QPV#17 Vie amoureuse et sexuelle

Cette enquête a été adressée le 19 mars 2019 aux étudiants francophones du programme Grande École. Un grand merci aux 667 votants. Le formulaire-type est disponible ici.

Chiffres clés

  • 50% des HEC sont en couple. How cute !
  • 39% des HEC ont déjà utilisé Tinder (ou autres sites de rencontre). Parmi ceux qui l’utilisent fréquemment, 37% sont en couple. Par ailleurs, 36% des HEC ont déjà été infidèles. Complot illuminatinder.
  • 41% des étudiants interrogés ont eu au moins une relation de plus de 2 ans. Ce chiffre est logiquement croissant, de 30% pour les L3 à 50% pour les VM et M2Hautes Études Conjugales.
  • 93% de notre panel a déjà eu un rapport sexuel. C’est PAM mirobolant !
  • 32% des étudiants interrogés confient avoir déjà eu un rapport anal. Financial ANALysts.
  • 8% des sondées déclarent n’être attirées que par les femmes, alors que 12% des hommes de notre panel déclarent n’être attirés que par les hommes.
  • Le préservatif masculin a la cote à HEC : c’est le moyen de contraception le plus utilisé (68%). Quel impact sur l’environnement ? 😮
  • Le porno reste un phénomène très majoritairement masculin à HEC : 31% des hommes déclarent regarder du porno au moins 3 fois par semaine, contre… 1% des femmes. Pretends to be schocked.
  • L’étudiant médian à HEC a eu entre 3 et 4 partenaires sexuels dans sa vie, dont un(e) à HECMais certain(e)s font monter la moyenne 😮 
  • Les femmes ont tendance à accorder nettement moins d’importance que les hommes (34% contre 51%) à la performance dans l’acte sexuel. XXX Factor

Résultats

Les résultats sont présentés dans ce tableau de bord Power BI (lien). Les graphes interagissent les uns avec les autres, ce qui vous permet de tester différentes corrélations par vous-même.

En complément, les résultats à la question « Ta chanson préférée pour faire l’amour ? » sont ici : lien.

Analyse des résultats

I- Résumé de l’article

  • Les étudiants à HEC ont eu plus de partenaires que le Français moyen de 18-24 ans, s’alignant sur les standards parisiens, notamment grâce à l’effet campus. Cela ne leur permet pourtant pas d’accéder à des niveaux de satisfaction sexuelle comparables à celui des jeunes parisiens. Encore en phase de découverte de la sexualité, ils n’ont pas touché autant que le Français moyen aux pratiques telles que la sodomie ou l’utilisation de sextoys, réputés arriver plus tard que le cunnilingus ou la fellation dans les relations hétérosexuelles, qui alimentent la majorité de notre panel. De manière cruciale, les différences genrées entre vies sexuelles semblent lissées à HEC par rapport à la situation moyenne.
  • S’opposent deux conceptions de la sexualité. Les étudiants ayant eu beaucoup de partenaires sexuels (≥5) ont une conception ouverte, libre et désacralisée de la sexualité explicable notamment par une prise de recul sur le sexe due à la précocité (…) de leur découverte du sexe. Ils ont expérimenté de nombreuses pratiques (nudes, sodomie…). Même si leur plébiscite massif des apps de rencontre leur ont sûrement permis de peaufiner leur nombre de conquêtes, ces gens ayant eu beaucoup de partenaires sont fréquemment en couple, et ont souvent eu des relations longues. Les étudiants ayant eu peu de partenaires ont une vision plus traditionnelle de la sexualité, restreinte au trio fellation/cunni/sexe vaginal. Habitués des très longues relations, ils sont encore presque systématiquement en couple, et sont extrêmement fidèles. Les étudiants n’ayant jamais eu de relation semblent souvent désintéressés par le sexe : ils ne se masturbent pas, ne vont pas sur du X, et une partie importante d’entre eux (surtout des femmes parmi eux) est satisfaite de leur absence de vie sexuelle.
  • Les femmes semblent aller plus fréquemment dans le sens de la « bonne conduite » dictée socialement : elles donnent des chiffres moins élevés que les hommes sur leur nombre de partenaires sexuels, sont plus fréquemment en couple, et dans des relations longues et déclarent une tendance à l’infidélité nettement plus faible. Cet effet, visible dans toutes les études faites sur le sujet, est le fruit d’une conjointe surestimation de l’activité sexuelle par les hommes, et d’une tendance à la sous-estimation chez les femmes, qui s’ancre dans des stéréotypes de genre sociétaux, type slutshaming. Si les réponses qualitatives sur l’appréhension de la sexualité sont relativement similaires, l’on  notera que les hommes sont beaucoup plus axés sur la performance que les femmes, ce qui trouve sûrement une explication dans la prégnance beaucoup plus marquée de la pornographie chez les hommes.
  • Les hommes gays sont surreprésentés parmi les gens ayant eu des pratiques rares (sextoys, BDSM, sexe à 3 ou plus). Très axés sur les apps de rencontre et couchant relativement peu avec des HEC, ils sont nombreux à avoir dépassé les 8 conquêtes. En revanche, les mecs gays semblent avoir moins tendance à être en couple, et peu d’entre eux sont déjà parvenus à passer le plafond de verre des 2 ans de relation, peut-être à cause de la publicité qu’une relation aussi longue requiert dans un monde hétérocentré et où l’homosexualité n’est encore pas acceptée par tous (famille notamment). Les femmes lesbiennes sont trop peu nombreuses pour tirer de vraies conclusions, mais il semble que l’immense majorité d’entre elles ait pris conscience tard de leur orientation, puisqu’elles ont pratiquement toutes déjà eu des rapports avec des hommes. Comme les gays, elles ont en moyenne plus de partenaires que les filles hétéros, mais utilisent beaucoup moins les apps de rencontre, et parviennent fréquemment (même un peu plus que les filles hétéros) à avoir de longues relations, ce pour quoi l’auteur avoue ne pas trouver d’explication convaincante, à part peut-être le fait que nombre de filles lesbiennes se disent sexuellement satisfaites, ce qui peut diminuer les facteurs de risque de rupture. Mais en réalité, l’on ne sait même pas si ces relations longues ont été vécues avec des filles ou des hommes, dès lors que pratiquement toutes les femmes lesbiennes de notre panel ont expérimenté le sexe (et potentiellement les relations) hétéros par le passé.
  • La consommation de porno semble avoir un effet sur les pratiques sexuelles (les consommateurs sont sûrement inspirés par les vidéos qu’ils regardent, pratiquement la seule source de comparaison des manières d’avoir du sexe), tout comme elle semble impacter l’idée que les étudiants se font du sexe. Les accros au porno accordent une place beaucoup plus importante au sexe dans une relation, et à la performance dans le sexe, conformément à l’image véhiculée par la majorité des vidéos. La conformité des vidéos pornos aux fantasmes de ces messieurs et le caractère lissé et parfait de certaines vidéos semble mener certains à complexer et à déplorer un faible épanouissement sexuel. Chez les femmes, la très faible prégnance du porno semble globalement limiter les conséquences du X à un élargissement de la sphère des pratiques.

II- Quelques remarques générales et comparaisons

Fait-on l’amour à HEC comme partout ailleurs en France ?

On déduit de la mise en parallèle de différentes études et de nos résultats que la pratique des HEC présente de vraies différences avec la pratique moyenne des jeunes en France, mais qu’elle s’aligne véritablement sur la plupart des pratiques sexuelles parisiennes. Un nombre de partenaires moyen plutôt élevé ne permet pas aux HEC d’atteindre un épanouissement sexuel digne de la moyenne des parisiens.

Evidemment, faire des comparaisons à l’échelle nationale, avec des gens dont la vie sexuelle active a été beaucoup plus longue a fort peu de sens, mais pour l’amour des fun facts, sachez que les Français ont 11 partenaires sexuels en moyenne, et que ce chiffre monte à 18 pour les habitants de la capitale. Avec une médiane entre 3 et 4 partenaires, on est encore loin à HEC.

Globalement, les HEC sont dans la même gamme que les Parisiens de leur classe d’âge (18-24 ans), dont 16% ont eu plus de 10 conquêtes sexuelles, alors que les HEC ayant eu plus de 8 partenaires sont 24%, ce qui peut raisonnablement faire penser que les résultats seraient comparables si les mêmes seuils avaient été choisis. Même si le parcours scolaires des étudiants a potentiellement pu faire « perdre » deux ans de vie sexuelle très active lors de leur prépa aux HEC, et même si une forte proportion de HEC ont eu des relations longues, les stats sont comparables.

Cela n’est pas le fruit d’une vie sexuelle commencée plus tôt, puisque l’âge médian du premier rapport, de 17,5 ans en France, est située entre 17 et 18 ans à HEC.

Alors comment les HEC compensent-ils ce retard ? L’origine sociale a un rôle à jouer, puisque les enfants de milieux aisés sont sexuellement plus actifs que la moyenne (IFOP, Le Sexe à Paris).

De plus, il y a un effet campus, qui donne à HEC sa réputation de baisodrome. En moyenne, un(e) partenaire sur deux d’un étudiant à HEC est lui ou elle-même étudiant(e) à HEC, preuve d’une certaine activité sexuelle sur le campus, ce qui permet peut-être un phénomène de rattrapage sur les jeunes parisiens moyens.

Ces résultats sont donc selon toute vraisemblance au-dessus de la moyenne nationale des 18-24 ans, puisqu’on l’a vu, les parisiens ont presque eu deux fois plus de partenaires sexuels que les provinciaux..

Ce n’est pas pour autant que les HEC se sentent épanouis sexuellement plus qu’ailleurs : seuls 25% d’hommes et de femmes se disent très épanouis sexuellement, contre 51% des parisiens de 18-24 ans et 34% des parisiennes. Là encore, l’effet campus où les bails de chacun sont connus et presque publics peut amener certains étudiants à complexer sur leur vie sexuelle, vue comme moins riche qu’un tel ou une telle. La consommation de porno au moins sur des bases hebdomadaires, qui concerne 39% des HEC contre 21% des 16-24 ans et dont l’effet sur l’épanouissement sexuel semble négatif peut être une autre piste.

Il est aussi important de remarquer qu’hommes et femmes se sentent également épanouis sexuellement, ce qui n’est pas du tout le cas à l’échelle des jeunes parisiens, ni à l’échelle nationale.

Au niveau de la vie amoureuse, les chiffres sont assez proches pour les HEC des chiffres-types observés chez les Parisiens : en bref, les HEC sont un poil plus fidèles et plus fréquemment en couple.

Sur la vie sexuelle, les HEC ont pratiqué plus qu’en moyenne en France le cunnilingus et la fellation, mais ont moins touché à des pratiques plus rares telles que l’utilisation de sextoys ou le sexe anal, ce qui peut provenir du fait que ces pratiques sont parfois utilisées par des couples de très longue durée dans une tentative de redynamiser leur libido. Cela révèlerait donc que les HEC sont encore en phase de découverte de la vie sexuelle, et que leur vision moyenne du sexe est assez conformiste.

Enfin, la proportion d’hommes gays et de femmes lesbiennes à HEC est nettement plus dans les standards parisiens (13% et 3% en moyenne) que nationaux (7% et 1%).

III- Trois facteurs explicatifs des réponses

Nous vous proposons 3 angles d’appréhension des résultats, qui nous semblent le plus à même d’être des variables explicatives de l’ensemble des résultats. En effet, le nombre de partenaires sexuels, le genre du répondant, et sa consommation de porno semblent être des éléments déterminants dans l’idée et dans la pratique que les sondés ont du sexe.

a) Des profils-types assez marqués
i) Les gens ayant eu le plus de partenaires sexuels ont une conception plus libérée de l’acte sexuel

Cela transparait dans la grande majorité des questions : plus on est expérimentés sexuellement, plus la conception de la sexualité semble libérée. Dans ce paragraphe, on entendra les gens qui ont eu beaucoup de partenaires sexuels comme les 40% de HEC ayant eu au moins 5 partenaires, et les sondés ayant eu le plus de partenaires comme les 24% de répondants en ayant eu plus de 8. Quelles sont leur particularités ?

Tout d’abord, les gens ayant eu beaucoup de partenaires sexuels sont aussi ceux qui ont fait preuve de la plus grande inventivité dans l’intimité de la chambre à coucher. En particulier, ces individus sont plus nombreux à avoir déjà notamment fait l’expérience de la masturbation (individuelle comme mutuelle), du sexe oral (93% ont déjà donné ou reçu une fellation, 88% pour un cunnilingus, alors que la moyenne est aux alentours des 80% sur ces deux pratiques). Cela peut sembler assez logique, dans la mesure où ces pratiques sont les plus répandues, et s’imposent pour beaucoup comme des quasi-évidences.

Les pratiques plus rares sont elles aussi surreprésentées, preuve d’une décontraction, d’une fantaisie peut-être plus développées : des pratiques comme la sodomie, l’anulingus ou l’utilisation de sextoys voient presque leur score doubler (de 32% à 52% d’adeptes pour le sexe anal, typiquement, augmentation qui n’est pas uniquement expliquée par la forte proportion d’étudiants homosexuels parmi ceux qui ont eu beaucoup de partenaires).

Si les nudes ne sont pas une activité sexuelle à part entière, il reste intéressant de remarquer que seuls 25% des HEC ayant eu beaucoup de partenaires sexuels n’ont jamais reçu ni envoyé de nudes, contre presque 50% des HEC en moyenne : là encore, on remarque une approche plus décontractée, moins pudique, plus libérée de la sexualité.

Cela vient peut-être d’une forme de désacralisation de l’acte sexuel, à la fois issue de la diversité des partenaires (plus on a eu de partenaires, moins on a tendance à sacraliser l’acte sexuel) et d’une forme de prise de recul lié à l’âge auquel le premier rapport sexuel a eu lieu. Celui-ci arrive très sensiblement plus tôt chez les HEC ayant eu beaucoup de partenaires : la moitié d’entre eux avait perdu sa virginité avant 16 ans (contre 33% en moyenne).

Une autre hypothèse potentiellement valide est que les gens ayant eu beaucoup de partenaires n’ont jamais véritablement sacralisé l’acte sexuel, ce qui les a menés à commencer plus tôt, et donc – assez logiquement – à s’être offert plus d’opportunités depuis, ce qui les a menés à dépasser les 8 partenaires.

De manière plus polémique, cette désacralisation de l’acte sexuel peut éventuellement s’étendre à une forme de désacralisation de l’infidélité, ce qui expliquerait que 60% des gens ayant eu beaucoup de partenaires sexuels ont déjà été infidèles, contre 40% en moyenne.

Cette forte proportion d’étudiants ayant déjà été infidèles peut aussi être liée à un plus grand enthousiasme du sexe parmi les gens ayant eu beaucoup de partenaires, qui sont nettement plus nombreux à voir dans le sexe une composante essentielle d’une relation (84% contre 73%) : peut-être peut-on imaginer que lors de périodes sexuellement peu actives de leur couple, les étudiants concernés sont allés voir ailleurs pour trouver l’élément sexuel essentiel qui leur manquait. Le sexe semble d’ailleurs être un élément plus important dans la vie des 5+ que pour la moyenne des HEC, puisqu’ils ne sont que marginalement plus nombreux à être satisfaits de leur vie sexuelle. Cela pourrait certes être expliqué par des profils ayant eu beaucoup d’expériences révolues n’apportant aujourd’hui plus d’épanouissement sexuel, mais le fait que 40% des 5+ aient eu des relations avec au moins 3 personnes à HEC (donc assez récemment) semble prouver qu’il y a aussi (et surtout ?) des plus hautes attentes sexuelles parmi les 5+.

Pour celles et ceux qui se demandent comment atteindre 8 partenaires sexuels, une bonne dose de sites de rencontre semble être nécessaire : 70% des sondés ayant eu le plus de partenaires sexuels ont déjà utilisé Tinder, contre 40% en moyenne.

Cela n’a cependant qu’un impact marginal sur la situation amoureuse des 5+ relations, qui semblent simplement nettement moins bien supporter le célibat. Si les statistiques sont très similaires entre eux et la moyenne sur la proportion de maqués, les 5+ sont surreprésentés parmi les étudiants ayant des sexfriends ou chopes régulières. Ces étudiants étant plus détendus et semblant plus apprécier le sexe, il est assez logique qu’ils soient plus réfractaires à un célibat brut.

L’étude montre enfin que les 5+ sont loin d’être des serial-coucheurs incapables de tenir un couple : ils sont aussi nombreux qu’en moyenne à déjà avoir eu des relations longues (>1 an), et 43% des 5+ ont dépassé des relations de 2 ans.

Enfin, parmi les 274 sondés ayant eu beaucoup de partenaires, il est impressionnant de remarquer que seulement 106 sont des femmes, ce qui est assez suspect et peut traduire un biais très classique, visible dans toutes les études sexuelles : une  constante sur-estimation masculine comparée à une sous-estimation fréquente du nombre de partenaires chez les femmes. Entre autres, cela est l’objet du deuxième paragraphe.

ii) Chez les gens ayant eu moins de partenaires sexuels, une forme d’appréhension semble dominer

Il conviendra de distinguer les gens n’ayant eu aucun partenaire sexuel des autres.

Sur les premiers, fatalement, il n’y a pas énormément à dire : pour l’immense majorité célibataires, ils n’ont souvent jamais eu de relation (58%) ou n’ont eu que des relations assez éphémères (26% de moins de 6 mois). Pour un quart d’entre eux, le bisou sur la bouche reste un seuil à franchir, mais se dégage globalement une forme d’appréhension de la chose sexuelle : très peu d’étudiants n’ayant jamais eu de partenaire sexuel se sont déjà masturbés, la majorité ne va jamais sur des sites pornos.

Un autre aspect révélant cela est que – si ces étudiants n’ont jamais eu de relation sexuelle – ils ne sont pourtant pas attirés du tout par les applis de rencontre pour en trouver : plus encore, 30% d’entre eux réprouvent ces applis, contre 13% en moyenne.

Par ailleurs, si le fait d’aller en POW n’est pas clairement corrélé avec le nombre de partenaires, le fait de ne pas aller en POW est corrélé lourdement avec le fait de n’avoir pas ou peu eu de partenaires, en particulier avec des HEC. Parmi les L3+M1 (donc les étudiants susceptibles d’aller fréquemment en POW) n’y allant jamais, 85% n’ont jamais eu de partenaire à HEC, et 21% n’ont jamais eu de partenaire tout court, contre 41% et 8% en moyenne.

Enfin, il semble que cette situation soit un choix pour une importante minorité des étudiants n’ayant jamais eu de partenaire sexuel : 25% d’entre eux se disent épanouis sexuellement.

Pour les gens ayant eu peu de partenaires (1 ou 2), le profil-type est celui d’une vision assez traditionnelle du sexe, pratiqué en couple (66% contre 50% en moyenne) et sans grande inventivité : bien que les relations des gens ayant eu peu de partenaires soient en moyenne très longues, rares sont ceux qui s’aventurent à utiliser des sextoys, rares sont également les hétéros à avoir déjà pratiqué le sexe anal dans cette catégorie.

Le constat est identique pour les nudes (25% en ont reçu et envoyé contre 35% en moyenne). C’est assez inexplicable par autre chose qu’une vision conformiste et traditionnelle de la nudité et de la sexualité, puisque sur des relations aussi longues, il y a nécessairement des moments de relation à distance où les nudes auraient été opportuns : c’est donc sûrement par choix et non par manque d’opportunité que les gens ayant eu peu de partenaires n’envoient pas de nudes.

Derniers faits saillants révélant un côté tradi dans l’approche du sexe : les étudiants ayant eu peu de partenaires ont vécu leur première fois assez tard par rapport au HEC moyen, vers 18-19 ans, et n’ont jamais été infidèles pour l’immense majorité (86% d’entre eux ne l’ont jamais été, là encore malgré des relations très longues).

Donc au total, deux gros sous-profils type : des gens ayant eu beaucoup de partenaires, beaucoup d’expériences et ayant commencé le sexe tôt qui semblent souvent prendre le sexe avec légèreté versus des conceptions plus traditionnelles, presque conventionnelles, rangées d’un sexe pratiqué en couple et limité au triptyque cunni/fellation/sexe vaginal (//ciseaux//sexe anal, selon l’orientation).

b) Quelles sont les différences d’appréhension des questions sexuelles selon les genres et orientations sexuelles, et comment les expliquer ?
i) Le genre

Les hommes et les femmes à HEC semblent présenter des profils sexuels plutôt cohérents et uniformes : leur première fois se fait à peu près au même moment et les pratiques qu’ils déclarent sont – à l’exception du sexe anal, boosté chez les garçons par la proportion d’hommes homosexuels – de commune mesure.

Cela n’empêche néanmoins pas l’apparition de très lourdes distinctions entre les genres sur certains domaines.

Tout d’abord, et cette tendance est observée dans tous les sondages traitant la question à l’échelle nationale, les femmes ont tendance à présenter une vision de leur sexualité beaucoup plus « modérée ». Notamment au niveau de leur nombre de partenaires, on compte pratiquement 2 fois plus d’hommes que de femmes (29% contre 17%) à déclarer avoir dépassé les 8 partenaires sexuels. Cela est explicable pour trois raisons selon les études ayant été menées. D’une part, la persistance d’une vision salissante de la vie sexuelle des femmes les pousse à mettre plus loin la barre à franchir pour être « partenaire sexuel ». Par exemple, les garçons ont plus tendance que les filles à définir comme partenaire sexuel quelqu’un les ayant masturbés. D’autre part, il semblerait que – et cette pression de slutshaming a aussi quelque chose à voir avec cela – les femmes comptent réellement leur nombre de partenaires, alors que beaucoup d’hommes ont tendance à estimer à la louche lorsqu’ils ont eu plus de partenaires que de doigts sur une main. La dernière explication possible serait une forme de mensonge, de non-déclaration chez les femmes ou de surdéclaration chez les hommes.

Pour donner une idée de la mesure : en moyenne en France, les hommes déclarent 14 partenaires, contre 7 pour les femmes. A HEC, ces différences sont réduites (la médiane est entre 3 et 4 partenaires pour les deux), ce qui est en soi plutôt bon signe pour le combat d’une égalité des considérations entre les sexes.

Cette idée pourrait aussi permettre d’expliquer plus ou moins directement d’autres différences perçues : les femmes sont notamment significativement moins nombreuses à déclarer avoir déjà été infidèles (67% des femmes disent avoir toujours été fidèles contre 60% des hommes). Si cela peut bien entendu être vrai, peut-être parce que les hommes sont plus à l’aise avec cette idée d’infidélité que des femmes plus sujettes au slutshaming, les trois biais mentionnés plus haut peuvent également s’appliquer. La même chose vaut pour la durée de la plus longue relation, sensiblement supérieure chez les femmes, et le taux de personnes de chaque genre en couple : une femme étant sortie avec quelqu’un pendant 1 an et 10 mois pourrait plus avoir tendance à dire que sa relation a duré « deux ans et plus » qu’un homme.

Bonne nouvelle pour l’égalité aussi, les conceptions de l’importance du sexe dans un couple, et la proportion d’épanoui(e)s sexuellement est très similaire entre les genres : on n’observe pas de dévalorisation du rôle du sexe dans un couple par les femmes.

Néanmoins, la conception de l’acte sexuel en lui-même est soumise à des effets extérieurs (cf plus bas), et – notamment la consommation de porno et l’image collective – semblent conduire les hommes à accorder une valeur bien plus importante à la performance dans l’acte sexuel, au détriment – peut-on penser – de la symbiose entre les individus ou du sentiment de complicité.

ii) L’orientation sexuelle

Nous commencerons par parcourir les spécificités de la vie sexuelle des hommes gays à HEC, avant d’étudier celles des femmes lesbiennes.

Le premier fait saillant est la forte activité sexuelles des étudiants gays du panel : 50% d’entre eux ont déjà eu plus de 8 partenaires, c’est 2 fois plus que les statistiques observées sur les étudiants hétérosexuels.

Cela vient certainement notamment d’une utilisation pratiquement universalisée des apps de rencontre, adoptées par 2/3 des sondés. Cela n’exclut toutefois pas le constat révélateur de la non-totale égalité de fait entre hétéros et gays, qui semblent vivre leur vie sexuelle de façon relativement cachée. En effet, si les gays ont eu beaucoup plus de partenaires sexuels en moyenne dans leur que les hétéros, ils n’en ont pas plus que les hétéros à HEC. Autre fait qui peut éventuellement se rapprocher de cet aspect « caché » : une situation amoureuse moyenne plus chaotique chez les homosexuels, beaucoup moins fréquemment en couple que les hétéros, et – surtout – semblant connaitre un seuil fatidique au delà de 1 an de relation. Rares sont ceux qui ont franchi ce cap, et il est probable que la difficulté sociale d’assumer ses relations ainsi que la pression croissante sur la publicité de la relation que requiert le long-terme agissent comme des facteurs fragilisants sur les couples gays.

Au niveau des pratiques, le sexe anal et l’anulingus sont évidemment très largement surreprésentés, même si 30% des garçons gays n’ont jamais pratiqué le sexe anal. Réciproquement, le cunni est sous-représenté mais existe quand même : 40% des garçons gays l’ont déjà pratiqué, l’on peut penser à l’existence de relations hétéros avant un « coming out personnel » pour ceux-ci.

Les autres pratiques rares (sextoys, BDSM, sexe à plusieurs), qui – sauf erreur de ma part – ne devraient pas ipso facto être surreprésentées parmi la communauté gay se trouvent néanmoins largement plus pratiquées qu’en moyenne. Le sexe à 3 ou plus, notamment, a déjà été pratiqué par un quart des gays, contre une poignée de pourcents d’hétéros : révélateurs d’une conception du sexe qui ne peut être que moins traditionnelle (c’est-à-dire hétéronormée) chez les gays.

Les femmes lesbiennes sont assez peu représentées dans l’échantillon (7% des femmes alors que 12% des hommes sont gays), ce qui pose des questions sur la fiabilité des données. Néanmoins, leurs résultats sont beaucoup plus dans la moyenne que ceux des gays, avec des tendances communes (en moyenne beaucoup de partenaires sexuels), et des différences significatives (très fort taux de relations longues, faible utilisation d’apps de rencontre). Les données sont d’autant plus floues que la plupart des lesbiennes semblent avoir connu des relations hétérosexuelles à un moment donné (95% disent avoir déjà donné une fellation), ce qui pose des doutes sur la nature homosexuelle des longues relations que les lesbiennes ont eues en moyenne. Par ailleurs, le taux de lesbiennes double entre la L3 et la VM/M2, ce qui pourrait indiquer une forme de maturation, de compréhension plus tardive de l’orientation sexuelle des femmes lesbiennes, expliquant la quasi-totalité de précédents hétérosexuels.

Les données les plus interprétables sont peut-être celles de la conception qualitative du sexe : les femmes lesbiennes se disent plus épanouies sexuellement que la moyenne (72% contre 62%) et semblent accorder une place importante au sexe dans les relations (aucune ne confie y accorder pas ou peu d’importance).

Quant aux étudiantes et étudiants bisexuels, leur profil est assez difficile à analyser : ayant souvent vécu de longues périodes de couple, ils semblent présenter pour principale différence avec la moyenne un éveil sexuel bien plus développé, qui se fait de façon plus précoce. Les étudiant(e)s bisexuel(le)s sont en effet très nombreux à avoir vécu leur premier rapport assez tôt : 60% d’entre eux l’ont fait avant leurs 16 ans. Cette expérience sexuelle est aussi plus développée que la moyenne, tant par le nombre de partenaires (seul(e)s 2% des étudiant(e)s bis n’ont jamais eu de partenaire) que par le nombre de pratiques auxquelles ils et elles ont été initié. Cela ne va pourtant pas de soi, les répondants devant cocher des cases s’ils ont été donneurs comme receveurs de la pratique (ex : une femme n’ayant eu que des rapports avec des hommes pouvait très bien cocher cunnilingus et fellation dans ses pratiques). Si les différences sont assez faibles sur les pratiques les plus classiques, les étudiants et étudiantes bis se distinguent sur les pratiques rares, notamment sur le sexe à plusieurs.

Enfin, une dernière caractéristique de la sexualité bi à HEC est la rareté de l’épanouissement sexuel total : 14% des étudiants et étudiantes bis sont pleinement satisfaits sexuellement contre 25% en moyenne. J’admets ne pas être un expert du tout en la matière, mais il est possible que les étudiants bis soient plus fréquemment laissés sur leur faim compte tenu du mode normé, exclusif et monogame de relation sexuelles et amoureuses : au-delà des étudiant(e)s bi célibataires (en proportion assez élevée), celles et ceux en couple peuvent ressentir une frustration en ayant aussi envie d’hommes quand ils ou elles sont avec une femme ; ou réciproquement. Cette insatisfaction potentiellement due à une inadéquation entre le mode de relation amoureuse et les désirs des étudiant(e)s bis, qui expliquerait la prégnance assez forte parmi eux du sexe à 3 ou plus, peut aussi expliquer une consommation de X plus développée qu’en moyenne : l’offre de vidéos présentant du sexe entre hommes, entre femmes, entre un homme et une femme, entre un homme et plusieurs femmes ou plusieurs femmes et un seul homme peuvent constituer un attrait important.

c) Quel impact du porno sur la vie sexuelle et amoureuse ?

La question de l’influence de la pornographie sur la doxa sexuelle est absolument primordiale. La consommation de pornographie semble sensiblement influencer à la fois la perception qualitative du sexe – ce qu’il devrait être – et sa perception pratique – comment et avec qui il devrait se pratiquer.

Première remarque introductive : le porno est à HEC pratiquement uniquement un truc de mecs, nous dit le sondage : 1% des filles disent en consommer plus de 3 fois par semaine, contre 30% des hommes. Partant de là, il n’est pas possible d’avoir des résultats intelligents et décorrélés du genre sans séparer les hommes des femmes dans la suite de l’analyse.

Chez les hommes, les statistiques sont éloquentes. Alors que le profil quantitatif (situation actuelle, nombre de partenaires, âge du premier rapport sexuel) est assez proche entre les garçons qui regardent pas ou très peu de porno et ceux qui en consomment quotidiennement, leurs pratiques et leur conception du rôle de la sexualité diffèrent nettement.

Ceux qui consomment le plus de porno ont tendance à tester beaucoup plus qu’en moyenne des pratiques qu’on observe fréquemment sur lesdits sites, notamment l’utilisation de sextoys, et le couple sexe anal/anulingus (38% et 31% contre 31% et 19% chez les non-consommateurs de porno).

Il semble de plus que la consommation de X biaise la vision de la sexualité. Tout d’abord, consommer du X, c’est avoir ses fantasmes à portée de main en permanence, ce qui entrave la satisfaction sexuelle réelle, obtenue dans la vraie vie. De plus, la conception irréaliste, montée, du X peut en faire complexer plus d’un sur la qualité de ses relations. Au total, il en résulte une grande insatisfaction sexuelle des consommateurs acharnés de X : 44% des consommateurs quotidiens se disent satisfaits sexuellement, contre… 70% des garçons non-consommateurs. Certes, les premiers sont marginalement moins fréquemment en couple, mais ils ont aussi plus de partenaires sexuels qu’en moyenne, donc la consommation de porno me semble être le facteur explicatif principal de cette différence flagrante.

Le porno semble également biaiser la place de la performance dans l’acte sexuel : les consommateurs réguliers lui accordent un rôle plus important, laissant transparaitre la vision du X, moins axée sur l’amour et la symbiose que sur l’unique recherche d’une jouissance mutuelle (ou non, d’ailleurs…).

Dernière différence flagrante : le sexe est absolument primordial pour 18% des hommes ne consommant pas ou peu de porno, contre… 44% des consommateurs quotidiens. Le fait que la libido des consommateurs quotidiens est sûrement plus élevée que celle des non-consommateurs ne peut seule expliquer une telle différence. Le X, en ne présentant les relations que sous l’angle du sexe, leur confère une place prépondérante chez ses plus fidèles adeptes.

Cela semble pouvoir avoir des conséquences, puisque les consommateurs quotidiens parviennent bien moins bien à tenir des couples sur la durée, certainement notamment à cause de leurs infidélités (50% ont déjà trompé leur compagnon ou compagne), celles-ci émergeant elles-mêmes potentiellement d’une frustration sexuelle quasi insatiable car la réalité ne pourra sans doute jamais ressembler à une vidéo.

Notons enfin que le X est réputé avoir un rôle forgeron dans la position que la femme a dans les rapports sexuels, et que sa présentation presque toujours centrée sur l’homme et présentant fréquemment la femme et sa sexualité de façon dégradante pourraient avoir un effet sur les mentalités, non quantifiable par ce questionnaire.

Chez les femmes, les mêmes tendances sont observables, à l’exception de l’épanouissement sexuel, supérieur assez nettement chez les consommatrices de porno. Deux explications s’imposent sur cette différence. La première est que le porno à l’heure actuelle est très majoritairement écrit et tourné pour des hommes hétérosexuels, les femmes ont donc beaucoup moins l’occasion d’observer leurs fantasmes parfaitement exécutés sur le petit écran, ce qui a peu de chances de violemment déprécier la réalité de la vie sexuelle de ces dames. La seconde a trait à la consommation de porno par les femmes, qui – pour les plus ferventes – ne dépasse pas les 2 fois par semaine : la consommation de X par les femmes pourrait donc se faire à dose homéopathique, et n’aurait pas de conséquence négative majeure sur l’épanouissement sexuel ressenti par manque d’habitude. De là, il est compliqué de conclure plus de choses de cette corrélation, qui en fait revient à corréler sur des fréquences infimes de visionnage de porno : 1% des femmes regardent du X plus de deux fois par semaine, donc le porno a peu d’effet car il est – selon les déclarations – quasi absent de la vie des femmes à HEC.