne sont ni forcément boursiers, ni matériellement délaissés par leurs parents. À proportion de 64%, contre 57% en moyenne, ils sont principalement des hommes. I also like to live dangerously …

 

Comme annoncé plus haut, nous voudrions maintenant analyser plus spécifiquement les réponses à la question « es-tu boursier ? » – et particulièrement les corrélations avec les réponses aux autres questions. Avant de rentrer dans le vif du sujet, essayons de comprendre le contexte des bourses sur critères sociaux pour appréhender avec le plus de justice le sujet délicat de l’élitisme et de la méritocratie à HEC. Combien pouvons-nous attendre de boursiers à HEC ?

Les boursiers en France

Pour l’année scolaire 2018-2019, on dénombrait en France plus de 710 000 boursiers, soit 37,5% des étudiants. Ces derniers sont principalement concentrés dans les académies d’Outre-Mer, de Corse, d’Amiens et de Montpellier. Inversement, leur part est la plus faible à Versailles et Paris, où à peine plus de 25% des étudiants sont boursiers. Les régions les plus aisées sont donc celles avec la proportion la plus faible de boursiers. En effet, le CROUS considère en priorité les revenus, sans tenir compte du coût de la vie de la région.

Alors avec 13,3% de boursiers à HEC, est-ce qu’on peut la considérer comme une école aussi privilégiée qu’elle semble être ? Pas vraiment, car il faut tenir compte du statut particulier des étudiants en école de commerce.

 Les boursiers en écoles de commerce

Les boursiers représentent seulement 12,7% de la population d’école de commerce. C’est-à-dire, non seulement beaucoup moins que le niveau national, mais surtout, moins qu’HEC. Cette proportion est en baisse de 1,5 points par rapport à 2012, alors même que la part des boursiers toutes études confondues a augmenté de presque 1 point sur cette même période.

Toutefois, cette part ne reflète pas la totalité de la situation. Ce chiffre – bien que révélateur du coût des études beaucoup plus élevé que dans les autres formations et d’un certain élitisme – est faussé par la proportion d’étudiants rémunérés. La formation professionnelle rémunérée est en effet bien plus présente en école de commerce : stages obligatoires, contrats d’alternance … Les étudiants en alternance (plus d’1/4 à l’ESSEC) ne peuvent plus être considérés comme boursiers. Or, ce sont ces derniers-mêmes qui sont les plus friands de l’alternance !

Les boursiers à HEC

L’origine sociale des parents (cf. QPV#1) et l’origine géographique des étudiants, provenant de l’Île-de-France pour plus de la moitié d’entre eux, avec un revenu moyen plus élevé et un éloignement géographique moindre (critères essentiels dans l’attribution d’une bourse CROUS), devraient réduire de beaucoup le nombre de boursiers.

Comment alors expliquer les 13,3% de boursiers dans l’école la plus privilégiée de France ?

Une action sociale : HEC pour tous
  • La gratuité des concours pour les boursiers encourage l’inscription aux écoles prestigieuses
  • Des “Bourses Prépa” pour que les étudiants boursiers CROUS en CPGE puissent continuer leurs études avec un allégement de leurs contraintes financières
  • Un programme de tutorat avec Fleur de Bitume (avant le bac) et Prep’HEC (après le bac) pour démystifier HEC
Une absence de contrat d’alternance
  • Une poignée d’étudiants seulement à HEC obtiennent un contrat d’alternance. Le nombre de boursiers est donc maintenu artificiellement à un niveau élevé (puisqu’aucun boursier ne perd son statut de boursier en devenant alternant)
  • Or, ces contrats sont généralement pourvus par les étudiants les moins bien lotis financièrement

Ces explications ne doivent toutefois pas éclipser les inégalités structurelles auxquelles font faces les classes les moins aisées, toujours très largement sous représentées en école de commerce, et plus particulièrement à HEC.

On peut tout de même saluer les 18% d’étudiants aidés par la Fondation HEC, dont 4,6% le sont alors qu’ils ne remplissent pas les critères sociaux pour accéder à une bourse du CROUS.

Fun fact : pour la population d’étudiants recevant plus de 500€/mois de leurs parents, on remarque que les bourses de la fondation HEC sont distribuées très inégalement selon le lieu de domiciliation des parents :

  • À l’étranger: 27,5% sont aidés par la Fondation HEC
  • À Paris ou en banlieue: 5% perçoivent une aide
  • En province: 14% obtiennent un soutien financier de la Fondation

@FranckSégard ?

 

2. Le coût de la vie à HEC

Au premier plan lorsque l’on aborde la question du coût de la vie à HEC : le RU, dont les prix sont souvent fustigés. Une des questions posées dans le sondage abordait ce point ; plusieurs conclusions peuvent être tirées de ses réponses. On constate notamment que les femmes trouvent en moyenne les repas plus chers que les hommes, peut-être parce qu’elles se dirigent vers des menus plus chers et sont moins nombreuses à prendre le menu éco (#balancetonplatvegan). Mais ce sont surtout les boursiers et les provinciaux (dont 40% sont aussi boursiers) qui font les frais des prix élevés du RU : 65% d’entre eux déclarent restreindre leur consommation à cause du prix des repas. Par ailleurs, ceux qui trouvent les prix du RU élevés ou trop élevés sont en moyenne plus souvent à découvert que la moyenne des répondants.

Autre sujet de discorde : les loyers. Les HEC jugent sévèrement le rapport qualité/prix des logements sur le campus : 75% lui attribuent une note inférieure ou égale à 2/5. Ce résultat est le même que l’on considère l’ensemble des sondés ou ceux dont les parents vivent en province ou en banlieue parisienne ; en revanche, les sondés dont les parents vivent à l’étranger ont un avis beaucoup plus positif sur ce rapport qualité/prix : ils ne sont plus que 16,7% à lui attribuer la note de 1/5. Ceci peut s’expliquer par un prix plus élevé des logements dans les villes de résidence des parents expatriés, notamment Londres. De plus, plus un sondé est soutenu financièrement par ses parents, plus son jugement sur le rapport qualité/prix des logements à HEC est positif. Ainsi, 38% de ceux qui reçoivent 1 à 250 euros par mois de leurs parents considèrent que les logements à HEC sont « une arnaque », tandis que ce chiffre tombe à 20,14% parmi ceux qui reçoivent plus de 1000 euros par mois. En conclusion, les sondés issus d’un milieu aisé ou qui sont le plus aidés par leurs parents ont tendance à juger moins négativement le rapport qualité/prix des logements à HEC, sûrement parce qu’ils sont habitués à payer des loyers beaucoup plus chers.

Pour autant, tous les services du campus ne sont pas critiqués pour leur prix : les services gratuits connaissent un certain succès – mais un succès inégal. Tous les services gratuits proposés par HEC (BU, sites spécialisés, presse, infrastructures sportives), ne sont pas connus de tous : en tendance, ils sont moins utilisés par les élèves boursiers que par le reste des répondants, ce qui témoigne d’une méconnaissance de ces services. Le language Center reste le service le moins utilisé par les étudiants, par opposition aux infrastructures sportives, utilisées par près de 80% des HEC.

Dans l’ensemble, les étudiants ayant déjà passé au moins une année sur le campus considèrent massivement que le coût de la vie augmente à HEC. En effet à la question « trouves-tu que le coût de la vie augmente à HEC, sur une échelle de 1 (non) à 5 (hyperinflation) ? », les valeurs 4 et 5 regroupent 72% des réponses. Cette tendance est globale puisqu’elle est partagée par l’ensemble des étudiants, et ce indépendamment du montant que leur versent chaque mois leurs parents. De plus, alors que 22% du panel choisissent la réponse 5/5, ce chiffre monte à 30% parmi ceux qui jugeaient le rapport qualité/prix des logements à HEC très médiocre (1/5). Cette corrélation peut s’expliquer par le fait que les étudiants en deuxième année ou plus sont obligés de choisir des logements aux loyers plus élevés que les étudiants en L3.

3. Rapport à l’argent

L’argent, surtout en France, a une place ambiguë dans la société : il est désiré, tant pour ce qu’il permet d’acquérir qu’en tant que valeur en soi, mais est également source de méfiance voire de haine. Quel sentiment l’emporte parmi les élèves de HEC ? Comment cela se manifeste-t-il dans les opinions, les projets, les habitudes de consommation ?

L’argent est-il une préoccupation ?

Au regard du niveau de vie souhaité, l’argent semble être une préoccupation pour la majorité des répondants. Seuls 8% d’entre eux estiment que cela ne constitue pas une priorité. Pour les autres, l’argent semble avant tout être un moyen pour accéder à un niveau de vie confortable voir luxueux. Seuls 6% de l’ensemble affirme vouloir gagner autant d’argent que possible, sans mentionner le niveau de vie souhaité.

Au quotidien cependant, une partie plus importante des répondants s’estiment peu voire pas préoccupés par l’argent (27%). Ceux-ci restent toutefois minoritaires : un tiers du campus s’estime neutre sur cette question et près de 40% se disent plutôt préoccupés par l’argent. Sur le campus, les fourmis sont donc plus nombreuses que les cigales

Dans quelle mesure cette préoccupation est-elle vécue comme une contrainte ?

Près de la moitié des personnes préoccupées par l’argent souhaiterait moins y penser, contre moins du quart de l’ensemble. Parmi eux, on trouve proportionnellement plus de boursiers : 25% contre 18% pour l’ensemble.

Par ailleurs, les deux tiers des personnes peu ou pas préoccupées par l’argent trouvent leur rapport à l’argent assez équilibré, contre moins de la moitié des personnes préoccupées. Le détachement vis-à-vis des questions financières semble donc plus valorisé, du moins il est moins fréquemment perçu comme anormal. En un mot, avoir un rapport à de l’argent détaché serait moins honteux.

De même, le sondage révèle une opinion plutôt négative vis-à-vis des « salaires de plusieurs millions » : près de 40% des répondants expriment un avis négatif à ce sujet contre 30% d’avis plutôt positifs (même si, nous en avons conscience, cette question est complexe et difficilement résumable à un avis aussi général). Pour l’essentiel, cette différence est due à la proportion de réponses « extrêmes » : les avis clairement négatifs (1/5) sont plus de deux fois plus nombreux que les avis clairement positifs (5/5).

Cependant, pour la majorité du campus, l’argent reste un élément important. Dans quel avenir financier se projettent les HEC ?

Le campus semble divisé en deux groupes : les uns aspirant à « gagner suffisamment pour vivre confortablement » (42%) et les autres souhaitant avoir « un train de vie fastueux » (43%).

La question « à partir de quel revenu penses-tu que tu arrêterais de vouloir gagner plus ? » révèle une réelle différence d’objectif financier entre ces deux groupes : la majorité des personnes souhaitant vivre confortablement se contenterait d’un revenu inférieur de 6000€ par mois, quand la majorité des personnes souhaitant vivre dans le luxe ne serait pas totalement satisfaite en dessous de 12 000€. Dans les deux cas, les revenus restent très élevés comparés au revenu médian français, mais notons bien que le sondage invitait à exprimer le revenu maximum rêvé et non la prétention salariale à proprement parler.

Le sondage suggère d’autres différences entre ces deux groupes : par exemple, 45% des personnes souhaitant vivre dans le luxe skient tous les ans contre 36% des personnes voulant vivre confortablement. Pour autant, la proportion de boursiers varie peu entre ces deux catégories.

Enfin, la moitié des femmes souhaitent vivre confortablement contre seulement 36% des hommes. Ces derniers sont en fait sur-représentés parmi les personnes souhaitant vivre dans le luxe et souhaitant gagner le plus d’argent possible. Soulignons toutefois que cela peut être lié à une variable sous-jacente et à l’aléa de l’échantillon (la dotation des parents et la proportion de bousiers n’est par exemple pas la même selon le sexe).

Pour finir, les notions de richesse et de cherté ne semblent pas avoir la même signification pour tous les répondants.

Plus de la moitié des personnes souhaitant vivre confortablement trouve qu’un restaurant de 17€ est cher, contre un tiers des personnes souhaitant vivre dans le luxe.

Enfin, à la question « à partir de quel revenu mensuel net arrêterais-tu de vouloir plus », près de 38% des boursiers ont donné un salaire inférieur à 5000€, contre à peine 25% des non-boursiers. Pour autant, les aspirations des boursiers en termes de niveau de vie ne semblent pas différentes des non boursiers (question « quelle affirmation te correspond le mieux ? »). En moyenne, les boursiers pensent donc atteindre les mêmes objectifs que les non-boursiers avec des ressources financières plus faibles.